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Politique

La Tunisie face aux urgences

D’autres, comme Selma Rekik, ministre du Tourisme, sœur de Faouzi Elloumi, propriétaire d’un des principaux groupes industriels tunisiens et soutien de Nidaa Tounes, pourra s’appuyer sur les stratégies de réforme élaborées par l’Office national du tourisme, toutefois impuissantes pour l’instant à enrayer l’érosion des entrées et toujours en butte au corporatisme de la Fédération hôtelière. Sans doute, cette configuration gouvernementale, mise à l’épreuve, est appelée à évoluer.

Cette genèse et la pression d’une conjoncture encore instable ont pesé sur les grandes lignes de l’action gouvernementale annoncées par le Premier ministre lors de son discours d’investiture, dans lequel manquait une vision réformatrice au profit d’un programme centré sur la sécurité, la propreté, la réhabilitation des hôpitaux… Même la promesse d’effacer la dette de quelque 40 000 petits agriculteurs relève du court terme.

Bridé par le poids des urgences, une alliance de circonstance, sa dépendance à l’égard de la présidence, le Premier ministre devra composer avec des marges de manœuvres budgétaires étroites. L’emprunt obligataire de 1 milliard $ lancé par le gouvernement sortant fin janvier, lui offrira un peu d’oxygène pour faire face aux échéances des premiers mois. Une loi de finance rectificative est annoncée pour trouver des économies afin de financer des investissements. Mais le recours au financement extérieur reste inévitable. Pour ne rien faciliter, la normalisation du dialogue social avec l’UGTT risque de subir les interférences de la perspective de son congrès à la fin de l’année, qui ne la prédisposera pas forcément à refréner les protestations sociales. C’est peu dire que l’épreuve s’annonce rude et que ce gouvernement aura du mal à faire rêver.

Trois niveaux de défis

Ce premier pouvoir d’après-transition doit affronter une conjoncture délicate, entreprendre des réformes de fond dans les secteurs clés de l’économie et du fonctionnement de l’État, et approfondir la transformation démocratique. Côté conjoncture, l’activité des groupes djihadistes à la frontière algérienne continue de tenir l’armée en alerte, tandis que des centaines de jeunes Tunisiens tentent de partir en Syrie. La dette publique a dépassé les 41 milliards de dinars/18,7 milliards d’euros (dont 28 milliards DT d’endettement extérieur), le déficit du budget de l’État atteint des niveaux records et frise les 7 % du PIB. En dépit d’accords salariaux budgétivores la pression sociale sur l’État ne se relâche pas et les secteurs de l’enseignement et des transports sont régulièrement en grève.

Des objectifs qui semblent pour l’instant difficiles à atteindre.

À la frontière sud, la combinaison de la contrebande et de l’activité des milices libyennes fait de la région une poudrière. En matière de réformes structurelles, le menu est copieux également. Dans le bassin minier de Gafsa, le modèle de redistribution ne parvient pas à absorber la pression sociale, et l’accumulation des conflits réduit la production de phosphate à la moitié de son potentiel (moins de 4 millions de tonnes, pour plus de 8 millions), privant ainsi la Tunisie d’une part de ses ressources en devises.

Toujours en deçà des résultats de 2010, le secteur touristique a besoin d’une réorientation en profondeur pour diversifier et revaloriser son offre, tout en gérant un parc hôtelier dont une bonne partie est dans un état de faillite structurelle.

La réforme fiscale déjà amorcée doit faire contribuer davantage les professions libérales, les entreprises, voire l’économie informelle. Mais le poids des corporatismes et les défaillances de la collecte de l’impôt promettent des résistances.

Le secteur bancaire ne joue pas pleinement son rôle dans le financement de l’économie, notamment celui des PME. Le favoritisme prévaut sur l’analyse des risques. Le laxisme et la mauvaise conjoncture plombent les bilans des banques. Tandis que la sur-administration de l’économie décourage les entrepreneurs.

L’agriculture reste un parent pauvre et ne parvient à conserver la main-d’œuvre qui cherche son salut dans les périphéries urbaines, alors que les meilleures terres, encore inscrites au domaine de l’État, n’ont toujours pas été redistribuées.

Le système public hospitalier a aussi connu une dégradation tragique. À tous ces maux sectoriels, s’ajoute enfin la nécessité de transformations systémiques. Faire monter en gamme les industries locales, inclure davantage les régions défavorisées dans tous les secteurs de la vie sociale, transformer la culture administrative et policière… Des objectifs qui semblent pour l’instant difficiles à atteindre.

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