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Politique

George Weah, un modèle du sens de l’État

George Weah, un modèle du sens de l’État
  • Publiénovembre 22, 2023

Battu de 20 000 voix à la présidentielle au Liberia, George Weah a très tôt reconnu sa défaite face à Joseph Boaki, appelant à l’entente entre ses concitoyens. Une attitude saluée en Afrique, malgré un bilan présidentiel peu flatteur.


Le deuxième acte remarquable de George Weah en tant que président de son pays a pris fin après qu’il a reconnu sa défaite face à Joseph Boakai lors du second tour serré de l’élection présidentielle au Liberia, le 14 novembre. Il faut l’admettre, l’ancien footballeur lauréat du Ballon d’Or, surtout connu pour ses brillants passages à Monaco, au PSG et à l’AC Milan dans les années 1990, a eu un bilan plus mitigé dans l’exercice de ses fonctions.

Dans une Afrique de l’Ouest qui a connu un retour décourageant des coups d’État militaires ces dernières années, la défense à cor et à cri de la démocratie et de la politique d’inclusion par George Weah a toute la force d’un acte révolutionnaire.

Entamé en 2016 après la présidence de l’inspirante Ellen Johnson Sirleaf, lauréate du prix Nobel de la paix, le mandat de George Weah a été marqué par les bouleversements mondiaux de la Covid-19, un choc économique qui a aggravé les conditions de vie dans ce pays auparavant ravagé par la guerre. Si l’environnement extérieur s’est révélé impossible à contrôler, d’autres revers peuvent être attribués à l’administration de George Weah. Le président, sans doute habitué à recevoir des éloges internationaux depuis qu’il est sur le terrain, ne s’est pas excusé de ses nombreux voyages à l’étranger, lui qui a passé près de 50 jours en 2022 à des conférences, des sommets et, notoirement, à la Coupe du monde – afin d’admirer son fils jouer pour les États-Unis !

Pendant ce temps, la lutte contre la corruption au Liberia a piétiné et peu de progrès ont été réalisés en matière de justice pour les victimes de la guerre civile dévastatrice qui a ravagé le pays. Cependant, aussi mitigé que soit l’héritage de George Weah au pouvoir, la manière dont il a quitté le pouvoir se révèle exemplaire. Alors que selon les premières données de la Commission électorale nationale, Joseph Boakai, 78 ans, obtenait 50,89 % des voix contre 49,11 % pour George Weah, avec 99,58 % des résultats dépouillés, le résultat était suffisamment serré pour plonger de nombreuses jeunes démocraties dans une crise politique prolongée.

D’ailleurs, le résultat final sera encore plus serré : 50,64% pour le vainqueur, soit 20 567 voix sur un peu plus de 1,6 million de votants.

 

Félicitations sincères

Au lieu de contester, d’ergoter, George Weah a adressé ses « félicitations sincères » au candidat élu Boakai, à ses partisans et à son équipe de campagne, et s’est engagé à travailler avec son successeur dans l’intérêt de la nation. À ses partisans, il a reconnu que le résultat n’était « pas celui que nous souhaitions », mais les a exhortés à « suivre mon exemple et à accepter les résultats des élections ».

George Weah a mis en garde contre la politique de division, qui s’est révélée si désastreuse dans l’histoire récente du Liberia, et a terminé par un vibrant hommage à Mama Liberia.  « Alors que nous passons à la nouvelle administration Boakai, nous devons être vigilants face aux dangers de la division et travailler ensemble pour trouver un terrain d’entente. Aujourd’hui, plus que jamais, l’unité est primordiale pour l’amour de Mama Liberia. Ce soir, la Coalition pour le changement démocratique a perdu les élections, mais le Liberia a gagné. C’est le moment de faire preuve de gratitude dans la défaite, de placer notre pays au-dessus du parti, et le patriotisme au-dessus des intérêts personnels… Guérissons les divisions causées par la campagne et rassemblons-nous en tant qu’une seule nation et un seul peuple uni. »

Joseph Boakai, le 6 octobre 2023.
Joseph Boakai, le 6 octobre 2023.

 

Dans une Afrique de l’Ouest qui a connu un retour décourageant des coups d’État militaires ces dernières années, la défense à cor et à cri de la démocratie et de la politique d’inclusion par George Weah a toute la force d’un acte révolutionnaire. Malgré toutes ses prouesses en matière de buts – ainsi que les malheureux buts contre son camp pendant son mandat –  son gracieux discours de concession se révèle être l’un des plus beaux cadeaux de sa carrière historique.

La passation de pouvoir se déroulera en janvier 2024.

@NA

Écrit par
David Thomas

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