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Politique

Coup d’État : Eviter la dangereuse contagion

Il y a quelques jours, après le coup d’État au Burkina Faso, qui venait après ceux du Mali et de la Guinée Conakry, nous nous demandions tous qui serait le suivant.

Par Venance Konan

Il s’en est fallu de peu que ce ne soit la Guinée-Bissau. Le mardi dernier, des coups de feu ont retenti autour du palais présidentiel à Bissau, la capitale, où se tenait un Conseil des ministres.

N’oublions jamais que c’est par la voie démocratique qu’Adolf Hitler est arrivé au pouvoir en Allemagne. Donald Trump aussi. Cela ne l’a pas empêché de lancer ses participants à l’assaut du Capitole, symbole de la démocratie américaine.

Il semble que le pays ait échappé à son énième coup d’État, ce qui a inspiré ce succulent titre à un confrère : « Epidémie de coups d’État dans l’espace Cedeao : Embalo testé négatif au variant Goïta. »

Il faut dire que la Guinée Bissau dirigée par le président Umaru Sissoco Embalo est un pays un peu spécial qui est, si l’on peut dire, abonné aux coups d’Etat depuis son indépendance.

Aucun président n’a jamais pu y terminer son mandat et ceux qui s’en sont sortis vivants peuvent s’estimer heureux. On y compte une quinzaine de tentatives de coups d’États et quatre qui ont parfaitement réussi.

La seconde particularité de ce pays est que pendant de longues années, il fut sous la coupe des narcotrafiquants colombiens qui y faisaient transiter la drogue qui venait de l’Amérique du Sud en direction de l’Europe.

Il y a quelques années, l’occasion me fut donnée d’aller y réaliser une enquête sur ces narcotrafics pour le compte du journal Afrique Magazine et je pus voir à quel point toutes les couches de la société, y compris la classe politique, et surtout l’armée, étaient gangrenées par ces trafics.

La troisième particularité de la Guinée-Bissau est la toute-puissance de l’armée dans la gestion de l’État. Le pays a obtenu son indépendance du Portugal en 1974 au terme d’une longue lutte armée et depuis lors, les militaires se sont toujours impliqués dans la gestion politique.

On estime que l’armée compte environ 5000 hommes avec près de 2000 officiers, et lorsque l’on y ajoute les anciens combattants qui sont toujours très puissants, on atteint le chiffre de 10 000 hommes, pour un pays qui ne compte que 1,6 million d’habitants et qui est l’un des plus pauvres d’Afrique.

Ainsi donc dans ce pays, la classe politique est-elle sous la coupe de l’armée, une armée dont les responsables au plus haut niveau sont soupçonnés par toutes les instances internationales d’être à la solde des narcotrafiquants. Et ces derniers ne se gênent pas pour faire et défaire les pouvoirs en fonction de leurs seuls intérêts.

Selon le président Embalo, dont l’accession à la présidence avait été contestée par une partie de la classe politique, cette tentative de coup d’État faisait suite aux « décisions (qu’il avait) prises, notamment la lutte contre le narcotrafic et la corruption. » Des raisons purement internes peuvent tout à fait suffire à expliquer cette tentative de putsch.

Que faire pour enrayer cette dangereuse spirale des coups d’Etats ?

Cependant, on ne peut exclure le fait que les exemples des récents coups d’Etats opérés dans trois pays d’Afrique de l’Ouest ces derniers mois et les soutiens apportés par les populations et certains intellectuels africains à leurs auteurs ont encouragé les militaires bissau-guinéens à passer à l’action. Les mauvais exemples sont ce que l’on suit le plus facilement. Que faire pour enrayer cette dangereuse spirale des coups d’États qui déstabilise cette région qui n’en a absolument pas besoin, compte tenu des graves défis auxquels elle doit faire face ?

Des regards se sont tournés vers la Cedeao que certains se plaisent ces temps-ci à clouer au pilori, comme si elle disposait de la panacée contre les coups de force militaires. Aucune organisation internationale, aussi puissante soit-elle, n’a le pouvoir d’empêcher un soldat ou un groupe de soldats de renverser un pouvoir établi.

Surtout dans un État aux institutions affaiblies par diverses raisons internes. Elle ne peut agir qu’après, en prenant des sanctions par exemple. Au fond, il appartient à chaque État de bâtir lui-même ses institutions démocratiques à même de le mettre à l’abri des intrusions intempestives de ses militaires dans le champ politique.

Chaque pays développe la culture démocratique de son peuple, et singulièrement de son armée, en fonction de sa propre histoire et de ses expériences.

Un pays comme le Sénégal n’a jamais connu de coup d’État depuis son indépendance obtenue en 1960 en même temps que la grande majorité des États africains. Pour rester toujours en Afrique de l’Ouest, des pays tels que le Ghana, le Bénin ou le Nigeria qui pendant longtemps se caractérisaient par leur instabilité n’ont plus connu de coup d’État depuis près de trente ans et les changements de régime s’y passent le plus tranquillement du monde, à l’exception du Bénin qui a connu quelques troubles lors de ses dernières élections.

Les coups d’État ne sont donc pas inscrits dans les ADN des États africains, et même les vieilles démocraties européennes que l’on prend comme modèles ne sont pas à l’abri d’un retour à la dictature.

N’oublions jamais que c’est par la voie démocratique qu’Adolf Hitler est arrivé au pouvoir en Allemagne. Donald Trump aussi. Cela ne l’a pas empêché de lancer ses participants à l’assaut du Capitole, symbole de la démocratie américaine.

@NAF

 

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