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Politique

Dakar. Une diplomatie offensive

Pour Babacar Diallo, le direc-teur général de l’antenne régionale du Centre d’études diplomatiques et stra-tégiques (CEDS) de Dakar, les besoins clairement avoués par le chef de l’État lors de la visite offi cielle qu’il a effectué en Arabie saoudite en avril dernier pour financer son Plan Sénégal émergent n’expliquent pas tout. « Un pays qui assure la présidence de l’OCI depuis mars 2008 et aspire à un leadership moral sur le plan régional, voire mondial, ne peut pas se désintéresser de la menace terroriste, fût-elle lointaine comme au Yémen, et encore plus si elle frappe à ses portes », affirme-t-il.

Pour lui, la relation privilégiée que le Sénégal entretient avec l’Arabie saoudite dans le cadre de la Oumma islamique n’a de sens qu’à partir du moment où, lorsque celle-ci se sent menacée dans sa sécurité, et celle des lieux saints qu’elle abrite, elle doit avoir la certitude que ses amis voleront à son secours. « Le président Macky Sall a eu raison de répondre à cet appel, estime Babacar Diallo, parce que la menace qui pèse sur les pays du golfe arabo-persique est réelle », selon lui. Il cite à ce propos les discussions que les participants (diplomates, militaires, hauts fonction-naires, etc.) aux Matinales du CEDS ont eu le 15 mai dernier, sur le thème « Quelles nouvelles stratégies convergentes pour un partenariat crédible et durable contre le terrorisme en Afrique ? »

Parmi les recommandations figurent « la coalition de tous les pays musulmans pour jeter les bases d’un large partenariat » visant à combattre « tous les faux djihadistes auto-proclamés » et à faire taire les divergences pour mieux se consacrer au seul objectif de la lutte contre le terrorisme ; ainsi que « la sanctuarisation de toutes les religions du Livre en leur conférant le statut de patrimoine universel de l’humanité ». Plus prosaïque, le vice-président de l’Institut panafricain de stratégie qui a organisé, en décembre 2014, le premier Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, Landing Savané, admet qu’il ait pu y avoir « quelques exagérations » dans la manière dont les menaces contre La Mecque ont été présentées.

Il n’en reste pas moins que les marabouts sénégalais ont tous adhéré, de même que les militaires « qui ne voient pas d’obstacles majeurs à s’engager », affirme-t-il L’argument selon lequel le Pakistan, un pays musulman, a refusé de rejoindre la coalition dirigée par l’Arabie saoudite pour rétablir la légalité constitutionnelle au Yémen et mettre hors d’état de nuire les groupes armés, n’est pas opposable au Sénégal, selon lui. « Le Pakistan jouit des appuis américains et a, aussi, ses propres impératifs géopolitiques en matière de lutte contre le terrorisme », constate Landing Savané.

Se réconcilier avec les voisins

Pour les détracteurs de la politique extérieure actuelle, les plus grandes incohérences sont à trouver dans l’absence du Sénégal au Nigeria pour lutter contre Boko Haram, même si aucun cadre légal de la Cedeao n’était prévu à cet effet ; et son retard au Mali, un pays frère et frontalier, où le Sénégal a fini par envoyer un bataillon au sein de la Minusma, à la demande insistante de la France, qu’il a porté de 500 à 700 hommes pour s’aligner sur les standards de l’ONU.  « Macky Sall est resté aphone sur le massacre de Garissa au Kenya », dénonce Yoro Dia, qui regrette que « pendant longtemps, la politique extérieure du Sénégal se soit résumée à : “ Comment mieux plaire à la France que tout le monde ? ” Aujourd’hui, apparemment, c’est : “ Comment mieux plaire à l’Arabie saoudite ”… » Dès sa mise en disgrâce par Abdoulaye Wade en 2008, Macky Sall avait affirmé sa volonté de « réparer » les dégâts causés par son prédécesseur.

Depuis, les relations bilatérales avec les pays voisins, marquées par une certaine méfiance, ont connu une embellie, notamment avec la visite du président malien Ibrahim Boubacar Keïta, à Dakar, en avril 2014. Les relations avec la Mauritanie, historiquement délicates, se sont également améliorées. La volonté de développer un partenariat économique épousant l’axe Rabat-Nouakchott-Dakar devrait connaître un nouvel essor après la récente visite d’une semaine à Dakar du roi Mohammed VI, qui a permis la signature d’une foison d’accords de coopération entre le Maroc et le Sénégal.

Auparavant, le Président sénégalais s’était rendu en Algérie. Avec son homologue mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, il partage l’idée de faire construire un pont à Rosso, à la frontière entre les deux pays, afin de faciliter le transit entre ces deux pays. L’interconnexion électrique, appuyée notamment par la France, sera un autre facteur de rapprochement.

Avec la Gambie, les relations se sont tendues depuis l’exécution, en juillet 2012, de deux ressortissants sénégalais, les provocations verbales régulières des autorités gambiennes, et la fermeture de la frontière gambienne suite à l’épidémie de fièvre Ebola au printemps 2014. La recherche d’une solution définitive au conflit en Casamance passe « obligatoirement » par un dialogue avec le Président gambien, a-t-il estimé, ce qui n’a pas manqué de provoquer l’ire de nombreux commentateurs.

Enfin, le Sénégal suit de très près la situation en Guinée et en Guinée-Bissau, dont Dakar craint l’influence néga-tive sur la sécurité régionale. Depuis la victoire du président José Mario Vaz, en mai 2014, les autorités de Bissau se disent ouvertes à une résolution de la crise en Casamance en déclarant qu’elles « ne constitueront plus une base arrière pour les rebelles ».

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