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Politique

Fin de la mission militaire européenne au Niger

Fin de la mission militaire européenne au Niger
  • Publiémai 28, 2024

L’Union européenne acte la volonté pouvoir à Niamey de privilégier sa coopération militaire avec la Russie et avec ses pays voisins, dans sa lutte contre la menace terroriste.

 

Le Conseil européen a décidé, le 27 mai 2024, de ne pas proroger la mission de partenariat militaire de l’Union européenne au Niger (EUMPM) au-delà du 30 juin 2024, compte tenu de la gravité de la situation politique actuelle dans le pays. Cette force compterait une centaine de soldats, au maximum. La portée de cette décision a davantage un poids diplomatique, politique, que militaire.

Elle acte le divorce entre le nouveau pouvoir au Niger et les anciens alliés occidentaux, en particulier la France. Tout comme le Burkina Faso et le Mali, le Niger a demandé aux forces armées occidentales de quitter le pays, au risque de fragiliser la lutte contre les rebelles djihadistes.

Bénin et Niger semblent jouer l’apaisement après la montée de tensions diplomatiques entre les deux pays, suite à la fermeture des frontières décidées par Cotonou après le coup d’État au Niger.

Le pays sahélien a déjà demandé et obtenu le départ des 1 500 soldats français. Les militaires au pouvoir ont également dénoncé l’accord de coopération militaire signé en 2012 avec les États-Unis ; un millier de soldats américains devraient quitter le pays. À l’inverse, Niamey se rapproche ouvertement de la Russie. Des « instructeurs » russes et du matériel militaire sont arrivés au Niger ces dernières semaines, afin d’épauler l’armée nigérienne.

D’autre part, le Niger et ses partenaires Mali et Burkina Faso, ainsi que le Tchad et le Togo, participent actuellement à des manœuvres militaires conjointes. Pour la première fois, des soldats de ces pays s’entraînent, depuis le 20 mai et jusqu’au 3 juin, dans l’ouest du Niger, près de la frontière du Mali ; précisément à Tillia, le centre de formation des forces spéciales nigériennes. Il s’agirait, d’après les autorités, de renforcer les capacités opérationnelles et la résilience de leurs forces armées.

L’instance justifie sa position dans un communiqué. La mission avait été déployée en décembre 2022 à la demande des anciennes autorités nigériennes afin de renforcer la capacité des forces armées nigériennes à contenir la menace terroriste, à protéger la population du pays et à garantir un environnement sûr et sécurisé dans le respect des droits de l’homme et du droit humanitaire international. La durée initiale convenue était de trois ans.

 

Des regrets

Or, le 26 juillet 2023, un coup d’État militaire renverse le président démocratiquement élu Mohamed Bazoum. Deux jours plus tard, le général Tchiani, chef de la garde présidentielle, s’est autoproclamé président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP).

L’« UE a immédiatement condamné le coup d’État dans les termes les plus forts et, en octobre 2023, elle a créé un cadre pour des mesures restrictives au vu de la situation au Niger, afin de pouvoir cibler ceux qui portent atteinte à la stabilité, à la démocratie et à l’État de droit dans le pays et qui constituent une menace pour la paix et la sécurité dans la région », rappelle le Conseil européen.

Le 4 décembre 2023, la junte nigérienne a annoncé qu’elle mettrait fin à l’accord établissant la base juridique pour le déploiement de la mission EUCAP Sahel Niger et de la mission de partenariat militaire de l’UE au Niger (EUMPM Niger).

Le 5 décembre, le Haut Représentant a exprimé son regret face à cette décision.

Par lettre datée du 21 décembre 2023, le commandant de la mission, le lieutenant-général Michiel van der Laan, a informé le Conseil que le personnel de l’UE de la mission EUMPM Niger avait été redéployé en Europe. D’où la décision, quelques mois plus tard, du Comité politique et de sécurité convenant que l’EUMPM Niger ne devrait pas être prolongée au-delà du 30 juin 2024.

Par ailleurs, Bénin et Niger semblent jouer l’apaisement après la montée de tensions diplomatiques entre les deux pays, suite à la fermeture des frontières décidées par Cotonou après le coup d’État au Niger. Un poste frontière, à Segbana, vient de rouvrir, permettant notamment aux marchandises de passer.

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En bref

Un coût de 80 millions d’euros pour la France

 

Selon le ministère français des Armées, le fret désengagé des quatre bases françaises au Niger représente 1 929 conteneurs, 600 véhicules et 22 aéronefs, pour une valeur de plus de 820 millions d’euros.

Les équipements laissés sur place coûtent 12 millions d’euros. Il s’agit d’infrastructures non démontables ou vétustes, dont la valeur résiduelle est inférieure au coût de démontage et de transport, notamment 500 bungalows et trois réservoirs de carburant aérien modulaires.

Les mouvements de personnel ont débuté le 22 octobre 2023 par des convois militaires entre les points d’appui du Niger et le Tchad. Près de 1 500 personnes ont été désengagées en deux mois, par la route ou par avions. La moitié a transité par le Tchad avant de regagner la France.

Enfin, les armées ont appuyé le désengagement de l’ambassade de France, mené par la mission diplomatique de défense et ont évacué par voie aérienne civile et militaire neuf personnes, un container et neuf véhicules, le 30 décembre 2023.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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