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Politique

Sénégal : des élections « dans les meilleurs délais »

Sénégal : des élections « dans les meilleurs délais »
  • Publiéfévrier 16, 2024

Le président Macky Sall s’engage à organiser la présidentielle « dans les meilleurs délais ». Le chef de l’État a pris moins de 24 heures de réflexion après le veto imposé par le Conseil constitutionnel à sa décision de reporter l’élection présidentielle au 15 décembre.

Le chef de l’État a demandé au gouvernement de tenir le scrutin « dans les meilleurs délais. Bien sûr, la date initiale, le 25 février, ne pourra pas être retenue, le Conseil constitutionnel n’a d’ailleurs pas exigé de calendrier précis, dans son arrêt du 15 février.

Macky Sall «entend faire pleinement exécuter la décision du Conseil» et «mènera sans tarder les consultations nécessaires pour l’organisation de l’élection présidentielle dans les meilleurs délais», déclarent les services de la Présidence dans un communiqué.

Reste à connaître la date du scrutin et si, ce qui semble peu probable, des candidats invalidés peuvent se présenter de nouveau. On songe à Ousmane Sonko, toujours emprisonné, et à Karim Wade, dont le motif de refus – avoir tardé à abandonner la nationalité française –, pourrait cette fois être accepté. Actualisation de l’article du 14 février.

 

 

Le week-end du 10 février a été marqué par des violences qui ont fait trois morts, au Sénégal, déclenchant à la fois de nombreux messages d’inquiétudes et des appels au calme. Ce 14 février, devait se tenir une marche silencieuse organisée par le collectif citoyen Aar Sunu Elections (« Protégeons notre élection »). Interdite, elle a été repoussée par les organisateurs au samedi 17 février, sur un itinéraire cette fois approuvé par le préfet de Dakar. Rien ne dit qu’elle pourra se tenir, néanmoins. 

« Le Sénégal est depuis longtemps considéré dans la région comme un exemple de la manière dont une démocratie peut encourager la liberté d’expression, la libre association et la participation politique Cet héritage est désormais menacé. »

L’influent président de la CEDEAO, Bola Tinubu, a reporté une visite au Sénégal ; le président du Nigeria devait néanmoins s’entretenir avec Macky Sall ce 15 février, à Assis-Abeba. Une délégation de parlementaires de la CEDEAO est arrivée dans la capitale sénégalaise mardi pour une visite de trois jours. Elle doit se faire une idée sur les causes de la crise politique.

En dépit des appels à Macky Sall de rétablir le calendrier électoral prévu, le président sénégalais restait sur sa position, jusqu’au coup de théâtre du 15 février. 

Pour autant, le Président semblait lâcher du lest en matière d’expression démocratique, comme en témoigne l’autorisation de la manifestation de samedi, appuyée par divers acteurs de la société civile ou universitaire. De même, le signal de la télévision privée Walf TV a été rétablie, après plusieurs jours de coupures. Des libérations de prisonniers pourraient être annoncées tout prochainement ; le nom de l’opposant Ousmane Sonko est parfois avancé. C’est dans ce contexte tendu que les anciens présidents Abdou Diouf et Adoulaye Wade appellent au calme ; dans un communiqué commun, ils réclament un dialogue pour sortir le Sénégal de l’impasse actuelle. D’autres personnalités respectées, comme Alioune Tine – un habitué des missions difficiles –, tentent de calmer le jeu, entretenant des liens avec toutes les parties. « On travaille tous les jours pour apaiser la situation du pays, libérer les détenus politiques et trouver un consensus », a déclaré Alioune Tine au micro de RFI. Diverses personnalités religieuses appellent également au dialogue et à éviter toute violence.

L’invalidation de la décision de Macky Sall par le Conseil constitutionnel a donc changé la donne. L’instance a été saisie par les députés de l’opposition, mais s’est aussitôt engagée une querelle de spécialistes sur l’autorité de cette instance à invalider une telle décision présidentielle. Son opinion sera probablement commentée, mais le Président a coupé-court aux contestations. 

 

Un recours inutile et disproportionné à la force

Du côté de la communauté internationale, le secrétaire d’État Antony Bliken, présent voici quelques semaines en Afrique de l’Ouest, avait de nouveau demandé au Sénégal de tenir des élections « aussi vite que possible », à rétablir le calendrier électoral du pays ; il se serait entretenu à ce propos avec Macky Sall. Visiblement, les États-Unis s’inquiètent d’un regain d’insécurité dans toute l’Afrique de l’Ouest. Pour l’heure, ils n’évoquent pas de sanctions économiques à l’encontre du Sénégal. Récemment, Gabon et Niger ont été exclus de l’accord commercial privilégié AGOA.

De son côté, le Bureau des droits de l’homme des Nations unies s’est déclaré, le 13 février, « profondément préoccupé » par la crise au Sénégal découlant de « la suspension de la Présidentielle », dénonçant un « recours inutile et disproportionné à la force contre les manifestants et des restrictions de l’espace civique ». L’organisation fait état de 266 arrestations dans tout le pays, le week-end dernier, y compris des journalistes.

Ce que confirme l’ONG Human Rights Watch qui précise que les arrestations, en dehors des journalistes, concernent pour la plupart les militants du parti dissous PASTEF.

Des enquêtes « doivent être menées rapidement, de manière approfondie et indépendante, et les responsables doivent être amenés à rendre des comptes », considère l’organisme dépendant de l’ONU, relevant que « les personnes arrêtées pendant les manifestations à Dakar et dans certaines régions doivent bénéficier d’un traitement équitable ».

 « Le Sénégal est depuis longtemps considéré dans la région comme un exemple de la manière dont une démocratie peut encourager la liberté d’expression, la libre association et la participation politique », juge la chercheuse Ilaria Allegrozzi, pour le compte de HWR. « Cet héritage est désormais menacé. Face à cette crise politique, les autorités doivent respecter les droits fondamentaux. »

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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