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Politique

Guinée : nouvelle donne

La réélection d’Alpha Condé donne le signal d’une recomposition de l’opposition politique en Guinée. Qui s’exprime, pour l’heure, par des divergences et de nouvelles alliances.

Au-delà de la réélection du président Alpha Condé, la présidentielle du 11 octobre a entraîné une recomposi-tion du paysage politique guinéen qui semble se dérouler au détriment de l’opposition. Incapables de s’unir, les opposants guinéens ont facilité le « coup KO » du président Alpha Condé, vainqueur de l’élection présidentielle dès le premier tour avec 57,84 % des voix. Et depuis leur défaite, Cellou Dalein (UFDG) et les autres opposants affichent plus que jamais leurs divergences. Sydia Touré (UFR), en dépit de ses discours de campagne durs contre Alpha Condé, est annoncé dans le prochain gouvernement « de consensus ».

Dès lors, Sydia Touré s’est attiré les accusations de « traîtrise », en provenance notamment des partisans de Cellou Dalein. « Nous avons tout fait pour conduire une stratégie unique afin d’accroître les chances de l’opposition. Cela n’a pas été obtenu. Alors, chacun est tota-lement libre d’élaborer sa propre stratégie », réplique Mohamed Tall, porte-parole de l’UFR. Tall ajoute : « En répondant à l’invitation du chef de l’État, le président de l’UFR a fait preuve d’une grande responsabilité et d’une intelligence politique ».

La divergence n’est pas qu’inter- partis. Entre Cellou Dalein et son vice-président, Bah Oury, le désaccord est aussi devenu tangible dans les discours. « Il y a des dissensions entre les deux depuis longtemps », reconnaît Salifou Sylla, choisi en 2013 par l’opposition pour faciliter le dialogue politique guinéen. Selon cet ancien ministre de la Justice, Bah Oury ne partage pas la ligne de conduite de Cellou Dalein et prend très mal le fait qu’il soit en exil. Salifou Sylla tranche : « Ce n’est quand même pas Cellou qui l’a envoyé en exil ! Il est en exil parce qu’il a été accusé dans l’affaire de l’attaque de la résidence du Président à Kipé. » Pour cette attaque, Bah Oury est condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité. 

Qui est qui ? 

Pendant que les points de vue divergent entre Cellou Dalein et Bah Oury, ce dernier se rapproche de plus en plus du président Alpha Condé. À la surprise générale, les deux hommes se sont rencontrés à Paris le 31 octobre. Selon Amadou Mouctar Diallo, le président et son opposant ont évoqué une amnistie qui permettrait à l’opposant de regagner son pays. 

Alpha Condé annonce un quinquennat de réconciliation entre les Guinéens. Pour cela, a indiqué le porte-parole de Bah Oury, la grâce présidentielle pourrait s’élargir à d’autres opposants. « Cette rencontre ne veut pas dire que Bah Oury va virer dans le navire présidentiel », a tenu à préciser Amadou Diallo. 

Au nom de l’apaisement, « condition indispensable pour le développement », Sydia Touré a salué la rencontre Alpha- Bah Oury. Mais pour Cellou Dalein Diallo, Bah Oury n’« a pas rencontré Alpha Condé au nom l’UFDG ». « Lui fallait-il un accusé de réception avec avis favorable avant de rencontrer Alpha Condé ? », a répliqué, dans une déclaration, le chargé de la communication de la section de l’UFDG en France. 

« L’opposition est sortie affaiblie de cette échéance électorale », conclut l’analyste politique Aboubacar Sylla. Un point de vue partagé par maints observateurs, mais réfuté par celui qui est arrivé en quatrième position lors scrutin, Faya Lansana Millimono : « L’opposition sera même renforcée, parce que cette élection permet de connaître qui est qui dans le paysage politique guinéen. » (lire encadré) Ce candidat inattendu est arrivé en quatrième position, obtenant 1,39 % des voix. 

Nouhou Baldé, journaliste et analyste politique, estime que tout dépendra de la gouvernance d’Alpha Condé : « Si Alpha Condé continue à gouverner comme il l’a fait durant les trois dernières années, c’est sûr que certains de ceux qui le rejoignent aujourd’hui vont se tourner contre lui. Pour pouvoir dominer complètement, il doit s’ouvrir davantage à toutes les composantes de la nation, laisser de côté surtout les considérations ethniques ou politiques. » Difficile pourtant d’imaginer une opposition forte dans les cinq années à venir. Hormis Cellou Dalein, qui a une bataille interne à mener, et le nouveau leader Faya Millimono, les véritables opposants aux régimes d’Alpha Condé sont à chercher.

ENCADRE

Lansana Faya Millimono

Président du Bloc libéral

Vous avez créé la surprise en arrivant quatrième sur huit candidats… 

Lansana Faya Millimono

Le Bloc libéral est le parti de la surprise ! En 2012, très peu pouvaient jurer que nous aurions notre agrément. Nous avons surpris lorsque nous avons fait le tour de la Guinée pour implanter le parti. Beaucoup ne nous attendaient même pas à cette élection et ont été surpris que nous présentions une candidature. Dans les analyses, les pronostics nous plaçaient en septième ou huitième position. Encore une surprise, je suis arrivé quatrième ! 

Notre seul secret, c’est que nous avons choisi de faire de la politique autrement. Nous n’abordons pas les Guinéens avec des préjugés. Nous avons toujours été avec les Guinéens à chaque fois que leur dignité ou leurs droits sont bafoués. Nous l’avons fait sans distinctions, et nos compatriotes en ont pris acte. 

L’opposition est sortie affaiblie de cette élection… 

Certains considèrent qu’on est en politique pour occuper un poste. Non, on est en politique parce qu’on a des valeurs pour lesquelles on se bat. Mon ambition est d’être au pouvoir pour réaliser des projets à l’avantage du peuple de Guinée. En attendant, je dois contribuer, en utilisant de la pédagogie, au renforcement des institutions. Alors, être de l’opposition, c’est avoir une contribution de qualité à apporter à la construction d’institutions démocratiques. Mais également, avoir un regard critique sur l’action en cours, afin de permettre son amélioration. Partant de ces arguments, je crois que l’opposition ne sort pas affaiblie de cette élection. Contrairement à ce que certains déclarent, l’opposition sera même renforcée. Avec la recomposition de l’espace politique en cours, une forme de décantation s’opère, elle permet de savoir qui peut faire quoi au sein de cette opposition. 

Êtes-vous disposé à participer à un gouvernement d’union du président Condé ? 

En Guinée, nous ne pouvons pas parler d’un gouvernement d’union nationale. Pour qu’un gouvernement d’union nationale se forme dans un pays, il doit avoir connu des situations telles qu’il faut contacter tout le monde pour permettre la marche du pays. Dans le cas guinéen, c’est une élection qu’on a connue. On a déclaré quelqu’un vainqueur. Légalement, il est le chef de l’État. Il a le droit de nommer qui il veut dans son gouvernement.

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