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Politique

La bataille de Tripoli ou la division des puissants

Quelques jours après l’attaque de Haftar, Donald Trump a appelé l’ancien lieutenant de Kadhafi pour le soutenir dans son initiative. Les raisons de ce revirement demeurent floues, d’autant plus que le Secrétariat d’État continue de déclarer Faez Serraj comme le dirigeant du seul gouvernement reconnu du pays.

Ayant passé une trentaine d’années en exil de l’autre côté de l’Atlantique, à quelques kilomètres du siège de la CIA, Khalifa Haftar est perçu par ses adversaires comme un cheval de Troie américain. Le coup de fil de Trump a ravivé cette thèse.

Mais plus fondamentalement, la décision du président des États-Unis est intervenue moins de deux semaines après une discussion avec al-Sissi, Ben Salman et Ben Zayed. Ce sont les trois parrains de Haftar et les piliers de la coalition sunnite qui se dresse contre l’axe – honni de Trump – Qatar-Iran-Turquie dans la lutte que se livre le monde musulman sur son devenir.

Si pour Donald Trump, la Libye demeure une question mineure, elle n’est plus totalement absente de son agenda. Contrôler le pays, c’est posséder un fief déterminant sur le continent à l’heure où l’Algérie et le Soudan, les deux autres places fortes de l’Islam en Afrique, sont traversés par des soubresauts politiques aux conséquences inconnues. D’où la course à l’armement pour remporter la bataille au plus vite.

Les obscurs jeux russe et chinois

Seulement, la perspective d’une victoire rapide, qu’importe le vainqueur, devient de plus en plus chimérique. La Russie et la Chine l’ont rapidement compris. Si Poutine tend à privilégier l’option Haftar, il n’a jamais coupé les ponts avec le pouvoir en place à Tripoli.

Le Kremlin continue de recevoir des responsables des deux factions. Début juillet, l’homme fort russe a évoqué la possibilité que de nombreux terroristes d’Idlib en Syrie ont ou cherchent à trouver refuge en Libye. Aussitôt, les kremlinologues ont épilogué sur la portée de cette intervention inattendue : serait-ce un premier ballon d’essai avant une possible intervention plus concrète ?

Depuis l’époque des Tsars, la Russie rêve d’un débouché sur cette mer, ce qui lui a été longtemps refusé par les puissances européennes occidentales. Plus subtil, début juillet, deux Russes ont été arrêtés pour espionnage.

Selon, le gouvernement de Tripoli, ils travailleraient pour Frabrika Trolley, une société d’influence d’opinion notamment en période électorale sur le Web. Ces Russes devaient rencontrer Saïf el-Islam, qui, selon ses proches, serait prêt à se présenter au scrutin présidentiel annoncé pour la fin de l’année.

La Chine, elle, observe officiellement une neutralité parfaite. Mais sur la Méditerranée, elle a déployé plus de bateaux que les armées européennes, selon Christophe Prazuck, chef d’état-major français. L’Empire du Milieu cache de moins en moins sa volonté d’obtenir une base portuaire militaire. Après avoir racheté de nombreux ports commerciaux comme en Grèce, en Espagne, etc., le géant asiatique verrait bien la Libye être la tête de pont de sa puissance navale dans la région.

Dans ces jeux à bandes multiples, les acteurs libyens sont considérés, par les grandes puissances, comme des pions qu’on peut manipuler. Attention au retour de bâtons. En 1803, la marine américaine a connu sa première défaite avec la prise du navire USS Philadelphia. Une partie de son mât est encore aujourd’hui accrochée aux remparts qui délimitent la veille ville de Tripoli et qui surplombe la place des Martyrs.

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