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Politique

En Guinée aussi, la transition s’éternise

En Guinée aussi, la transition s’éternise
  • Publiémai 3, 2024

Moins au cœur de l’actualité, la Guinée Conakry reste dirigée par un militaire sans calendrier électoral crédible. L’opposition, ainsi que l’ancien président Alpha Condé, donne de la voix.

 

Deux ans et demi après le coup d’État qui avait renversé le président Alpha Condé, l’opposition au régime commence à s’organiser. Le 22 avril 2024, s’est formée une coalition dénommée « Union sacrée », destinée à protester contre une transition qui s’éternise. De son côté, l’ancien président Condé a profité du 1er mai pour se rappeler au bon souvenir des Guinéens et pour dresser un tableau bien peu flatteur de son pays.

La population, qui avait accueilli avec intérêt l’éviction d’Alpha Condé, commence à se lasser d’un pouvoir qui ne répond guère à ses préoccupations sociales. Ce, alors que la Guinée ne rencontre pas les problèmes sécuritaires qui empoisonnent ses voisins du Sahel.

« Aujourd’hui, nous célébrons cette fête, dans un contexte de paupérisation accrue de l’ensemble des travailleurs et travailleuses, comme de la société tout entière. La capitale guinéenne est plongée dans le noir », écrit Alpha Condé sur son compte Facebook, dans un texte adressé aux travailleurs guinéens. Tel un politique en campagne électorale, l’ancien Président en profite pour rappeler ses propres réalisations, du temps où il était au pouvoir.

Alpha Condé
Alpha Condé

 

« Notre conscience nationale invite chacun d’entre nous à s’investir dans la lutte pour le retour à la légitimité politique, la démocratie, le rétablissement des libertés publiques et syndicales. Parce que les travailleurs, les syndicats et leurs forces vives demeurent le dernier rempart contre la mauvaise gouvernance et le pouvoir basé sur la violence », conclut-il.

« Le putsch de 2021 avait été initialement salué par une partie de l’opposition et des citoyens », reconnaît ce proche d’Alpha Condé dans une tribune parvenue à NewAfrican. Cependant, poursuit-il, « la promesse d’une transition démocratique s’est révélée fragile avec plusieurs révisions du calendrier, et une élection sans cesse reportée et désormais prévue pour 2025 ».

Et, depuis le coup d’État, « la situation économique de la Guinée s’est gravement détériorée ». À son sens, « les améliorations significatives dans l’accès aux services vitaux comme l’eau, l’électricité et la santé réalisées sous la gouvernance de Condé ont été complètement annihilées. L’agriculture et la production industrielle ont également souffert, exacerbant l’inflation des denrées alimentaires de première nécessité. De plus, les coupures d’électricité sont devenues régulières depuis le putsch, plongeant Conakry dans l’obscurité et rappelant à la population les blackouts fréquents survenus avant l’élection présidentielle de 2010 ».

 

Une situation préoccupante

Et ce soutien d’Alpha Condé de constater que les importations et les investissements s’effondrent également : un commerçant qui, sous l’ancien gouvernement, importait cent conteneurs n’en importe désormais plus que dix. « Les opérateurs miniers fonctionnent au minimum et n’investissent plus, hors, du projet Simandou. »

Le gouvernement de la junte est également critiqué, poursuit notre source, pour sa gestion administrative, jugée catastrophique en raison de l’incompétence flagrante des cadres nommés. « Beaucoup de fonctionnaires compétents ont été mis à la retraite et l’administration publique est désormais perçue comme ultra-politisée et dysfonctionnelle. » Sur le plan social, la situation est tout aussi préoccupante. Les figures de l’opposition politique, la presse et les ONG guinéennes se positionnent maintenant en fervents détracteurs de la junte.

Les manifestations du 1er mai se sont déroulées dans le calme, à Conakry.
Les manifestations du 1er mai se sont déroulées dans le calme. à Conakry.

 

En réponses aux manifestations, « la junte impose une répression sévère incluant des coupures d’internet, des arrestations arbitraires et l’usage de la force contre les manifestants ». D’ailleurs, « les droits de l’homme et les principes démocratiques sont régulièrement bafoués, accentuant le mécontentement populaire », conclut notre interlocuteur, qui en profite pour dénoncer « le silence actuel de la France sur la situation guinéenne ».

« La cocotte-minute guinéenne menace à nouveau d’exploser », commente le quotidien Le Pays qui prévient d’un « avis de tempête sur Conakry ». Les traditionnelles manifestations du 1er mai se sont toutefois déroulées dans le calme.

Au sein du collectif Union sacrée, les représentants d’associations et de partis ont décidé d’« unir leurs efforts pour contraindre le Comité national du rassemblement pour le développement [CNRD, la junte au pouvoir] à respecter ses engagements d’organiser les élections nécessaires au retour à l’ordre constitutionnel avant la fin de l’année 2024 ».

Ils ne comptent pas lésiner sur « tous les moyens légaux » afin de se faire entendre.

 

Que peut l’opposition ?

En février, le président Mamadi Doumbouya – élevé depuis au grade de général – avait dissout le  gouvernement, douchant les espoirs d’un calendrier électoral crédible. Il semble que cette décision brutale ait eu pour conséquence d’enhardir les opposants, bien que le nouveau Premier ministre, Amadou Oury Bah, se réclame de l’opposition. 

D’autant que la population, qui avait accueilli avec intérêt l’éviction d’Alpha Condé, commence à se lasser d’un pouvoir qui ne répond guère à ses préoccupations sociales. Ce, alors que la Guinée ne rencontre pas les problèmes sécuritaires que ses voisins du Sahel, et que rien ne s’oppose au retour de l’ordre démocratique. Reste à savoir si l’opposition, divisée politiquement – sans compter les divisions ethniques – a les moyens de ses ambitions.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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