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Politique

La demande de réparations prend forme

La demande de réparations prend forme
  • Publiéjanvier 5, 2024

La récente Conférence d’Accra sur les réparations sera-t-elle aussi déterminante dans la recherche de la justice pour l’esclavage et le colonialisme que la Conférence des peuples africains de 1948 l’a été pour la libération de l’Afrique ?

 

L’ordre mondial contemporain, qui subit actuellement d’énormes pressions sur de multiples fronts, reste marqué par l’impact historique de l’expansion impériale occidentale, qui s’est manifestée par la traite et l’esclavage, le colonialisme et le néocolonialisme.

Dans le cas de l’Afrique, ses ressources matérielles, artistiques et humaines ont été pillées, laissant derrière elles un héritage de sous-développement et d’inégalités structurelles.

Dans le cadre de la quête de justice réparatrice et afin de clore ce chapitre historique particulier, l’Union africaine et le gouvernement du Ghana ont organisé, en novembre 2023, la très importante conférence d’Accra sur les réparations. Elle a rassemblé le mouvement mondial moderne des réparations africaines, y compris une participation significative de la Communauté des Caraïbes et du Marché commun (CARICOM), ainsi que des vétérans de la société civile de la diaspora et de l’Afrique.

Avec la fin de l’apartheid en 1994, le continent a été largement décolonisé, prouvant qu’avec l’unité, la victoire suit. Aujourd’hui, une structure tout aussi unie et un objectif précis sont en train de se mettre en place dans la lutte pour la justice réparatrice.

Prenant la parole, entre autres, devant le président des Comores et président de l’UA, le président Akufo-Addo du Ghana et Mia Mottley, Premier ministre de la Barbade, la conférence s’est appuyée sur un certain nombre d’initiatives antérieures.

Il s’agit notamment de la conférence mondiale inaugurale de 2022 sur les réparations, qui s’est tenue à Accra, de la déclaration et du programme d’action de Durban de 2001, qui ont reconnu que l’enlèvement, la traite et l’esclavage des Africains, qui constituaient ce que l’on appelle la « traite des esclaves », étaient un crime contre l’humanité, et de la proclamation d’Abuja de 1993, qui a reconnu que la traite des esclaves était un crime contre l’humanité ; et la proclamation d’Abuja de 1993 qui, voici trente ans, à la veille de la libération définitive de l’Afrique du Sud et de la fin de la lutte continentale pour la décolonisation, a donné le coup d’envoi du discours moderne sur les réparations formelles des injustices historiques telles que l’esclavage et le colonialisme.

L’événement a permis de dresser un bilan global des campagnes et des réalisations en cours et d’élaborer des stratégies pour relier des actions disparates afin d’en maximiser l’impact, tout en discutant de nouvelles perspectives sur la justice réparatrice pour les personnes d’ascendance africaine.

La conférence s’est appuyée sur l’élan croissant en faveur des réparations sur plusieurs fronts : la restitution des objets culturels des musées, les excuses et les réparations symboliques présentées respectivement par le Premier ministre et le roi des Pays-Bas et les héritiers de l’esclavage, dont les ancêtres ont profité de l’esclavage, l’engagement de 100 millions de livres de l’Église d’Angleterre et de 20 millions de livres de l’université de Glasgow, les commissions d’État à New York et en Californie chargées de réexaminer les arguments en faveur des réparations, etc.

 

Prolifération de réponses

La réunion a également noté que la prolifération des réponses des différents individus, institutions, entreprises et gouvernements était elle-même chaotique et souvent arbitraire.

D’importantes questions restent sans réponse : sur quelle base l’Église d’Angleterre, par exemple, est-elle parvenue à son chiffre de 100 millions de livres sterling alors que la CARICOM estime que des milliers de milliards de livres sterling sont dues rien que dans les Caraïbes ? Qui doit recevoir cette somme et comment?

La conférence a été considérée comme une intervention importante dans le processus visant à clarifier ces questions, tout en coordonnant les positions qui réduiront le nombre de tactiques de diviser pour régner.

Elle a rappelé un moment historique similaire, lorsque, toujours sous l’impulsion du Ghana, le président Kwame Nkrumah a convoqué la Conférence des peuples africains de 1958, réunissant des dirigeants de toute l’Afrique, avec la participation de la diaspora sous la forme de George Padmore et de Franz Fanon, pour entamer le processus de décolonisation du continent par le biais des luttes de libération.


Victoire Dogbé, Premier ministre du Togo, intervient à la Conférence d’Accra, le 14 novembre 2023.

Victoire Dogbé, Premier ministre du Togo, intervient à la Conférence d’Accra, le 14 novembre 2023.

 

Les décisions prises lors de cette conférence de 1958 ont ensuite été adoptées en 1963 par l’Organisation de l’unité africaine, qui a créé un comité de libération autofinancé pour la coordination de la stratégie, et a fait du 25-mai la Journée de la libération de l’Afrique pour la mobilisation des Africains ordinaires.

Avec la fin de l’apartheid en 1994, le continent a été largement décolonisé, prouvant qu’avec l’unité, la victoire suit. Aujourd’hui, une structure tout aussi unie et un objectif précis sont en train de se mettre en place dans la lutte pour la justice réparatrice.

Les résultats de la Conférence sur les réparations de 2023 établiront non seulement un Comité africain d’experts, issus du continent et de la diaspora, sur les réparations dans le but d’élaborer une position africaine commune pour mettre en œuvre le plan d’action de la Conférence d’Accra sur les réparations de 2022, mais aussi un Fonds de réparations pour financer son travail.

@AB

Écrit par
Onyekachi Wambu

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