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Politique

La décentralisation au Maroc

Administration et élus locaux : qui décide ?

« Il y a une double question dans cette réforme. La première est celle de l’efficacité. La réponse consiste à rapprocher la décision du citoyen », explique un enseignant de l’Institut national d’aménagement et d’urbanisme. « La deuxième, poursuit-il, est une question plus politique. Il s’agit de savoir qui détient le pouvoir de décider, l’administration déconcentrée ou les élus locaux? »

« les citoyens demandent davantage d’efficacité, c’est à cette problématique qu’il faut avant tout répondre »

Les exemples de chevauchements des compétences abondent. Souvent dans les grandes villes, les légitimités s’entrechoquent. Une politiste de Casablanca revient sur la politique de gestion des transports dans le Grand Casablanca, « le wali (préfet) de la région a été déterminant dans la structuration des appels d’offres et les orientations alors que statutairement, il n’a aucune prérogative en la matière ». Ces walis, un corps d’élite de l’administration, sont souvent taxés d’activisme forcené par les édiles des grandes villes, qui peinent parfois à marquer leur terrain. Tarik Kabbaj, maire d’Agadir, connu pour avoir pris en main les plans de développement de sa ville et les questions d’aménagement, le proclame : « Il faut parfois se battre avec l’administration centrale pour exercer pleinement ses prérogatives d’élu local. » Au ministère de l’Intérieur, on juge plus sobrement qu’« il y a peu d’élus capables de porter efficacement des projets structurants au rythme auquel le pays a besoin de se développer ». Certes, « les citoyens demandent davantage d’efficacité, c’est à cette problématique qu’il faut avant tout répondre », reconnaît un cadre de la Direction générale des collectivités locales (DGCL, ministère de l’Intérieur).

La DGCL concentre les moyens financiers et humains dévolus à l’aménagement des communes rurales. Ses fonctionnaires gardent la main dans de nombreux dossiers et renvoient parfois les élus locaux à leurs responsabilités. « Les réformes récentes et nos efforts poussent avant tout dans le sens d’une coopération intercommunale plus forte et plus active, pour prendre en charge des infrastructures de voirie les plus basiques et créer une cohérence territoriale », explique-t-on à la DGCL.

En revanche, le domaine de compétence des communes reste bien étroit même dans un cadre de coopération intercommunale, puisque ni la santé primaire, ni l’enseignement scolaire de base ou la gestion des adductions d’eau et d’électricité n’entrent dans le périmètre communal. « Les communes marocaines représentent 4 % à peine de la dépense publique du pays et l’intercommunalité concerne environ 120 groupements sur les 1 500 communes », rappelle Abdelouahad Ourzik, haut fonctionnaire au ministère de l’Intérieur. 

D’autres territoires plus enclavés continueront d’avoir besoin d’un pilotage de l’État central ou des agences de développement régionales ad hoc pour conduire des projets structurants à même de dynamiser leur développement. 

« La régionalisation permettra à certaines régions les mieux dotées notamment Casablanca, Rabat, Agadir ou Tanger, de prendre leur place à une échelle régionale ou internationale dans la mondialisation », poursuit-il. D’autres territoires plus enclavés continueront d’avoir besoin d’un pilotage de l’État central ou des agences de développement régionales ad hoc pour conduire des projets structurants à même de dynamiser leur développement.

Selon le texte législatif présenté par l’État, un fonds d’environ 124 milliards de dirhams (11,4 milliards d’euros) permettra de financer les projets de développement dans les régions les moins dotées, tandis que les régions les plus riches pourront se développer à travers une fiscalité locale et des ressources propres.

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