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Politique

Des Congolais optimistes, malgré tout

Des Congolais optimistes, malgré tout
  • Publiéjuin 5, 2024

Un sondage d’opinion témoigne de certains clivages de la société, en RD Congo. Tournés vers l’avenir, les Congolais souhaitent que l’État fasse davantage contre la corruption.

 

Les citoyens de RD Congo se préoccupent des défis de la gouvernance à venir, plutôt que de ressasser les interrogations sur le scrutin du 20 décembre 2023, qui a élu Félix Tshisekedi pour un deuxième mandat. C’est ce qui ressort, entre autres enseignements, d’un sondage effectué par l’institut Berci (Bureau d’études, de recherches, et de consulting international), en collaboration avec le Groupe d’études sur le Congo (GEC) et la plateforme Ebuteli qui publie l’enquête.

Certes, 65% des personnes interrogées affirment avoir été témoins de fraudes le jour du vote, contre 30 % qui soutiennent le contraire. Et pourtant, seules 13% se déclarent « insatisfaites » des résultats du scrutin ; le degré d’insatisfaction étant plus prononcé dans les bastions du rival Martin Fayulu.

« Cette focalisation sur la corruption reflète une défiance croissante envers le processus électoral et la nécessité de rétablir la confiance par des mécanismes de transparence et de redevabilité renforcés. »

En partie, cette satisfaction – ou cette résignation, diront certains – des Congolais s’explique par l’alignement, ou du moins la convergence, des églises catholique et protestante avec les constatations de la Commission électorale, la CENI, jugent les auteurs de l’enquête. Qui considèrent que cette perception « pourrait permettre au président Tshiseked de mobiliser davantage la population autour de ses initiatives ».

Ils font observer qu’avec une Assemblée nationale largement acquise à sa cause, comprenant plus de 460 députés nationaux sur 493, le Président dispose désormais de tous les leviers pour réaliser les promesses formulées au peuple congolais pendant sa campagne électorale et dans son discours d’investiture pour son second mandat constitutionnel.

Le résultat le plus remarquable de ce sondage, compte tenu de l’actualité, réside dans l’apparent optimisme des citoyens. Presque la moitié (49 %) des personnes interrogées se déclarent satisfaites de la direction que prend le pays – et autant estiment le contraire –, un chiffre similaire à celui de 2019, lorsque Félix Tshisekedi entamait son premier mandat. Et 63 % ont déclaré qu’ils s’attendaient à ce que leur situation s’améliore au cours du deuxième mandat.

Mieux encore, 70 % des personnes interrogées estiment que la situation sécuritaire est la même ou meilleure qu’avant l’annonce de l’état de siège en avril 2021. Pourtant, depuis trois ans, la situation à l’est du pays, qui a entraîné le déplacement de plus d’un million de réfugiés, n’est guère reluisante.

 

Une société clivée ?

Près de la moitié des Congolais se satisfont de la manière dont le gouvernement a affronté la crise des rebelles du M23, en dépit des succès territoriaux de ces derniers.

Comment interpréter cet optimisme ? « Nous n’avons pas toutes les réponses », reconnaissent les analystes. En matière de sécurité, le gouvernement a réussi à faire porter le chapeau de la crise au Rwanda. En ce qui concerne l’économie, qui n’a pas été épargnée par le ralentissement mondial, l’optimisme (relatif) est encouragé l’augmentation du budget de l’État et le maintien d’une croissance économique appréciable (8%) en 202. À noter que les « urbains », ainsi que les personnes ayant bénéficié d’une bonne scolarité, se montrent plus critiques que les « ruraux » et les personnes déscolarisées, à l’égard du pouvoir

Bien sûr, une bonne moitié des Congolais interrogés – en pleine formation du gouvernement de Judith Suminwa Tuluka –, se montrent mécontents ou critiques à l’égard des équipes ayant exercé le pouvoir durant le premier mandat de Félix Tshisekedi. « Il appartiendra au nouveau gouvernement de profiter du large soutien dont il bénéficie pour mener à bien les réformes nécessaires pour assurer une plus grande sécurité et une plus grande prospérité », commentent les analystes.

Les analystes voient dans ces résultats contradictoires le reflet d’une « polarisation de la société congolaise », soulignant le défi pour le chef de l’État de gouverner un pays avec des attentes diversifiées et souvent contradictoires au sein de sa population.

Évoquant leurs priorités, les Congolais estiment que les urgences, pour le gouvernement, sont, en première position, la lutte contre la corruption, la création d’emplois et la lutte contre l’insécurité. Si le premier mandat a été marqué par des initiatives du pouvoir en matière de lutte contre l’insécurité, ainsi qu’en matière d’essor économique, la lutte contre la corruption affiche un bilan peu flatteur.

 

La peine de mort plébiscitée ?

À noter que les Congolais ne voient aucun inconvénient à ce qu’une femme prenne la Primature ou la présidence de l’Assemblée nationale.  

En dépit de la création de structures ad hoc, divers scandales de détournements de fonds publics ont émaillé l’actualité. D’ailleurs, ce second quinquennat a débuté avec les révélations de surfacturation des projets autour de l’éclairage urbain à Kinshasa et des forages d’eau.

Cela se reflète sur les choix électoraux des citoyens, dont à peine un tiers sont motivés par les programmes des candidats. Les autres sont guidés précisément par les suspicions ou non de corruption et par les recommandations des autorités morales. À noter que seuls 6% des Congolais se disent guidés par des considérations tribales. « Cette focalisation sur la corruption reflète une défiance croissante envers le processus électoral et la nécessité de rétablir la confiance par des mécanismes de transparence et de redevabilité renforcés », notent les auteurs de l’étude.

Enfin, le retour de l’application de la peine de mort, annoncé par le gouvernement le 13 mars pour les « actes de traîtrise », « d’espionnage » et de « banditisme urbain », est visiblement approuvé par les sondés. Près de sept personnes sur 10 se disent « en faveur » ou « totalement en faveur » de la levée du moratoire.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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