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Politique

La Mauritanie, un pôle de stabilité

La Mauritanie, un pôle de stabilité
  • Publiéjuin 26, 2024

Les élections du 29 juin pourraient renforcer l’image d’une Mauritanie à la stabilité politique retrouvée. Un enjeu politique et économique de taille pour les pays voisins et l’Europe.

 

Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est favori à sa succession, lors des élections présidentielles qui se tiendront en Mauritanie ce 29 juin 2024 ; le président sortant fera face à six autres candidats. Dans un Sahel en proie aux conflits et aux coups d’État, ce pays de près de 2 millions d’électeurs fait figure de modèle de stabilité. Telle est du moins l’image qu’il entend renvoyer.

L’enjeu est d’importance pour les Mauritaniens, bien sûr, mais aussi pour les voisins de la région et les pays d’Afrique du Nord, tandis que la Mauritanie constitue un important point de passage des migrations, ainsi que pour les Européens. La stabilité du pays, qui semble se réaffirmer à l’occasion de ces élections, est essentielle alors que la Mauritanie va devenir un important exportateur de gaz et d’hydrogène vert.

En dépit des réformes, la liberté d’expression et celle de la presse restent limitées. Quant aux mesures contre la corruption, l’un des chevaux de bataille des candidats, elles sont essentiellement tournées vers les opposants politiques.

Le président sortant, au bilan contrarié par les chocs mondiaux, axe sa campagne sur le soutien à la jeunesse – 70% de la population a moins de 35 ans – et aux populations fragiles.

Une jeunesse bien entendu courtisée par ses opposants, dont le militant des droits humains Biram Dah Abeid – arrivé deuxième lors du dernier scrutin de 2019 – qui axe sa campagne sur la justice, l’éducation et la démocratie. Son engagement en faveur de l’abolition de l’esclavage, qui n’a été officiellement aboli en Mauritanie qu’en 1981, a fait de lui une figure importante du paysage politique.

L'opposant Biram Dah Abeid.
L’opposant Biram Dah Abeid.

 

L’environnement politique et régional de la Mauritanie a-t-il changé depuis 2019 ? Au fond, jugent les observateurs, le président élu a suivi l’héritage de son prédécesseur, Mohamed Ould Abdel Aziz, qui dirigeait le pays depuis 2008 à la suite d’un coup d’État. La pauvreté généralisée demeure un problème endémique. Sur le plan social, le pays reste dominé par le système juridique islamique sunnite ; l’islam reste central dans la structure de l’État, des administrations et dans la vie sociale.

 

Inquiétudes à la frontière malienne

Après la fin de l’ère coloniale et des décennies d’instabilité, la présidence d’Aziz, entachée par des scandales, a néanmoins permis d’apporter davantage de stabilité et de sécurité à la Mauritanie. Son protégé politique Mohamed Ould Ghazouani lui a succédé avec 52 % des voix au premier tour. Il a poursuivi la politique de stabilité et de sécurité de son prédécesseur. Le Président né en 1956, et est entré très tôt à l’académie militaire mauritanienne. Il a fait carrière dans les forces armées et a été, entre autres, chef d’état-major de l’armée mauritanienne et ministre de la Défense.

Au plan diplomatique, donc, la relative stabilité de la Mauritanie est d’importance : l’Union européenne ne compte plus de partenaires dans la région du Sahel – à l’exception, peut-être, du Tchad – avec lesquels elle peut coopérer sur les questions de sécurité.

Du point de vue du Sahel, la situation au Mali voisin est particulièrement alarmante : ses milliers de kilomètres de frontière avec la Mauritanie suscitent de vives inquiétudes quant à la sécurité des populations. Ces dernières années, cette frontière est devenue de plus en plus le théâtre d’activités terroristes, de contrebande et de conflits transfrontaliers, ce qui menace non seulement la sécurité de la région et bien au-delà.

Le président Mohamed Ould Ghazouani à Addis-Abeba, le 17 février 2024, lors de la 37e session ordinaire de l’Union africaine. (Photo : AFP).
Le président Mohamed Ould Ghazouani, le 17 février 2024, lors de la 37e session ordinaire de l’Union africaine (Photo : AFP).

 

La présence de groupes terroristes, tels qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et le groupe de l’État islamique pour le Grand Sahara (EIGS), a considérablement exacerbé la situation en matière de sécurité. Les bonnes relations entre l’Union européenne et la Mauritanie sont d’autant plus importantes que l’Europe craint que les activités terroristes ne se propagent en Mauritanie ou dans les pays du Maghreb. Cela pourrait avoir des conséquences supplémentaires sur le mouvement migratoire déjà important vers la Méditerranée.

Le président Ghazouani a pris des mesures strictes contre l’extrémisme et a introduit une réglementation stricte des frontières ; un fait salué par les partenaires européens. Un nouvel accord migratoire entre l’UE et la Mauritanie, conclu en 2024, vise à promouvoir la migration légale et à lutter contre le trafic de migrants.

De plus, la Mauritanie tente d’équilibrer sa politique économique, se méfiant des alliances de circonstance comme la nouvelle union des pays du Sahel, afin de ne fâcher personne. Au printemps 2024, l’Algérie a tenté de redonner de force à l’Union du Maghreb, en excluant le Maroc. Une initiative à laquelle le président Ghazouani s’est bien gardé de participer, ne serait-ce que pour ne pas fâcher le voisin marocain.

 

Une démocratie contrariée

La Mauritanie s’est contentée d’un accord de libre-échange bilatéral avec l’Algérie. Le pays étant lié au Maroc au sein du grand projet de gazoduc qui reliera le royaume chérifien au Nigeria, l’une des plus grandes initiatives en infrastructures du continent.  La Mauritanie pourra ainsi se relier au gazoduc Maghreb-Europe, entre le Maroc et l’Espagne. Un moyen de s’ouvrir économiquement vers l’Afrique de l’Ouest et l’Union européenne. Laquelle s’intéresse à la Mauritanie, et à son ensoleillement, dans le cadre de l’initiative Global Gateway et son volet hydrogène vert. Secteur qui intéresse aussi les britanniques. Les énergies renouvelables sont, pour la Mauritanie, un moyen de diversifier son économie, trop tournée vers les matières premières comme le minerai de fer.

Revenons au terrain politique : la présidence Ghazouani n’est pas exempte de critiques. Lesquelles d’ailleurs conduisent à l’occasion ceux qui les émettent à la case prison. En dépit des réformes, la liberté d’expression et celle de la presse restent limitées. Quant aux mesures contre la corruption, l’un des chevaux de bataille des candidats, elles sont essentiellement tournées vers les opposants politiques, y compris contre Mohamed Ould Abdel Aziz. Condamné en 2023 pour corruption, l’ancien président n’a pas pu se représenter cette année.

Parmi les autres candidats, figure Hamadi Ould Sid’ El Moctar, chef du parti d’opposition islamiste Tewassoul. Son parti prône une société encore plus islamique, bénéficiant du soutien d’une partie de la population conservatrice et religieuse.

Un second tour est prévu le 14 juillet. Sera-t-il nécessaire ?

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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