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Politique

Les militaires français quitteront le Burkina Faso

Les militaires français quitteront le Burkina Faso
  • Publiéjanvier 25, 2023

Dénonçant un accord militaire conclu en 2018, le Burkina Faso donne un mois à la force spéciale Sabre de quitter son territoire mais assure ne pas se lancer dans une surenchère anti-française. La partie sahélienne du pays reste la proie des djihadistes. Paris accepte cette décision (actualisation).

 

Le gouvernement français prend acte, ce 25 janvier 2023, de la demande du Faso. Les troupes françaises quitteront le pays d’ici un mois. La visite à Ouagadougou de la secrétaire d’État aux Affaires étrangères et au Développement, Chrysoula Zacharopoulou, le 10 janvier 2023, semblait avoir apaisé les tensions. Pourtant, après 24 heures de rumeurs insistantes, le 23 janvier, le gouvernement du Faso a confirmé sa demande de voir les troupes françaises quitter son territoire, dans un délai d’un mois.

Attention, a prévenu aussitôt son porte-parole Jean-Emmanuel Ouédraogo, il ne s’agit en rien d’une brouille diplomatique.  « Ce que nous dénonçons, c’est l’accord qui permet aux forces françaises d’être présentes au Burkina Faso. Cette dénonciation est prévue dans les termes de l’accord militaire » du 17 décembre 2018, a-t-il déclaré aux médias burkinabè. De part et d’autre, on veut éviter une escalade des tensions comme avec le Mali. « Les forces françaises sont basées à Ouagadougou sur la demande du Burkina Faso et de ses autorités. Cette dénonciation est dans l’ordre normal des choses, elle est prévue dans les termes de l’accord militaire. »

Le 20 janvier, les forces armées burkinabè ont libéré 66 femmes enlevées dans le Nord par un groupe djihadiste. Ces femmes kidnappées dans la région du Sahel ont été retrouvées 200 km plus au sud, vers Tougouri.

Et d’ailleurs, inutile de « clarifier » les choses comme le demande le gouvernement français, les choses sont assez claires ainsi, explique-t-on à Ouagadougou. 

«Nous avons reçu formellement formellement la dénonciation, par le gouvernement burkinabé, de l’accord de 2018 relatif au statut des forces françaises présentes dans le pays. Conformément aux termes de l’accord, la dénonciation prend effet un mois après la réception de la notification écrite. Nous respecterons les termes de cet accord en donnant suite à cette demande », explique une porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, le 25 janvier. 

Le contingent français n’est pas très élevé ; la force spéciale Sabre ne compterait que 400 hommes. « La France réadapte, en concertation avec ses partenaires, son dispositif au Sahel pour rester aux côtés des pays engagés dans la lutte contre le terrorisme », a réagi la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. Dans la région du Sahel, le Niger reste le seul partenaire solide de Paris. La France y a redéployé les forces jusque-là présentes au Mali. Il semble toutefois très difficile d’y faire venir l’ensemble de la force Sabre dans un délai aussi court. Sachant que la mission de telles forces spéciales est de se fondre dans le décor et d’opérer dans la discrétion, elles ne peuvent improviser leur présence sur un théâtre militaire.

 

La Russie aux aguets

La mission de la France au Niger est principalement de sécuriser la frontière avec le Mali afin de repousser d’éventuelles attaques djihadistes.

Lors de sa visite à Ouagadougou, la secrétaire d’État Chrysoula Zacharopoulou avait déclaré que la France était « disponible pour inventer un avenir ensemble » et qu’elle n’imposerait rien. « Je ne suis venue ici influencer aucun choix ni aucune décision, personne ne peut dicter ses choix au Burkina ; nous sommes convenus avec le président Traoré d’avancer ensemble dans cet état d’esprit. »

 

Des militaires français au Burkina Faso
Des militaires français au Burkina Faso

 

Au plan diplomatique, une question n’est pas réglée : le sort de l’ambassadeur de France au Burkina Faso, Luc Hallade, dont le pouvoir burkinabé demande le départ depuis la fin décembre. Le diplomate reste pour le moment à son poste, bien que n’apparaissant dans aucune réunion publique.

Cette décision s’inscrit dans une grande vague de dénonciation de la présence française au Sahel. Depuis plusieurs mois, Ouagadougou est le théâtre de manifestations demandant le départ des militaires français. Les autorités de transition ne cherchent pas à calmer le jeu et ne se cachent pas de rechercher « d’autres partenaires » ; entendre : la Russie. « La Russie est un choix de raison dans cette dynamique et notre partenariat doit se renforcer », a d’ailleurs déclaré le Premier ministre burkinabè, Apollinaire Kyélem de Tembela, à l’issue d’une entrevue avec l’ambassadeur Alexey Saltykov, la semaine passée. Pourtant, dans son intervention télévisée du 23 janvier, Jean-Emmanuel Ouedraogo a assuré que les forces armées du pays mèneraient elles-mêmes la lutte contre les extrémistes et n’a fait aucune mention du soutien russe.

Pour autant, le départ des forces françaises ne résoudra pas la question sécuritaire du Burkina Faso. Le pays a évité le drame de peu, le 20 janvier, à la faveur de la libération de 66 femmes enlevées dans le Nord par un groupe djihadiste. Ces femmes kidnappées dans la région du Sahel ont été retrouvées 200 km plus au sud, vers Tougouri.

La veille, une série d’attaques dans le nord et le nord-est du pays ont fait une trentaine de victimes, dont une partie de Volontaires de la défense de la patrie, ces civils supplétifs de l’armée régulière.

Le président de la transition s’est donné pour mission « la reconquête du territoire occupé par ces hordes de terroristes ». Ce sera donc sans l’appui des forces françaises.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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