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Politique

De Trump à Biden, changement de paradigme envers l’Afrique

De Trump à Biden, changement de paradigme envers l’Afrique
  • Publiédécembre 6, 2022

Malgré un monde en proie aux désordres politiques et économiques, l’administration Biden a tenu sa promesse d’accroître le commerce et les investissements en Afrique, explique Laird Treiber, associé du Center for Strategic and International Studies.

 

Dans le contexte des crises alimentaire, énergétique et pandémique mondiales, comment la politique africaine de Washington a-t-elle évolué par rapport aux prédécesseurs du président Joe Biden ?

 

L’équipe Biden a fait un assez bon travail de coordination avec les pays alliés, le FMI, les organismes internationaux… La production et les chaînes d’approvisionnement mondiales ont subi de nombreuses perturbations. Par exemple, lorsque la Russie et l’Ukraine fournissent de 30 % à 80 % de certaines céréales, cette perturbation est un événement systémique. Dans ce contexte, non seulement l’administration Biden, mais aussi d’autres gouvernements dans le monde entier, ont pris de bonnes mesures, compte tenu de l’ampleur des défis, notamment en ce qui concerne l’Afrique et d’autres pays à revenu intermédiaire.

Pour les Américains, les pays africains sont une partie de plus en plus importante de la solution, qu’il s’agisse de la croissance mondiale, de la résolution des problèmes alimentaires, de la santé ou des problèmes financiers. L’Afrique n’est pas seulement « là-bas ».

Nous ne sommes certainement pas sortis de l’auberge avec la crise Covid-19, mais c’est certainement beaucoup plus gérable qu’avant. Et cela est dû en partie aux politiques de soutien à la production de milliards de vaccins qui ont permis d’alimenter les marchés.

Le fait que l’administration Biden ait prolongé et étendu les politiques de l’administration Trump était logique en termes d’offre de garanties financières très innovantes pour aider les entreprises . Par l’intermédiaire de la Development Finance Corporation (DFC), elle a joué un rôle très proactif pour assurer la production à court et moyen terme de ces vaccins essentiels. La DFC a mis plus d’un milliard de dollars sur la table pour soutenir des usines au Sénégal, en Afrique du Sud et en Inde qui produisent des vaccins.

Laird Treiber est consultant extérieur du CSIC
Laird Treiber est consultant extérieur du CSIC

Même sur des sujets tels que la sécurité alimentaire, le département d’État a fait du bon travail en partenariat avec le FMI, la Banque mondiale et les banques régionales de développement pour comprendre où se trouvent les blocages régionaux, coordonner et ajuster le déblocage des stocks alimentaires américains, et aider les pays qui ont en le plus besoin.

 

Quel a été l’impact de ces multiples crises sur la politique commerciale et d’investissement de l’administration Biden, dans la région ?

La bonne nouvelle est que le gouvernement Biden a clarifié et étendu le soutien de ses prédécesseurs à la politique la plus importante pour l’Afrique, à savoir l’accord de libre-échange du continent africain.

L’administration a clairement indiqué que le soutien ne provenait pas uniquement de la DFC pour les investissements, mais aussi de la banque américaine Export-Import (EXIM), et des ministères américains de l’agriculture, du commerce et des affaires étrangères. Alors que la crise sanitaire et la guerre en Ukraine obligent les pays à repenser leurs chaînes d’approvisionnement dans les domaines de l’alimentation, de l’énergie, de la santé et des biens de consommation, les entreprises américaines sont encouragées à examiner de plus près les opportunités offertes par la nouvelle zone commerciale, ZLECAf…

L’Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA) a examiné les infrastructures et les réglementations. Il y aura une reprise significative l’année prochaine car les entreprises sont plus confiantes.

Je pense que l’équipe Biden a mis de nombreux outils sur la table et a travaillé avec le FMI et les banques régionales pour essayer d’accroître la confiance et la capacité des ministères des finances à gérer certains problèmes budgétaires. Et l’administration Biden essaie de soutenir les investissements dans des domaines clés qui accéléreraient la création d’emplois et la croissance économique, comme les technologies de l’information et de la communication et les secteurs des infrastructures.

 

Plusieurs pays, comme l’Éthiopie, la Guinée et le Mali, ont perdu leur éligibilité à l’accord commercial américain AGOA (African Growth and Opportunity Act). Avec le cessez-le-feu en Éthiopie et le chaos post-coups d’État qui règne en Afrique occidentale et centrale, que va-t-il se passer ?

L’AGOA a toujours été un partenariat très étroit avec le Congrès, et ce dernier a clairement indiqué dans la législation qu’en cas de non-respect de la démocratie, de coups d’État, l’éligibilité à l’AGOA était perdue. Le Congrès ne serait pas vraiment heureux qu’une administration ferme les yeux sur cette situation. L’examen est annuel, et l’objectif est d’inciter les pays à corriger ce qui est nécessaire. L’Administration est très claire avec les pays qui perdent leur éligibilité sur ce qu’ils doivent corriger. Nous verrons donc – en croisant les doigts – ce que mes amis et anciens collègues de l’administration feront en matière d’éligibilité.

 

Y a-t-il eu un changement de paradigme dans les relations USA-Afrique non seulement en paroles, mais aussi en actes ?

Oui, cela ne fait aucun doute, en tout cas entre l’administration Biden et son prédécesseur immédiat. Il ne fait aucun doute que les pays africains sont un partenaire de plus en plus important. Nous venons de le voir lors des réunions de la COP27. Les pays africains sont une partie de plus en plus importante de la solution, qu’il s’agisse de la croissance mondiale, de la résolution des problèmes alimentaires, de la santé ou des problèmes financiers.

L’Afrique n’est pas seulement « là-bas ». Les pays africains sont des partenaires essentiels. L’Administration a adopté une position très prudente et délibérée dans l’élaboration de la stratégie pour l’Afrique. Elle ne s’est pas contentée de mettre à jour et de rafraîchir l’ancienne stratégie, mais a jeté un regard vraiment nouveau sur la direction que prend l’Afrique, sur ses priorités et sur la manière dont les États-Unis peuvent mieux soutenir les pays du continent. Cette stratégie dévoilée en août fait suite à une très grande consultation.

L’autre élément est le sommet des leaders américains et africains. C’est une bonne chose qu’il se tienne avec trois jours de réunions officielles et parallèles à Washington. Très peu de régions ont droit à trois jours. C’est un bon signal de l’importance que l’administration Biden accorde à l’Afrique.

@NA

 

Écrit par
Shoshana Kedem

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