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Le Mali gracie les 49 soldats ivoiriens

Le Mali gracie les 49 soldats ivoiriens
  • Publiéjanvier 7, 2023

Les soldats ivoiriens condamnés le 30 décembre 2022 ont été graciés par le président de la Transition. Aissimi Goïta, tout en affirmant l’indépendance du Mali, y compris des instances sous-régionales, y voit un signe d’apaisement et d’attachement au panafricanisme.

 

La décision était attendue, elle est intervenue dans la soirée du 6 janvier 2022. L’homme fort de Bamako, Aissimi Goïta, a gracié les 49 soldats ivoiriens condamnés une semaine plus tôt pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Cette mesure touche donc les 46 soldats encore détenus à Bamako ainsi que les trois femmes soldats, libérées à la fin de l’été. C’est de Côte d’Ivoire que ces dernières avaient appris leur condamnation à mort, sentence aussi lourde qu’absurde, et critiquée de toutes parts.

Le 14 janvier, le Mali – le pouvoir malien, plus précisément –, célébrera la « Journée de la souveraineté retrouvée », première du genre. Cette date commémore « les sanctions illégales, illégitimes et inhumaines » de la CEDEAO et de l’UEMOA, décidées en 2022.

Le communiqué diffusé par le porte-parole du gouvernement, le colonel Addoulaye Maïga, précise que les soldats avaient été condamnés pour « crimes d’attentat et de complot contre le gouvernement, atteinte à la sûreté extérieure de l’État, détention, port et transport d’armes et de munitions de guerre ou de défense intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle et collective ayant pour but de troubler l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ».

Une fois ce rappel effectué, le communiqué se veut plus apaisant, précisant que la grâce vient « conforter la dynamique » créée lors de la signature du mémorandum d’entente avec les Ivoiriens, le 22 décembre 2022. Un texte « relatif à la promotion de la paix et au renforcement des relations d’amitié, de fraternité et d bon voisinage entre la République du Mali et la République de Côte d’Ivoire ».

Sur le plan intérieur, la Présidence veut aussi souligner que cette grâce constitue « un acte de bonne gouvernance », l’indépendance de la Justice ayant été respectée.

Pourtant, sur le fond du dossier, les autorités ivoiriennes n’ont jamais cessé de dénoncer les errements, voire l’« arrogance », de la junte malienne, réfutant que ses soldats soient des « mercenaires ». Tout juste a-t-on admis, côté ivoirien, « des manquements et des incompréhensions » dans la chaîne de commandement et dans l’information due à son voisin malien. Un semblant d’excuses acceptées comme telles du côté de Bamako. Les Nations unies, elles aussi, avaient reconnu des « dysfonctionnements » tout en demandant la libération des soldats emprisonnés depuis juillet 2022, dans un courrier adressé à la présidence malienne.

 

Précieuse médiation de Faure Gnassingbé

Cette grâce signifie-t-elle pour autant sortie de crise entre les deux voisins ? Ces dernières semaines, les autorités ivoiriennes voulaient jouer l’apaisement, dans l’espoir d’une « issue heureuse », espérée le 31 décembre par le président Alassane Ouattara. On ne peut s’empêcher d’observer que Bamako a un peu fait traîner les choses, tandis que la signature d’un mémorandum d’accord, signé le 22 décembre, et que l’ultimatum fixé par la CEDEAO au 1er janvier, laissait espérer une libération des soldats ivoiriens au plus tôt.

Celle-ci intervient quelques jours après une ultime visite de médiation du président du Togo, Faure Gnassingbé. Qui s’est montré plus convaincant, visiblement, que le président de la CEDEAO, Umaru Sissoco, dont les déclarations ont été jugées « agressives » par les autorités maliennes. Après le 1er janvier, le président de la CEDEAO avait pourtant indiqué qu’il n’y aurait pas de sanctions contre le Mali prises dans l’immédiat, malgré l’expiration de l’ultimatum. Il semblait à Umaru Sissoco « de bon sens » de laisser se dérouler sereinement la médiation de Faure Gnassingbé – qui s’est entretenu avec Alassane Ouattara après avoir quitté le Mali, le 4 janvier. L’avenir lui a donné raison.

Le 14 janvier, le Mali – le pouvoir malien, plus précisément –, célébrera la « Journée de la souveraineté retrouvée », première du genre. Sera-t-elle l’occasion de nouvelles diatribes contre les instances panafricaines et la France ? En effet, cette date commémore « les sanctions illégales, illégitimes et inhumaines » de la CEDEAO et de l’UEMOA, décidées un an plus tôt. Sanctions suivies d’imposantes manifestations de rejet de ces instances sous-régionales, dans tout le pays.

Le « président de la Transition » aura sans doute l’occasion de détailler son « attachement », exprimé le 6 janvier dans le communiqué de la Présidence, « à la paix, au dialogue, au panafricanisme, à la préservation des relations fraternelles et séculaires avec les pays de la région ».

@NA

 

Écrit par
Laurent Allais

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