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Politique

La transition s’éternise au Mali

La transition s’éternise au Mali
  • Publiéavril 2, 2024

Assimi Goïta et son gouvernement n’a pas quitté le pouvoir, comme prévu, le 26 mars, et n’a pas encore fait part de ses intentions. La classe politique et la société civile réclament des élections.

 

Voilà plus d’une semaine que, théoriquement, a pris fin la période dite « de transition ». En effet, le pouvoir militaire aurait dû céder le pouvoir aux civils, selon le décret publié par le colonel Assimi Goïta lui-même, en juin 2022. Pourtant, ce dernier reste aux commandes, et devrait y rester quelque temps, en dépit des appels de nombreux partis politiques maliens. « L’intérêt de la transition est clair : la période peut durer de six mois à cinq ans et elle prendra fin par l’organisation d’une élection présidentielle ; c’est un faux débat », tranche Aboubacar Sidick Fonda, membre du conseil national de la transition, au micro de France24.

Depuis décembre 2023, au moins quatre organisations ont été dissoutes, dont la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS) et l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance au Mali.

Yaya Sangaré, secrétaire général de l’ADEMA, rétorque : « Voilà deux fois que la fin de la transition fait l’objet d’une reconduction tacite ; nous ne sommes pas contre la prolongation mais il faudrait qu’elle se fasse dans les règles de l’art. Or, nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation floue. » Il est vrai que le gouvernement n’a pas fixé de nouvelles dates pour les élections présidentielles, prévues en février 2024.

De leur côté, donc, les partis politiques appellent les autorités à établir, de manière consensuelle, un calendrier de retour à l’ordre constitutionnel, par la convocation d’élections libres et transparentes. Ce qui passe également par la libération des prisonniers d’opinion et le retour des exilés politique.

Même son de cloche du côté des associations de la société civile. Par exemple, le Réseau des défenseurs des droits humains (RDDH), qui regroupe une cinquantaine d’organisations maliennes, a publié, le 31 mars 2024, un appel à la junte. « Le pays traverse des difficultés énormes et la transition n’a pas vocation à régler tous les problèmes du pays. Il est temps de sortir de cette impasse, d’autant plus que le dernier report de la transition a expiré le 26 mars ». Le président du RDDH, Souleymane Camara, appelle ainsi à un retour de « l’ordre constitutionnel ».

 

Verrouillage de l’espace civique

Du côté du colonel colonel Assimi Goïta, rien à ce jour. La date du 26 mars a été l’occasion pour le chef de la junte de commémorer « La journée des Martyrs », le 26 mars 1991, qui marque les débuts du Mali démocratique moderne. Deux jours plus tard, il a officiellement mis fin aux « accords d’Alger » – dénoncés de longue date –, conclus avec les groupes indépendantistes du nord du Mali. Bref, rien qui n’annonce un retour à l’ordre constitutionnel prochain.

Devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Alioune Tine (photo d’archive ci-contre), l’expert indépendant sur la situation des droits de l’homme au Mali s’est inquiété du « verrouillage sévère de l’espace civique et de la répression systématique des libertés d’expression et d’opinion, de presse, de réunion pacifique et d’association, ainsi que du développement préoccupant de l’autocensure ».

« Je note, entre autres, avec préoccupation la dissolution depuis décembre 2023 de plusieurs organisations de la société civile par le gouvernement du Mali », a affirmé AliouneTine, qui présentait son dernier rapport auprès de l’instance onusienne.

Depuis décembre 2023, au moins quatre organisations ont été dissoutes, dont la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS) et l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance au Mali.

D’une manière générale, Alioune Tine fait état d’une « détérioration continue » de la situation des droits humains et de la protection des civils. Selon des informations récentes, entre 2022 et 2023, les violations et atteintes aux droits humains ont augmenté de 85%. Dans le même temps, les abus et atteintes au droit à la vie ont augmenté de 27%; et les cas de violences basées sur le genre documentés ont augmenté de 12%.

De plus, entre novembre et décembre 2023, le nombre d’écoles fermées pour cause d’insécurité/de crise humanitaire a augmenté de 2,59%. Cette situation prive près de 495 000 enfants de leur droit à l’éducation, « une véritable bombe sociale à l’horizon », juge Alioune Tine.

S’agissant de la situation sécuritaire, Alioune Tine a réitéré ses sérieuses préoccupations devant la « dégradation rapide et continue de la sécurité dans presque toutes les régions du Mali ». Ces zones « semblent échapper au contrôle des autorités maliennes ».

Face à ce sombre décrit par l’expert indépendant onusien, Bamako a fustigé un « rapport essentiellement à charge sur la base d’informations non recoupées et exagérément alarmantes ».

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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