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Politique

Guinée, un retour et des interrogations

L’ancien président Alpha Condé est revenu au sein de sa famille, à Conakry, après un séjour de trois mois aux Émirats. Son retour coïncide avec l’arrestation et la mise en accusation d’anciens proches.

 

Par Laurent Allais

Discrètement, l’ancien président Alpha Condé a retrouvé la Guinée, le 8 avril 2022. Un geste d’ouverture du nouveau pouvoir, qui d’un autre côté, poursuit son offensive contre les caciques de l’ancien régime. En effet, six anciens ministres de la période Condé, ainsi que l’ancien président de l’Assemblée nationale, Amadou Damaro Camara, étaient convoqués par la gendarmerie pour audition, ce 11 avril.

L’ancien président est revenu en Guinée alors que la veille, un de ses anciens Premiers ministres, Ibrahima Kassory Fofana, et trois anciens de ses ministres, ont été inculpés et écroués pour détournement présumé de fonds publics, corruption, blanchiment de capitaux et enrichissement illicite.

Vendredi, Alpha Condé a donc rejoint Conakry, à bord d’un avion affrété par les Émirats. Sitôt atterri à l’aéroport de la capitale guinéenne, il a gagné un domicile familial situé en banlieue.

Selon diverses sources, son retour a été négocié par le régime de Conakry et les Émirats, Alpha Condé lui-même n’était pas demandeur de retourner dans son pays, à l’issue de son passage aux Émirats pour raisons de santé. Il n’a pourtant eu d’autre choix que de se conforter à la décision d’Abou Dhabi qui ne souhaitait pas que son séjour s’éternise.

Dans un communiqué, le chef du pouvoir guinéen, Mamadi Doumbouya a d’ailleurs remercié les Émirats arabes unis pour la grande attention dont Alpha Condé a bénéficié. « L’ancien président restera en Guinée aussi longtemps que sa santé le permettra. Son intégrité et sa dignité seront toujours respectées conformément à son rang et à son statut », assure le Comité national du rassemblement et du développement (CNRD) au pouvoir. Alpha Condé avait été renversé par un coup d’État le 5 septembre 2021 par le colonel Doumbouya, proclamé, depuis, président de la République.

 

Convocations judiciaires

Alpha Condé aura donc passé près de trois mois aux Émirats, pour passer une batterie d’examens et de soins médicaux ; lesquels, à l’origine, ne devaient prendre que quelques semaines. Il semble que les Émirats ne voulaient pas que l’ancien président profite de son séjour pour organiser une riposte politique sur leurs terres. En effet, Alpha Condé ne se privait pas d’exprimer publiquement son opinion de la scène politique guinéenne, y compris par des enregistrements radios, au mépris du vœu de discrétion imposé par ses hôtes.

Précisément, reste à savoir le sort politique qui sera réservé à Alpha Condé. Son statut d’ancien chef d’État, ainsi que son âge (84 ans), devrait lui permettre d’éviter une répression politique trop sévère. D’autant que le nouveau pouvoir a d’autres voix à faire taire. À l’inverse, quelle seront l’attitude et la réponse apportée à ceux qui réclament des comptes à l’ancien président, notamment les victimes de la répression sous son régime ? Déjà, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) demande l’« ouverture sans délai d’un procès », tandis qu’une instruction judiciaire a été ouverte, en début d’année, sur les crimes présumés durant la présidence d’Alpha Condé.

L’ancien président est donc revenu en Guinée alors que la veille, un de ses anciens Premiers ministres, Ibrahima Kassory Fofana, et trois anciens de ses ministres, ont été inculpés et écroués pour détournement présumé de fonds publics, corruption, blanchiment de capitaux et enrichissement illicite. Elles sont les dernières personnalités de l’ancien pouvoir à être inquiétées par la justice depuis septembre 2021. Près d’une quarantaine d’anciens caciques du régime sont en prison. Ibrahima Kassory Fofana et les ministres arrêtés la semaine passée devraient être fixés sur leur sort très rapidement. Ils pourraient, à leur tour, être déférés devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), dans les plus brefs délais.

L’ancien parti au pouvoir (RPG) se dit « gravement préoccupé » par la série de convocations à la gendarmerie nationale visant ses hauts responsables et anciens ministres, dénonce des « agissements qui s’apparentent à un acharnement ciblé ». Ces arrestations sont intervenues au lendemain d’un congrès extraordinaire du parti. Ce rendez-vous a permis de remobiliser les troupes et, jugeait-on, de permettre au nouveau régime de montrer sa tolérance vis-à-vis de l’opposition.

@LA

 

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