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Politique

Des défis immenses attendent Judith Suminwa

Des défis immenses attendent Judith Suminwa
  • Publiéavril 10, 2024

Le président Tshisekedi a surpris les Congolais en nommant une femme d’expérience, économiste de formation, à la tête du gouvernement.

 

« Je sais que la tâche est grande et les défis immenses. » Judith Suminwa, la nouvelle Première ministre de la RD Congo – première femme à occuper ce poste dans le pays –, prend son poste dans un climat particulièrement difficile. Certes, sur le plan politique, ce gouvernement du second mandat de Félix Tshisekedi dispose d’une majorité confortable.

« Nous voulons la voir gouverner autrement. Les hommes ont toujours géré. Et c’est la première fois qu’une femme va le faire. Et pour cette première fois, on doit voir la différence. »

Il n’en reste pas moins que les espoirs nés de l’après Kabila ont fait long feu, et que la tension sécuritaire à l’est continue d’affecter la paix sociale et l’économie du pays. Les Nations unies estiment qu’environ 7 millions de personnes sont « déplacées internes » à cause des conflits, en particulier dans l’Est.

Le conflit se poursuit, alors que la milice du M23 soutenue par le Rwanda, encercle à nouveau la capitale régionale Goma. En apparence, la communauté internationale reste en retrait et aucune des parties ne semble désireuse de revenir à la table des négociations.

Toutefois, à l’occasion des cérémonies marquant le 30e anniversaire du génocide au Rwanda, le président Paul Kagamé a rencontré son homologue sud-africain, Cyril Ramaphosa. Objectif : réaffirmer le soutien à une solution pacifique à l’est de la RD Congo. Il est vrai que les Sud-Africains sont engagés militairement dans la région, dirigeant une force de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) venant en appui de l’armée régulière congolaise face aux rebelles du M23. Le déploiement de ces troupes a d’ailleurs provoqué des tensions avec le Rwanda, ce dernier réfutant pourtant toute collusion avec le M23. Tout comme Kinshasa dément le soutien de la RD Congo à des troupes hostiles au Rwanda.

L’ambassadrice de Belgique en RD Congo, Roxane de Bilderling, en retrait derrière le ministre sortant de la Défense, Christophe Lutundula Apal et la ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib.
L’ambassadrice de Belgique en RD Congo, Roxane de Bilderling, en retrait derrière le ministre sortant de la Défense, Christophe Lutundula Apal et la ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib, le 9 avril 2024.

 

De son côté, la ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib, s’est rendue de Kigali à Kinshasa afin de rencontrer différents membres du gouvernement – démissionnaire, donc – de RD Congo. Peu importe, « la teneur de mon message est le même. De part et d’autre, il faut cesser les appuis à toutes les troupes irrégulières, que ce soit le M23 pour le Rwanda, que ce soit le FDLR pour la RDC. Ce conflit dure depuis trop longtemps ».

 

Des espoirs pour les droits humains

Alors que son homologue congolais venait de demander le retrait des troupes rwandaises, la ministre a promis : « Nous allons surveiller de près ce processus de retrait et la relève aussi qui va être apportée par les troupes régulières. »

La nomination d’une femme – ancienne ministre du Plan –, à la Primature a été bien accueillie par la classe politique et la société civile. Les associations y voient le signe d’une participation accrue des femmes dans la vie politique congolaise, à l’avenir.

Fabiola Faida MwangilwaAncienne ministre de la Condition féminine (2003-2007) et toujours active au sein de la société civile, Fabiola Faida Mwangilwa (photo ci-contre) considère que par cette nomination, le président Tshisekedi a répondu aux appels des femmes congolaises. « Nous voulons la voir gouverner autrement. Les hommes ont toujours géré. Et c’est la première fois qu’une femme va le faire. Et pour cette première fois, on doit voir la différence. Elle doit répondre aux besoins de la population en termes des questions prioritaires comme la sécurisation de toute la population, le rétablissement de l’autorité de l’État, l’assainissement de nos villes, villages, des milieux de travail et de l’administration publique. »

De leur côté, les ONG exhortent le président et sa nouvelle Première ministre d’entamer ce second mandat par davantage d’avancées en matière de droits humains.

 

Départ de Casques bleus

Par exemple, Human Rights Watch a appelé le gouvernement Tshisekedi à donner la priorité aux améliorations dans cinq domaines clés : les droits à la liberté d’expression, à la liberté des médias et le droit de réunion pacifique ; la protection des civils dans les zones de conflit ; la réforme du système judiciaire et la lutte contre la corruption ; l’obligation de rendre des comptes pour les crimes graves ; et le renforcement des institutions démocratiques.

Enfin, ce 9 avril, 218 Casques bleus du contingent chinois de la Monusco ont reçu la médaille des Nations unies à la Péninsule d’Amsar, située dans le territoire de Kabare à environ 15 kilomètres de Bukavu, dans le Sud-Kivu. Cette cérémonie marque en fait le départ de ces troupes.

« Pendant plus de deux décennies, les différents contingents chinois qui se sont succédé ont contribué considérablement et sans relâche non seulement à la restauration de la paix mais aussi au développement local par la construction et la réhabilitation de plusieurs infrastructures routières et d’intérêt communautaire ainsi que dans le secteur médical », a commenté le gouverneur par intérim du Sud-Kivu, Marc Malago Kashekere.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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