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Politique

Élections au Bénin

Le Bénin est à l’épreuve, à la veille de trois élections majeures. Les crispations se concentrent sur l’actualisation et l’acceptation par tous, dans les délais, de la nouvelle liste électorale.

Il aura fallu plus de 13,5 milliards de F.CFA, près de quatre années de crispations politiques et un retard historique de deux ans dans l’organisation des élections communales, pour que soit actualisée la Liste électorale permanente informatisée (LÉPI). Si celle-ci est désormais disponible sur Internet, elle ne l’est pas encore dans tous les bureaux de vote, ce qui complique le processus démocratique, car elle renvoie la LÉPI à sa version – contestée – de 2011.

À l’étape actuelle, donc, le processus ne garantit pas encore la sérénité à l’approche des prochaines joutes électorales. Entre les suspicions et les polémiques, les craintes persistent. Dans les partis politiques et au sein de la société civile, on redoutait un regain de tension jusqu’au mois de janvier où la Cour constitutionnelle, l’organe régulateur du fonctionnement des institutions, a fini par remettre les pendules à l’heure. Les législatives sont programmées pour le 26 avril 2015. Les élections communales qui devaient se dérouler depuis mai 2013 auront lieu le 31 mai 2015. Le juge constitutionnel a également ordonné la transmission de la liste électorale à la Commission électorale nationale autonome (CENA).

Le Bénin, le modèle démocratique dans la sous-région, finit par échouer là où la Côte d’Ivoire et le Mali, deux pays à peine sortis d’impasses électorales et sécuritaires, ont réussi.

Selon Mgr Antoine Ganyé, archevêque de Cotonou, « cette décision de la Cour constitutionnelle a le double mérite d’avoir été prise et de remettre en route un processus électoral dont chacun pourrait craindre à bon droit un enlisement dommageable aux acquis démocratiques ». Mais, l’injonction du juge constitutionnel est loin de calmer les esprits. Elle a surtout jeté le pavé dans la mare en offrant à la CENA la possibilité d’utiliser la LÉPI ayant servi à la présidentielle de 2011, si la version actualisée n’est pas transmise dans les délais.

La LÉPI, le nerf de la crise

« Le recours à la liste de 2011 n’est pas admissible, ni juridiquement, ni politiquement, ni humainement. La Cour entrevoit ainsi que le Bénin pourrait revenir à une liste d’une qualité inférieure », regrette Urbain Amégbédji, 2e vice-président du Parti alternative citoyenne. Selon le rapport de la mission d’évaluation de l’Organisation internationale de la Francophonie, la LÉPI de 2011 comporte des insuffisances majeures. Il s’agit surtout de l’incertitude autour de l’identité de 2,2 millions de personnes enregistrées sans document officiel d’état civil et des lacunes dans la fonctionnalité du système.

Cette liste contestée a secoué le pays pendant des mois après la réélection du président Boni Yayi au premier tour, avant qu’un consensus ne soit trouvé au parlement pour sa correction. Mais le processus d’actualisation confié aux acteurs politiques par le biais d’une commission se révèle être un véritable calvaire, sur fond de scandales financiers.

Le Bénin, le modèle démocratique dans la sous-région, finit par échouer là où la Côte d’Ivoire et le Mali, deux pays à peine sortis d’impasses électorales et sécuritaires, ont réussi. « Les Maliens ont fait confiance aux techniciens et experts et ils ont réussi. Il faut que les partis politiques s’occupent de leurs militants et laissent la place aux techniciens », propose Paulin Djakpo, expert électoral de la Cedeao.

La transmission de la LÉPI dans les délais fixés par la Cour constitutionnelle reste la seule solution pour éviter un regain de tension. « Les chances sont assez élevées que la LÉPI soit livrée dans les délais, permettant à la CENA d’organiser les élections législatives et locales. Seulement, au cas où, pour une raison ou une autre, la LÉPI ne serait pas livrée à bonne date, il pourrait y avoir des risques de tension et même d’instabilité », analyse le politologue Mathias Hounkpe, administrateur du programme de Gouvernance politique de l’Open Society Initiative for West Africa (Osiwa).

Baptême du feu

Depuis juillet 2014, la CENA est devenue permanente. À cet effet, elle doit travailler dans un environnement différent de celui des Commissions électorales précédentes : régler des problèmes de gestion interne et faire face aux réalités du terrain. « Il est possible qu’il y ait quelques difficultés dans la gestion des élections, même s’il faut reconnaître que les membres de la CENA sont à pied d’œuvre pour que tout aille bien », souligne Mathias Hounkpe.

L’institution vivra son baptême du feu avec des élections plutôt complexes et difficiles, notamment les communales, dans un pays où les contentieux en ce qui concerne ces élections ont toujours été douloureux. « Les procédures ne sont pas suffisamment rapides et les disputes ne sont pas tranchées », révèle Mathias Hounkpè. Le problème s’est posé en 2003 et en 2008, où des élections ont été invalidées par la Cour suprême vers la fin du mandat des élus.

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