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Politique

Guinée-Bissau : Retour au calme

Alors que la Cedeao se réunit, ce jeudi 3 février 2022 à Accra (Ghana), pour faire le point sur les tensions politiques en Afrique de l’Ouest, le calme semble revenir en Guinée-Bissau, après une tentative de coup d’État, mardi.

Par Aude Darc

« La situation est sous contrôle », a déclaré le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, dans la soirée du mardi 1er février 2022. Une journée marquée par une tentative de coup d’État, visible surtout dans la capitale Bissau.

Les forces de sécurité ont repris le contrôle de la situation « et arrêté l’axe du mal », a indiqué le Président au cours d’une conférence de presse improvisée, relayée par les réseaux sociaux. « Nous étions là, avec le Premier ministre et tous les autres membres du gouvernement et nous avons entendu des tirs nourris, des tirs d’artillerie lourde et des mitrailleuses. » Le chef de l’État a dénoncé « une attaque contre la démocratie ».

La Guinée-Bissau, pays lusophone enclavé dans le Sénégal, est considérée comme une plaque tournante du trafic de drogues – notamment de cocaïne – entre l’Amérique et l’Europe. Certains dénoncent le rôle de l’Armée dans les différentes filières.

Le Président, ainsi que ses ministres, a donc passé environ cinq heures reclus dans le palais du gouvernement, cible de tirs nourris. L’assaut aurait fait de nombreux blessés et six morts – quatre assaillants et deux gardes du corps –, selon les médias bissau-guinéens. La CEDEAO, qui a exprimé très vite ses « préoccupations », se réunit ce jeudi 3 février pour évoquer la situation politique très tendue de l’Afrique de l’Ouest.

Le président Umaro Sissoco Embalo a publié sur son compte certifié Facebook une photo où on le voit en compagnie de militaires, avec la légende « Le calme revient à Bissau ! » D’autres photos semblables ont été publiées sur des comptes non certifiés, sur les réseaux sociaux. Plus tôt, d’autres montraient des victimes, au sein même du palais du gouvernement.

Le 1er février, le gouvernement s’était réuni en Conseil des ministres extraordinaires, afin de discuter de la succession d’un homme clef du régime, le général Biagué Na Ntan, chef d’état-major des Armées. Et l’un des intermédiaires les plus respectés entre les militaires et le pouvoir civil. Coïncidence : le général serait décédé le 2 février, dans un hôpital de Cuba, alors que son pays vivait des heures difficiles, rapporte la presse sénégalaise.

C’est durant cette réunion qu’une quarantaine d’hommes, habillés en civil, ont attaqué les lieux. Dans les rues de Bissau, c’était « la panique totale, tout le monde courait dans tous les sens », décrit Mamadou Ndao, un responsable d’ONG sénégalais, cité par Le Monde.

« L’ambition de deux ou trois hommes »

Commerces et écoles ont vite fermé. « Tout le monde essayait de se réfugier dans un endroit sûr », confirme le journaliste bissau-guinéen Alfred Dabo. Qui rappelle qu’en 1998, pendant la guerre civile, 2 500 personnes ont été tuées dans des affrontements entre le général, « et les gens ont peur qu’un tel événement se reproduise ».

Dans sa conférence de presse, le président Umaro Sissoco Embalo a stigmatisé l’ambition de « deux ou trois hommes ». Selon lui, cette attaque ne serait pas seulement le fait de militaires, mais de personnes lui en voulant pour son action politique de lutte contre le narcotrafic et la corruption. « De nombreuses personnes impliquées dans cet acte font l’objet d’une enquête pour trafic de drogue », a-t-il déclaré, sans autres précisions. « Les assaillants auraient pu me parler avant ces événements sanglants ! »

Faisant écho à la réaction de la CEDEAO, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a réclamé « l’arrêt immédiat » des combats à Bissau et « le plein respect des institutions démocratiques du pays ». De son côté, le gouvernement français a condamné « fermement la tentative de coup de force » et appelé au « respect de l’ordre constitutionnel ».

Depuis 2014, la Guinée-Bissau est engagée dans un processus de retour à l’ordre constitutionnel. Non sans heurts, mais sans grandes violences, jusqu’à présent. L’élection de Umaro Sissoco Embalo, voici deux ans, a elle-même été contestée. L’ancien général de brigade s’est installé dans le fauteuil présidentiel sans attendre les résultats des recours.

La Guinée-Bissau, pays lusophone enclavé dans le Sénégal, est considérée comme une plaque tournante du trafic de drogues – notamment de cocaïne – entre l’Amérique et l’Europe. Certains dénoncent le rôle de l’Armée dans les différentes filières. Dans ce contexte, le pouvoir du Président est contesté jusque dans son propre camp, depuis quelques mois. On le dit d’ailleurs en froid avec son Premier ministre, contraint à un remaniement ministériel en janvier.

@AD

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