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Politique

La Tunisie face aux urgences

Le nouveau gouvernement tunisien, dominé par Nidaa Tounes, a les moyens institutionnels de travailler dans la durée. Pourtant, l’urgence semble dicter les premières décisions.

Gagner des élections, c’est bien connu, signifie surtout le début des difficultés. Elles ne manquent pas, pour le gouvernement dirigé par Habib Essid, investi le 5 février, après la double victoire de Nidaa Tounes aux législatives du 26 octobre et à la présidentielle remportée par son dirigeant, Béji Caïd Essebsi, le 21 décembre 2014.

Déjà, il paraît clair que cinq années d’une législature ne suffiront pas pour mener à bien une tâche qui semble titanesque. Le gouvernement qui se met en place a-t-il les moyens de transformer la réussite politique de la transition en une véritable réforme ? Dispose-t-il pour ce faire de l’assise politique, des compétences, de la vision et des marges de manœuvre ?

Cette union nationale a plus l’amertume d’un mariage de raison dominé par un seul partenaire, que la ferveur d’une communion face aux défis communs

La question de la stabilité politique est celle qu’il a fallu résoudre en premier. Il paraissait évident depuis des mois, et le résultat des élections l’a confirmé, que seule l’addition des sièges de Nidaa Tounes (86) et d’Ennahdha (69) permettrait de garantir au gouvernement une assise durable. Ce rapprochement n’est cependant pas assumé comme une alliance programmatique claire. Dans la vieille logique bourguibienne, Béji Caïd Essebsi a concédé un espace à son adversaire politique dans des conditions dictées par les rapports de force. Si bien qu’il est excessif de parler de compromis historique.

Avec 166 voix sur 217 députés, le gouvernement Essid dispose d’une majorité confortable qui devrait compenser la faiblesse du système de partis. Mais cette union nationale a plus l’amertume d’un mariage de raison dominé par un seul partenaire, que la ferveur d’une communion face aux défis communs. Inévitablement, la logique de compromis, de tractations entre partis pour concilier l’inconciliable, imprime sa marque sur la composition du gouvernement.

Le choix d’Habib Essid est un bon indicateur. Il n’est pas le chef d’une majorité, il n’incarne pas une vision, il a été avant tout choisi pour son profil de serviteur loyal de l’État. Notamment, pour sa bonne connaissance de l’appareil sécuritaire et des collectivités territoriales acquise durant ses années au ministère de l’Intérieur en tant chef de cabinet (de 1997 à 2001). Il a été, de mars à décembre 2011, le ministre de l’Intérieur de Béji Caïd Essebsi qui avait recommandé à son successeur, Hamadi Jebali, de le conserver à ses côtés en tant que conseiller.

Compétences diverses…

Ennahdha a concentré sa pression pour que les ministères régaliens soient attribués à des profils neutres. Le ministre de l’Intérieur, Najem Gharsalli, a servi comme gouverneur de Mahdia sous tous les Premiers ministres depuis mai 2011. En dépit des accusations de l’Observatoire tunisien de l’indépendance de la justice qui a révélé son rôle dans la mise au pas de l’Association des magistrats en 1999, il a été maintenu dans la liste du gouvernement. Le ministre de la Défense, Farhat Horchani, a le profil rond du professeur de Droit constitutionnel.

La Justice et les Affaires foncières, en revanche, sont confiées à un juriste confirmé, Mohamed Salah Ben Aissa, issu de la garde rapprochée du chef de l’État, puisqu’il était son secrétaire général quand celui-ci était Premier ministre en 2011. Le ministère des Finances est entre les mains de Slim Chaker, l’un des conseillers économiques de Nidaa Tounes, doté par sa formation et son expérience professionnelle, d’une dimension et de réseaux internationaux, tout comme Yassine Brahim, en charge du développement et de l’investissement. Ces réseaux leur seront utiles pour convaincre les bailleurs de fonds.

Dans l’ensemble, c’est une équipe constituée en grande partie de novices, choisis pour certains en fonction des arbitrages partisans, avec des compétences inégales. Ainsi, Nejmeddine Hamrouni, proposé par Ennahdha et secrétaire d’État chargé de la remise à niveau des hôpitaux publics, plutôt habitué à rester en arrière-plan, est l’une des têtes pensantes de la nouvelle génération du parti. On peut douter, en revanche, que Nejib Derouiche – issu de l’UPL et autrefois directeur général de la holding de son dirigeant, l’homme d’affaires et politicien Slim Riahi, nommé à l’Environnement, ait une fibre environnementaliste !

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