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Politique

Le Congo peu regardant après des accidents industriels

Le Congo peu regardant après des accidents industriels
  • Publiéjuin 11, 2024

Un rapport d’Amnesty International dénonce le manque de transparence d’entreprises industrielles impliquées dans des atteintes à l’environnement au Congo et le manque de curiosité des autorités politiques.

 

Les autorités congolaises – et trois entreprises industrielles – ont manqué à leurs obligations au regard des normes nationales et internationales concernant le droit à un environnement sain et le respect des droits humains. C’est ce qui ressort d’un rapport détaillé d’Amnesty International, dans lequel l’ONG analyse les possibles conséquences de déversements de pétrole et d’émissions de fumées sur la santé des populations, ainsi que leurs conséquences économiques.

Le document, intitulé Dans l’ombre des industries en République du Congo, met en lumière des cas de déversements de pétrole causés par les activités de deux entreprises pétrolières ayant affecté les sols et les sources d’eau, ainsi que les émissions de fumées liées aux activités d’une entreprise de recyclage de plomb et d’aluminium.

Amnesty International appelle les autorités congolaises « à employer toutes les ressources à leur disposition pour protéger le droit à la santé et le droit à l’eau, conformément à leurs obligations internationales en matière de droits humains ».

L’ONG souligne également l’accès insuffisant aux soins de santé et à l’eau potable des personnes vivant à proximité de concessions pétrolières dans la zone côtière.

« Bien que la législation congolaise en matière d’environnement soit considérée comme relativement avancée, les faits que nous avons constatés, en particulier liés à l’implantation d’une usine de recyclage de métaux non ferreux et de matières plastiques et à la gestion de déversements de pétrole, montrent que les autorités manquent à leurs obligations de protection des droits humains des personnes vivant à proximité de ces activités industrielles », commente Samira Daoud, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.

Le rapport met en lumière le manque de transparence concernant les études d’impact sur l’environnement et les audits en la matière, qui ne sont pas rendus publics. Cette opacité empêche les ONG et la société civile de jouer efficacement leur rôle de surveillance. Les autorités et les entreprises limitent également les informations qu’elles rendent publiques après des incidents environnementaux, ainsi que les réponses qu’elles fournissent.

 

Manque de vigilance

Par exemple, dans le village de Djeno, dans le département de Pointe-Noire, TotalEnergies EP Congo a enregistré au moins trois incidents pétroliers depuis 1972, dont le dernier en 2011, qui ont causé des déversements de pétrole brut dans la lagune de Loubi. L’entreprise a présenté les mesures prises pour nettoyer la lagune et partager des informations avec les habitants, mais beaucoup d’entre eux continuent de se plaindre de la pollution et du manque d’informations. Devant les protestations des populations, considère l’ONG, « les autorités auraient dû publier tout rapport sur les opérations de nettoyage et les audits sociaux et environnementaux, et veiller à ce que des tests scientifiques plus réguliers d’évaluation de la qualité de l’eau soient réalisés et rendus publics et, en fonction des résultats, auraient dû demander des mesures de correction et de réparation adaptées ».

Un pêcheur congolais montre une boulette de pétrole extraite de l'eau de la rivière.
Un pêcheur congolais montre une boulette de pétrole extraite de l’eau de la rivière.

Pourtant, l’entreprise maintient que les analyses de l’eau menées en 2021 n’ont révélé aucune anomalie et qu’elle effectue des tests réguliers pour surveiller la qualité des nappes phréatiques. « Cependant, les résultats de ces tests n’ont pas été rendus publics », regrette l’ONG. Et malgré les demandes des habitants, les autorités n’ont jamais enquêté sur les éventuels préjudices.

Il en est de même à Banga Kayo, à 30 kilomètres de Pointe-Noire, des habitants accusent l’entreprise pétrolière et gazière chinoise Wing Wah de polluer le fleuve Loémé et dénoncent le manque de transparence concernant les mesures de réparation et de suivi après les incidents survenus. Le dernier en date étant une fuite de l’oléoduc reliant Banga Kayo au terminal pétrolier de Djeno, en décembre 2022. Les activités de Wing Wah ont été suspendues à plusieurs reprises par le ministère de l’Environnement, puis ont repris sans aucune communication publique sur d’éventuelles mesures de réparation ou d’atténuation de la part de l’entreprise.

Enfin, à Vindoulou, un quartier situé en périphérie de Pointe-Noire, les habitants se plaignent depuis des années des fumées émanant de l’usine de Metssa Congo, une usine de recyclage située à 50 mètres d’une école. Cette filiale du groupe indien Metssa produit notamment des barres de plomb destinées à l’exportation. En mars 2023, des échantillons de sang ont été prélevés sur 18 personnes vivant près de l’usine et ont été analysés par un laboratoire indépendant avec le soutien d’Amnesty International. Tous les échantillons ont révélé des concentrations de plomb nettement supérieures aux niveaux considérés comme sûrs par l’OMS.

 

Le droit à la santé

Selon le rapport, Metssa Congo n’a pas mené d’étude d’impact environnemental avant son installation en 2013, ce qui constitue une violation de la législation congolaise. Pourtant, les autorités ont permis à Metssa de commencer ses activités. L’entreprise affirme avoir obtenu une licence pour le site en 2018 et un certificat de conformité environnementale l’année dernière, soit dix ans après le début de ses activités.

De la fumée s'échappe de l'usine Metssa Congo (photo : Amnesty International, 2022).
De la fumée s’échappe de l’usine Metssa Congo (photo : Amnesty International, 2022).

 

L’« impact de l’usine de Metssa Congo sur les droits humains doit faire l’objet d’une enquête de toute urgence. Cette enquête devra être suivie d’actions immédiates en vue de remédier aux préjudices identifiés, notamment la relocalisation éventuelle de l’usine », commente Samira Daoud.

Le rapport démontre également que les autorités n’ont pas fait le nécessaire pour protéger le droit à la santé et le droit à l’eau des habitants de Bondi, de Tchicanou et de Kouakouala, trois villages situés près d’un site d’extraction pétrolière. Bien que ces villages aient bénéficié du programme de l’État « Eau pour tous », leurs installations hydrauliques étaient hors d’usage lors de la visite d’Amnesty International et les ressources du centre de santé, supposé couvrir les besoins d’environ 7 000 habitants, étaient largement insuffisantes.

« Alors que la République du Congo prévoit de diversifier ses activités industrielles, Amnesty International appelle les autorités à veiller à ce que les entreprises agissent de manière responsable et respectent leurs obligations en matière d’environnement et de droits humains.

Les partenaires internationaux doivent veiller à ce que les entreprises de leur pays et leurs filiales respectent les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme », déclare Samira Daoud.

En effet, insiste le rapport, il incombe à l’État de veiller à ce que les entreprises menant leurs activités sur son territoire respectent les normes en matière de droits humains. Dès lors, Amnesty International considère que « les autorités ont manqué, jusqu’à ce que l’affaire soit portée devant la justice, à leur responsabilité de veiller à ce que les déversements pétroliers ne bafouent pas les droits humains des populations locales et à ce que l’entreprise prenne des mesures adaptées et efficaces de réparation et d’atténuation ».

@NA

Écrit par
Aude Darc

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