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Politique

Fin de mandat tumultueuse

Alors que les états-majors politiques se préparent à la présidentielle de novembre 2020, les tensions sécuritaires et le « trou d’air » dans la gouvernance du Burkina Faso, l’an dernier, rendent la tâche difficile pour le président sortant. 

Ouagadougou, Rodrigue Arnaud Tagnan 

Pressé par la fronde sociale et confronté à des querelles internes qui minent le camp présidentiel, Roch Marc Christian Kaboré doit faire face à une fin de mandat tumultueuse.

S’il avait réussi à remporter en un « coup K.O. » la présidentielle de 2015, cette fois, l’issue s’annonce plus serrée et incertaine. La faute à une conjonction de facteurs dont, en premier lieu, l’hydre sécuritaire. Au fur et à mesure que les attaques gagnent du terrain, le Président voit le nombre de ses soutiens diminuer. 

Le nouveau Premier ministre, Christophe Dabiré, ne cache pas que les Burkinabè demeurent inquiets et insatisfaits, en raison de la dégradation de la sécurité intérieure, de l’effritement de la cohésion sociale, d’une gouvernance jugée défaillante et de politiques publiques de faible impact. 

À tel point que l’ancien président Blaise Compaoré, exilé en Côte d’Ivoire, a fait part de sa « disponibilité » dans une lettre privée adressée à Roch Kaboré. Lequel s’est contenté de « prendre acte » de ce qui ressemble à un appel du pied pour une union nationale face à la menace terroriste. 

« Il y a eu des erreurs de casting depuis le début dans le choix des personnes à nommer aux postes stratégiques comme celui de la Défense », confie un cadre du parti au pouvoir. Qui fait allusion à la nomination impromptue, en février 2017, de Jean-Claude Bouda, proche du Président. Décrié y compris dans les cercles du pouvoir, le ministre de la Défense a fini par rendre le tablier, en janvier 2019. 

Depuis, le chef de l’État a nommé Moumina Chérif Sy, un autre de ses proches collaborateurs à cette fonction, et revu le dispositif militaire. À la faveur de cette réorganisation, l’armée a commencé à prendre le dessus sur les groupes terroristes retranchés au nord et à l’est du pays.

Toutefois, les rapports accablants de certaines organisations de défense des droits de l’homme, sur les éventuelles « bavures et exécutions sommaires » opérées contre les civils dans les villages reculés, sont venus questionner l’opinion sur les méthodes employées par les forces de défense et de sécurité dans cette guerre asymétrique. 

Des frictions au sein du parti majoritaire 

À cette équation sécuritaire complexe s’ajoute le front social en ébullition que durant trois ans, l’ancien Premier ministre Paul Kaba Thiéba et ses différentes équipes, ont échoué à contenir. De sorte que tous les secteurs stratégiques –impôts, trésor, finances, éducation, santé, justice, transporteurs routiers, cotonculteurs, etc. – sont le théâtre de luttes syndicales. 

Roch Marc Christian Kaboré

Nommé en janvier 2019 pour impulser une nouvelle dynamique au sommet de l’État, le tout nouveau chef du gouvernement, Christophe Dabiré, reconnaît la gravité de la situation : « Les Burkinabè demeurent inquiets et insatisfaits de leur vécu quotidien pour des raisons qui tiennent principalement à la dégradation de la sécurité intérieure, à l’effritement de la cohésion sociale, à une gouvernance jugée défaillante et enfin à la portée limitée des effets et impacts de nos politiques publiques. »

Selon l’actuel Premier ministre, « ces défis multiples alimentent les craintes et provoquent les mécontentements de certains au point de compromettre la paix et la cohésion sociale ». 

Sans oublier que le Président du Faso doit également composer avec les divisions, de plus en plus perceptibles, à l’intérieur de son camp, depuis la disparition de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Salif Diallo, en août 2017.

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