Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Politique

Génocide en Namibie : L’Allemagne refuse de payer pour les réparations

Le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas a coupé net mercredi à la polémique. L’Allemagne ne paiera pas financièrement pour le génocide reconnu en Namibie.

Par Paule Fax

Vendredi 28 mai 2010 : « Nous qualifierons désormais officiellement ces événements pour ce qu’ils sont du point de vue d’aujourd’hui : un génocide », un discours historique et politique tenu par le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, qui demandait, dans les faits, pardon à la Namibie pour le génocide des Hereros et des Namas intervenu en 1904 et 1908.

Ce n’est pas suffisant, souligne en substance Vekuii Rukoro qui ironise : ce montant signifie que « dans leur grande bonté, ils (les Allemands) ont décidé d’offrir un ‘soutien’, ce qui n’a rien à voir avec des réparations”.

Seulement voilà, cette reconnaissance plus d’un siècle après l’extermination de plus de 60 000 membres des ethnies herero et nama, est loin, très loin d’apaiser les descendants des génocidés qui en appellent plutôt au paiement de véritables « réparations » financières.

A LIRE AUSSI

Pour la vérité et la justice, il faut aller plus loin, assure le philosophe Ki-Zerbo

Certes Berlin, entend donner une aide financière à la Namibie de plus d’un milliard d’euros, en guise de « geste de reconnaissance des immenses souffrances infligées aux victimes », officiellement acceptée par la Namibie. Le porte-parole du président namibien Hage Geingob a même parlé de « premier pas dans la bonne direction ».

Reste que pour les premiers concernés notamment les descendants, cette « aide » ou cette compensation allemande ne résout rien. Le chef traditionnel herero Vekuii Rukoro est plus véhément, car pour lui cette initiative allemande est tout sauf « une reconnaissance de ce qui est arrivé à nos ancêtres en tant que génocide. Si c’était le cas, elle devrait mener au paiement de véritables réparations ». C’est ce que dit aussi l’opposition namibienne qui dénonce un « accord au rabais ».

En gros, les descendants des victimes souhaitent que le montant de l’aide soit augmenté et qualifiée de réparations. Tout comme eux, d’éminents intellectuels africains sont aussi montés au front. Le sociologue Ebrima Sall charge : « France et Allemagne, allez au-delà de la contrition ! ».

Avant d’ajouter : « De plus, ces actes de reconnaissances auront un sens concret pour les peuples d’Afrique si elle s’inscrit dans une volonté de procéder à la restructuration et au rééquilibrage des relations Europe-Afrique. De cela, les peuples africains en ont besoin, et de nombreux mouvements sociaux et organisations de la société civile en Afrique, comme en Europe luttent dans ce sens depuis des décennies ». 

Pour sa part le philosophe, Lazare Ki-Zerbo appelle Français et Allemands qui « pour la vérité et la justice », doivent « aller plus loin » dans ce dossier de génocide. De son point de vue : « Il faut appréhender les réparations de manière systémique : on parle du capital social d’un peuple effacé pour des générations (les guérisseurs, les producteurs, les artisans, les détenteurs de savoirs endogènes…).

On parle de la transmission de cette histoire dans les programmes d’enseignement. On parle de réparation foncière puisque les Germano-Allemands détiennent aujourd’hui 70 % des terres ancestrales selon certaines sources, alors que les survivants sont dispersés sur des espaces impropres à la culture et au bas de l’échelle sociale. Un milliard d’euros peuvent-ils compenser cela ? Les mois à venir nous donneront la réponse des Herreros et des Namas ». 

A LIRE AUSSI

Ebrima Sall : « France et Allemagne, allez au-delà de la contrition ! »

À l’inverse, Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères tambourine : «« L’accord trouvé se fait sur une base exclusivement volontaire et il n’y aucun fondement légal au paiement. Il n’est donc pas comparable à des réparations ».

Cet accord entre Allemands et Namibien, au terme de cinq années de négociations entre les deux Etats, indique que Berlin reconnaisse sa responsabilité historique et admette qu’un génocide a été commis dans l’ancienne colonie allemande au début du XXe siècle contre les minorités herero et nama. 

Le texte signé en mai (les deux Parlements doivent encore ratifier) prévoit le versement par l’Allemagne d’une aide de 1,1 milliard sur 30 ans pour l’acquisition de terres, la construction de routes ou l’adduction d’eau. Ce n’est pas suffisant, souligne en substance Vekuii Rukoro qui ironise : ce montant signifie que « dans leur grande bonté, ils ont décidé d’offrir un ‘soutien’, ce qui n’a rien à voir avec des réparations”.

Le philosophe Ki-Zerbo a raison de dire : « Un milliard d’euros peuvent-ils compenser cela ? Les mois à venir nous donneront la réponse des Herreros et des Namas ». Nous l’avons déjà en partie. A suivre.

PF

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts