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Politique

Des États du Sahel isolés ou renforcés ?

Des États du Sahel isolés ou renforcés ?
  • Publiéjanvier 31, 2024

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont choisi de sortir de la CEDEAO et d’unir leurs forces, tandis que les défis politiques et économiques du Sahel nécessitent une mutualisation des moyens et de nouveaux partenariats.

 

La décision des gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger de sortir de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) est diversement commentée en Afrique. Aucun observateur, toutefois, ne veut céder à la panique ; il est vrai que si formellement, cette décision prend effet immédiatement, les parties ne ferment pas la porte aux négociations, durant les douze prochains mois.

C’est donc « en toute responsabilité », pour reprendre les mots du porte-parole du gouvernement burkinabé, que les trois pays de l’Alliance des États du Sahel ont claqué la porte de l’organisation ouest-africaine, afin de « répondre aux attentes, préoccupations et aspirations » de leurs peuples. Il est vrai qu’une fronde anti-CEDEAO – organisation accusée de défendre avant tout les intérêts de la France –, s’était manifestée ces derniers mois. De là à conclure qu’il s’agit là d’une opinion majoritaire…

« Il est nécessaire de mettre en place les dynamiques internes afin de redéfinir les configurations politiques, favoriser des consensus pour établir de nouvelles normes de gouvernance. »

Concrètement, les trois gouvernements accusent la CEDEAO d’avoir infligé des sanctions à la suite des coups d’État qui ont conduit à leur formation, et lui reprochent aussi de ne pas les soutenir contre le terrorisme. La CEDEAO a adopté « une posture irrationnelle et inacceptable en imposant des sanctions illégales, illégitimes, inhumaines et irresponsables en violation de ses propres textes ; des actes qui ont davantage fragilisé les populations déjà meurtries par des années de violences terroristes », résume le gouvernement du Burkina-Faso.

Vers une année d’âpres négociations pour la CEDEAO

Ces trois pays, qui ont déjà quitté le G5 Sahel, sont donc unis par la seule Alliance des États du Sahel. Cette « Alliance » pourrait se doubler d’une « Fédération » des pays du Sahel, c’est-à-dire d’institutions communes ; tel est ce qui se dégage d’une réunion tenue par l’Alliance en novembre 2023.

 

Des taxes préjudiciables aux échanges et au pouvoir d’achat

Ces pays forment géographiquement un immense espace – plus grand que ce qui reste de la CEDEAO. En revanche, leur poids économique est bien mince : leur PIB cumulé est dix fois inférieur à celui du Nigeria. Quel sera donc l’avenir de ce nouvel espace face à la menace terroriste, et tandis que ses membres sont isolés diplomatiquement ? Certes, la presse marocaine ne manque pas de préciser que ces trois pays, ainsi que le Tchad, ont adhéré à l’initiative lancée en novembre 2023 par le roi Mohammed VI, devant permettre aux pays du Sahel d’accéder plus aisément à l’Atlantique.

Lionel Zinsou

Au chapitre des réactions, notons celles de l’ancien Premier ministre du Bénin, Lionel Zinsou (photo ci-contre), qui axe sa réflexion sur les conséquences économiques. Il redoute que cet isolement entraîne des difficultés pour les entreprises des trois pays du Sahel, qui devront payer des taxes à l’importation de produits, ainsi qu’à l’exportation. « Les pays sahéliens sont des fournisseurs importants des pays côtiers, notamment en denrées animales. Les choses vont être aussi plus compliquées pour les services de transports et les ports, puisque les pays de l’Alliance des États du Sahel sont enclavés », confie-t-il à RFI.

Inquiétudes partagées par le patronat malien qui observe qu’une sortie de la CEDEAO signifie la fin des tarifs préférentiels. Tandis que des taxes nouvelles sur les produits importés, seront nécessairement répercutées sur les prix à la consommation, au détriment du porte-monnaie des ménages.

Lionel Zinsou rappelle que la création d’une monnaie commune aux trois pays – hypothèse d’école, pour le moment – est « un processus complexe » et qu’il s’agira « pas forcément de la prochaine étape ».

De son côté, l’ancien Premier ministre du Mali, Moussa Mara (photo ci-contre), considère qu’au-delà de cette décision, les pays du Sahel doivent « s’atteler à faire face à leurs défis ». Le premier étant de renforcer l’autorité de l’État, sur l’ensemble des territoires.

« Il est nécessaire de mettre en place les dynamiques internes afin de redéfinir les configurations politiques, favoriser des consensus pour établir de nouvelles normes de gouvernance, et ainsi parvenir à des modes de gouvernance vertueux », écrit-il dans les colonnes du quotidien français Le Figaro. Toutefois, aucun de ces pays n’a les moyens de financer l’ensemble des « défis » décrits, reconnaît Moussa Mara. Qui en appelle au soutien international, tel que souhaité par les Nations unies.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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