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Politique

La France poussée hors du Mali

Les pays européens se donnent quinze jours, soit jusqu’à la mi-février 2022, pour décider de leur avenir au Sahel. La France pourrait accélérer son retrait partiel du pays, mais doit se coordonner avec ses partenaires.

Par Kimberly Adams

La tension ne retombe pas entre la France et le Mali, après la décision de la junte militaire de prier l’ambassadeur français de quitter le territoire. Les pays européens, réunis au sein de l’initiative Tabuka, vont « travailler d’ici la mi-février pour prévoir une adaptation » du dispositif, constatant l’« isolement progressif » du Mali, a déclaré le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, ce 1er février.

La mesure d’expulsion de l’ambassadeur français « fait suite aux propos hostiles et outrageux du ministre français des Affaires étrangères tenus récemment, et à la récurrence de tels propos par les autorités françaises à l’égard des autorités maliennes, en dépit des protestations maintes fois élevées », explique un communiqué du gouvernement malien.

La France compte environ 4 000 militaires au Sahel, dont plus de la moitié au Mali. Depuis un an, des troupes européennes viennent remplacer le dispositif français, qui s’allège d’autant. Via différentes forces militaires, Français et européens sont présents dans le pays depuis neuf ans, afin de lutter contre le djihadisme.

Le pouvoir militaire au Mali, qui repousse sans cesse le retour au processus démocratique, s’attire l’hostilité des grandes instances internationales, à commencer par la CEDEAO. Entre provocations et sanctions, le pouvoir paraît isolé, en dépit d’un certain soutien de la population. La semaine passée, le pouvoir a exigé le départ d’un contingent de soldats danois, venus en renfort de la force Tabuka.

« Les pays prendront dans les 14 prochains jours une décision sur ce à quoi devrait ressembler le futur de la lutte contre le terrorisme au Sahel », avait réagi la ministre danoise de la Défense, Trine Bramsen. L’expulsion du diplomate français a également été condamnée par l’Allemagne.

Le ministre des Affaires étrangères appelant au dialogue et non à l’escalade, pour atteindre l’objectif commun de sécurité et de lutte contre le terrorisme au Mali. Des troupes allemandes sont également présentes dans le pays, cette fois au sein de la force des Nations unies, la Minusma.

Reste à savoir quel est le pouvoir réel de la junte militaire. Selon certains observateurs de l’armée française, elle ne contrôlerait réellement qu’un tiers du pays, dont la capitale Bamako. Tandis que dans le même temps, les mercenaires de Wagner prennent davantage de positions. Certaines informations, non encore étayées, évoquent d’ailleurs des exactions de la part de cette milice d’origine russe.

Comment défendre le Mali ?

De son côté, la France est partagée entre le souhait de poursuivre la lutte contre le djihadisme sur le terrain, et le constat d’une certaine impasse et du rejet de la population. Comment ne pas perdre la face ?

Ce, alors que le président Emmanuel Macron préside le Conseil de l’Union européenne et qu’il s’engagera – probablement – bientôt dans la quête d’un second mandat. En France, les oppositions, de l’extrême droite à la gauche, mettent naturellement la pression sur le président français.

« Interrogeons l’opinion publique à deux mois des Présidentielles », commente sur Twitter le colonel en retraite Raphael Bernard. L’auteur d’Au cœur de Barkhane, paru en 2021, commente : « Il faut en tirer rapidement les conséquences. Un soldat français peut-il encore risquer sa vie pour la protection d’un pays failli qui expulse son ambassadeur ? »

L’ambassadeur Joël Meyer a été convoqué, le 31 janvier, par le ministre des Affaires étrangères du Mali « qui l’a invité à quitter le territoire dans un délai de 72 heures », précise un communiqué du gouvernement malien. « Cette mesure fait suite aux propos hostiles et outrageux du ministre français des Affaires étrangères tenus récemment, et à la récurrence de tels propos par les autorités françaises à l’égard des autorités maliennes, en dépit des protestations maintes fois élevées ».

Le gouvernement malien précise néanmoins vouloir « maintenir le dialogue et poursuivre la coopération avec l’ensemble de ses partenaires internationaux, y compris la France ». La veille, le ministre français Jean-Yves Le Drian, à la radio, avait condamné le départ forcé du contingent danois, qualifiée de « mesures irresponsables » prises par une équipe militaire « illégitime » qui opère « une confiscation inacceptable » du pouvoir.

Pendant ce temps, la population malienne subit l’escalade diplomatique. Le 31 janvier, les organisations de la filière coton ont convoqué les médias pour attirer l’attention sur le manque à gagner que représentent les sanctions économiques imposées par la CEDEAO.

@KA

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