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Politique

L’alternance politique

Il y a là un consensus de bon aloi sur ce nouvel horizon vers lequel l’Afrique avance et enfin s’intègre pleinement dans la mondialisation. Cette nouvelle approche traduit bien cette évolution qui inscrit les systèmes politiques africains dans le processus d’universalisation de la démocratie. Certes, la démocratie ne se décrète pas, mais se construit progressivement, et en l’occurrence laborieusement : les avancées sont souvent moins visibles et moins lisibles que les accidents de parcours, crises électorales, coups d’État, manoeuvres et manipulations juridiques et institutionnelles pour s’incruster au pouvoir et empêcher l’alternance, moteur de cette démocratisation. Pour-tant, ces formes de résistance ont du mal à s’imposer.

Les normes sont posées

Ces dynamiques africaines s’inscrivent dans une tendance forte : celle de l’universalisation de la démocratie qui s’est développée depuis la fin de la guerre froide et qui a favorisé l’essor d’une « toile d’araignée » normative, de plus en plus contraignante : résolutions et déclarations des Nations unies, déclaration de Harare du Commonwealth, déclaration de Bamako de la Francophonie, dispo-sitif de conditionnalités politiques déci-dées par l’Union européenne… et en pointe de la croisade démocratique, les engagements de l’Union africaine. Affirmés avec clarté dans les articles 3 et 4 de la Charte constitutive de l’Union, le respect des principes démocratiques et la primauté de l’État de droit sont consacrés dans la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, adoptée en janvier 2007 et entrée en vigueur le 15 février 2012. Les textes adoptés par les organisations sous-régionales africaines complètent le dispositif. Les normes étant ainsi posées, c’est dans leur respect et dans les modalités de leur application que résident les défis de la consolidation de la démocratie. Crise après crise, on mesure l’ampleur des dif-ficultés qui restent à surmonter. Premier défi : les élections, seule source légitime du pouvoir et garantie de l’alternance. En trois décennies, les élections se sont généralisées sur le continent et les exemples de succès se multiplient. Les législations électorales se stabilisent. Les institutions électorales se développent et se perfectionnent. L’implication des acteurs nationaux et la participation des citoyens progressent. Il reste encore, pour réduire les risques de crise politique dans de nombreux pays, à mieux garantir l’indépendance des institutions électorales et des juges des élections, à assurer la crédibilité des listes électorales, à pérenniser un finan-cement transparent et suffisant, à mieux adapter et renforcer l’accompagnement international des processus électoraux africains pour en garantir la conformité aux normes internationales.

L’irruption des « forces vives » et des acteurs de la société civile dans le combat démocratique, est sans conteste une dimension nouvelle qui ne peut que s’amplifier et venir contrarier les résistances autocratiques.

Deuxième défi : la stabilité constitu- tionnelle. Une nouvelle vague de Constitutions favorisant la consolidation de la démocratie s’est imposée depuis les années 1990. Désormais, le strict respect de l’ordre constitutionnel, et les conditions dans lesquelles se multiplient les révisions liées au nombre et à la durée des mandats présidentiels, sont au coeur des dynamiques de résistance à l’alternance et deviennent des facteurs de crise. Troisième défi : la consolidation des institutions de l’État de droit. Depuis la vague des ouvertures politiques et du renouveau constitutionnel, on constate une prolifération institutionnelle censée le renforcer. Mais ces institutions manquent trop souvent de moyens, de capacités, d’indépendance et de crédibilité et restent trop vulnérables aux pressions et aux manipulations.

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