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Politique

Le Mali de plus en plus isolé

Le Mali de plus en plus isolé
  • Publiénovembre 23, 2022

Tandis que l’Allemagne annonce à son tour son retrait de la Minusma, le Mali se coupe un peu plus de la France en interdisant les activités des ONG financées ou soutenues par Paris. Y compris celles œuvrant dans l’humanitaire.

 

À chaque jour sa petite phrase ou sa décision qui isole un peu plus le Mali sur la scène internationale. Dernier avatar en date, la décision, confirmée ce 23 novembre, de l’Allemagne de se retirer de la Mission des Nations unies au Mali, la Minusma. La semaine passée, c’étaient au tour de la Grande-Bretagne et de la Côte d’Ivoire d’annoncer leur désengagement. Seule différence, Berlin promet de conserver ses effectifs jusqu’en mai 2024, tandis que soldats britanniques et ivoiriens partiront d’ici l’été 2023.

L’Allemagne déploie environ 1 100 militaires au Mali ; elle est le premier contributeur européen à la Minusma. Laquelle compterait actuellement 14 000 soldats et policiers issus d’une soixantaine de pays. La présence de militaires en soutien à la paix au Sahel est fortement débattue, en Allemagne.

Selon les ONG, 7,5 millions de Maliens ont besoin d’assistance, soit plus de 35% de la population, dans un pays qui figure dans les pays les plus en retard, selon l’indice de développement humain.

De son côté, la France a dit « regretter » – terme on ne peut plus diplomatique –, la décision du Mali d’interdire toute activité aux ONG financées ou soutenues par la France, y compris celles opérant dans le domaine humanitaire. Selon le colonel Abdoulaye Maïga, Premier ministre par intérim du Mali (photo), cette décision annoncée le 21 novembre fait suite à la suspension de l’Aide publique au développement par la France, décidée quelques jours plus tôt.

Le gouvernement français avait alors pourtant précisé qu’elle maintenait son aide humanitaire et son soutien à quelques organisations de la société civile malienne. « La France salue le travail essentiel réalisé par les ONG françaises, maliennes et internationales au Mali ces dernières années. Nous demandons aux ONG françaises de se conformer à la décision regrettable des autorités de transition maliennes », déclare aujourd’hui le ministère français des Affaires étrangères. Le Quai d’Orsay tient à rappeler : « Le Mali et sa population ont bénéficié chaque année depuis 2013 de plus de 100 millions d’euros d’aide publique au développement et d’aide humanitaire française, qui ont notamment contribué à l’accès à la santé, à l’eau potable, à l’électricité et à l’éducation pour les populations maliennes. ».

Des partenaires de longue date

Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, le colonel Maïga fustige « des allégations fantaisistes » ainsi qu’« un subterfuge destiné à tromper et à manipuler l’opinion publique nationale et internationale aux fins de déstabilisation et d’isolement du Mali ».

Les ONG humanitaires se trouvent ainsi prises entre plusieurs feux, et leurs représentants ne cachent pas leur amertume. Oxfam International, CCFD Terre-Solidaire, Handicap International, Médecins du monde, PUI (Première urgence internationale), HI (Humanité et inclusion), la Croix-Rouge française, Solidarités International voient leur activité menacée au Mali.

Pressentant la décision malienne, certaines avaient écrit au président français, Emmanuel Macron, pour le prévenir que la fin des financements risquait d’entraîner l’« arrêt d’activités essentielles, voire vitales, au profit de populations en situation de grande fragilité ou de pauvreté ».

Selon leurs premières estimations, plus de 70 projets, portés par plus de 35 organisations françaises, étaient concernés par ce possible arrêt brutal. Les ONG sont souvent « actives de longue date avec des organisations partenaires dans le pays, essentiellement soutenues par l’Agence française de développement ». Les organisations de la société civile malienne appuyées par la France « seront dans l’obligation de licencier de nombreux personnels salariés qui se trouvent de facto associés à cette décision politique », avaient écrit les ONG françaises, réunies au sein du collectif Coordination SUD, avant même la décision malienne.

Selon les ONG, 7,5 millions de Maliens ont besoin d’assistance, soit plus de 35% de la population, dans un pays qui figure dans les pays les plus en retard, selon l’indice de développement humain.

« Nous avons un sentiment de sidération et de colère de voir l’Aide publique française instrumentalisée et les ONG prises malgré elles dans ces jeux de relations diplomatiques », réagit Olivier Bruyeron, président de Coordination SUD, cité par l’agence Koaci.

@NA

 

Écrit par
Laurent Allais

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