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Politique

Jean Ping : « Tout le monde sait qui a gagné les élections »

Que peut faire le monde pour le Gabon ? Les problèmes du Gabon ne pourront pas être résolus par la communauté internationale toute seule…

Il peut faire beaucoup de choses, à l’instar de ce qui s’est passé ailleurs : certains nous disent qu’ils ne peuvent pas intervenir alors qu’ils sont intervenus au Moyen-Orient, en Côte d’Ivoire, ou dans d’autres pays… Pourquoi n’interviendraient-ils pas pour défaire ce qu’ils ont fait ? Ne serait-ce que cela : défaire ce qu’ils ont fait. Par exemple, en infligeant des sanctions ciblées. Mais nous ne comptons pas que sur la communauté internationale. Comme je viens de vous le dire, nous comptons sur elle, nous pensons qu’elle devrait aller au bout de sa logique, mais nous comptons aussi sur nous-mêmes.

Depuis dix mois, le président Ali Bongo est toujours au pouvoir… Au fond, avez-vous eu le temps d’une introspection, d’une autocritique ?

L’action politique vous amène inévitablement à avoir un jugement qui n’est pas forcément le meilleur, et à conduire des actions qui ne sont pas toujours les plus appropriées. C’est le risque inhérent à la vie politique. Mais notre cheminement est sûr, notre volonté et nos moyens sont là. Nous allons réussir.

Le Gabon est en crise systémique, mais c’est aussi toute la région d’Afrique centrale qui est malade, avec des problèmes énormes, de gouvernance, économiques… Ces risques incalculables ne risquent-ils pas de provoquer une implosion ?

L’Afrique en général, ne va pas bien, vous le savez. D’autres pays comme la Tunisie ont développé des efforts colossaux, sans parvenir à résoudre les problèmes, en raison de la conjoncture internationale. Tout cela existe aussi dans les pays d’Afrique centrale. Nous pensons que ce qui se passe en Afrique de l’Ouest est très différent de ce qui se passe en Afrique centrale.

L’Afrique de l’Ouest bénéficie d’un système qui marche parfois mieux que l’Union africaine. La Cedeao marche. On a vu l’évolution de la Gambie. En Afrique centrale, nous n’avons pas le même système et il y a donc une série de problèmes qui perdurent, mais nous pouvons conjuguer nos efforts et nous en sortir collectivement.

Le pays que vous incarnez a été au coeur de ce qu’on appelle la Françafrique. Pensez-vous que l’élection d’Emmanuel Macron va marquer le signe d’une évolution des rapports entre la France et l’Afrique ?

J’en ai l’intime conviction. D’abord que je crois que le président Macron a une vision résolument moderniste de la France, et qu’il veut, comme nous, entrer dans la modernité du xxie siècle, non pas à reculons ou en crabe, mais de plain-pied ! Nous avons dit à certains de nos interlocuteurs, diplomates ou autres, qu’il faut secouer le cocotier. Cela veut dire qu’il faut aller résolument de l’avant. Nous avons confiance.

Quel est votre horizon, votre bataille, au-delà de ce moment très particulier où vous attendez votre heure ? Vous êtes d’abord un homme d’action…

Oui, et nous agissons tous les jours ! Je suis là, en train d’agir. Notre entretien sera lu, et le monde entier le lira, et tout particulièrement l’Afrique, le Gabon.

Vous avez été président de l’Union africaine pendant des années, et vous avez sillonné l’Afrique et le monde. Que vous a appris le panafricanisme ?

Nous vivons aujourd’hui une époque qui est différente de l’ancienne : d’abord, les grands ensembles se constituent partout, et l’Afrique rêve aussi de constituer des ensembles. Le Gabon ne vivra pas seul, il vivra dans un nouveau contexte. L’Union africaine a été créée au départ avec une idée qui n’a pas prévalu en 1963, celle de Nkrumah, visant à créer les États-Unis d’Afrique. Tout le monde cherche à y aller. Ce n’est pas facile et cela ne se fera pas du jour au lendemain. Les chemins pour y accéder ne sont pas les mêmes, mais nous avançons quand même vers ces grands ensembles. Nous y arriverons. n

*Avec la collaboration de Guillaume Weill-Raynal

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