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Politique

La Cedeao suspend le Mali de toutes ses instances

Selon la ministre ghanéenne des Affaires étrangères, Shirley Ayorkor Botchway, la Cedeao a suspendu dimanche le Mali de toutes ses instances à la suite du dernier coup d’Etat du mardi 25 mai 2021.

Par Serges David

MISE A JOUR LUNDI 31 MAI 2021

A l’issue d’une réunion dimanche à Accra (capitale du Ghana), les présidents, membres de la Cedeao ont suspendu le Mali de toutes les instances de la puissante organisation sous-régionale. La Cedeao a exigé de Bamako le respect de son engagement de procéder à une transition devant s’achever en février 2022 par une élection présidentielle. Elle a sommé aussi les nouveaux dirigeants militaires de nommer d’urgence un Premier ministre civil.  Côté français, le président Emmanuel Macron a, pour sa part, brandi la menace d’un retrait des 5 100 soldats français de l’opération « Barkhane », disant ne pas vouloir rester « aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique ni de transition ». Quant au colonel Assimi Goïta, il a été désigné vendredi président de la transition par la Cour constitutionnelle du Mali.  

Entre-temps, les militaires putschistes ont libéré discrètement dans la nuit de mercredi à jeudi le président Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane. Le colonel Assimi Goïta, et les autres putschistes venaient ainsi de satisfaire à une demande du Conseil de sécurité de l’ONU mercredi et partagée par les principaux partenaires du Mali. Toutefois, ils n’ont toujours pas donné d’indications sur leurs intentions concernant le retour rapide à une transition conduite par les civils, comme l’exige la communauté internationale.

Le président Bah Ndaw et le Premier ministre Moctar Ouane de transition maliens avaient démissionné mercredi 26 mai 2021. Les deux personnalités étaient détenues depuis lundi après leur arrestation par les militaires de l’ex-junte. Un « coup d’Etat dans le coup d’Etat », selon l’expression du président Emmanuel Macron en référence au putsch de 2020. Il y a à peine neuf mois. A priori, les négociations sont en cours et la situation reste volatile.  

Le colonel Assimi Goïta, vice-président du Mali, avait annoncé, mardi, avoir démis de leurs fonctions le président Bah Ndaw et le Premier ministre Moctar Ouane, arrêtés la veille par des membres de l’armée. Le colonel Assimi Goita les accuse d’avoir enfreint la charte de la transition. Côté réaction, l’Union européenne a condamné un « coup d’Etat inacceptable » et se dit prête à prendre « des sanctions ciblées », a solennellement averti le président français Emmanuel Macron.  Quant à la Cedeao après avoir condamné ce coup d’Etat, elle a envoyé un émissaire sur place. Le médiateur de la Cedeao, Goodluck Jonathan, était arrivé donc, mardi 25 mai dans l’après-midi, à Bamako. Des entretiens avaient eu déjà commencé dans la soirée de mardi, à Bamako, entre Goodluck Jonathan et Assimi Goita ainsi que des membres de l’ex-junte.  Mercredi la délégation avait rencontré le Président et le Premier ministre déchus. 

BACKGROUND – A peine le nouveau gouvernement formé, le président de la transition Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane ont été emmenés sous la contrainte par des soldats ce lundi à Kati fief de l’ex-junte. La Minusma a déjà condamné…et une délégation de la Cedeao se rend ce mardi à Bamako.

En attendant le développement dans cette énième crise, dans un communiqué conjoint sur le Mali ce lundi 24 mai 2021, le Comité local de suivi de la transition dont fait partie la Minusma indique que 

: « Le Comité local de suivi de la transition, composé de la Cedeao, de l’Union africaine et de la Minusma, avec des membres de la communauté internationale, y compris la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Union européenne, exprime sa profonde préoccupation face à la situation au Mali marquée par l’arrestation du président de la transition, du Premier ministre et de certains de leurs collaborateurs.

Ils condamnent fermement la tentative de coup de force survenue à la suite de la publication du décret portant nomination des membres du gouvernement par le Président de la transition sur proposition du Premier ministre.

Ils exigent la libération immédiate et inconditionnelle de ces autorités et soulignent que les éléments militaires qui les détiennent seront tenus personnellement responsables de leur sécurité. Ils réaffirment leur ferme soutien aux autorités de la transition et demandent que la transition reprenne son cours pour se conclure dans les délais prévus. 

La communauté internationale rejette par avance tout acte imposé par la contrainte, y compris des démissions forcées.

Ils se félicitent de l’annonce de la venue demain de la délégation de la Cedeao et demandent à tous les acteurs concernés à apporter leur pleine coopération aux efforts déployés en vue de la reprise immédiate du cours normal de la transition.

Ils soulignent que l’action inconsidérée conduite ce jour porte en elle le risque d’un affaiblissement de la mobilisation de la communauté internationale en faveur du Mali ».

Une énième crise

Cette nouvelle crise s’explique par des sons discordants entre militaires et civils au cœur du pouvoir.

En tenant un coup de force, la junte entend peser sur le gouvernement formé à l’issue de son coup d’Etat du 18 août 2020 contre l’ex-président Ibrahim Boubacar Keïta (« IBK »).

Ce n’est pas un hasard que l’actuel président de la transition et son Premier ministre aient été conduits à Kati fief de la junte. Car on attribue cette arrestation à certains des auteurs du coup d’Etat contre IBK d’abord conduit au camp de Kati avant d’être contraint à la démission.

Dans le nouveau gouvernement formé lundi, les deux chefs de l’exécutif avaient écarté deux figures emblématiques du coup d’Etat de 2020 notamment les colonels Sadio Camara et Modibo Koné respectivement ministres de la Défense et de la Sécurité.

Ils ont été remplacés par les généraux Souleymane Doucouré et Mamadou Lamine Diallo, deux gradés plutôt éloignés de leurs positions et qui d’ailleurs ont été arrêtés lundi comme ils l’avaient été en 2020.

Un putsch incompréhensible, d’autant qu’au sein du gouvernement, la junte devait conserver les quatre portefeuilles ministériels qu’elle possédait dans le précédent cabinet (Défense, Sécurité, Administration territoriale et Réconciliation nationale).

Le colonel Assimi Goïta (G) à côté de l’ancien officier Bah N’Daw (D), président de la transition

Ils exigent la libération immédiate et inconditionnelle de ces autorités et soulignent que les éléments militaires qui les détiennent seront tenus personnellement responsables de leur sécurité.

Pour l’heure, en tout cas, l’Union africaine par la voix de son président Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, a aussi « fermement » condamné « toute action visant à déstabiliser le Mali »,

Le Premier ministre Moctar Ouane

Pour l’heure, en tout cas, l’Union africaine par la voix de son président Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, a aussi « fermement » condamné « toute action visant à déstabiliser le Mali », appelant « tous les acteurs de la transition politique malienne à la retenue ainsi qu’au respect de la Constitution ».

Tshisekedi a également appelé à la « libération immédiate et inconditionnelle » des personnalités arrêtées. « Tout doit être mis en œuvre afin de préserver la stabilité du Mali et consolider la paix dans la sous-région », a-t-il indiqué sur son compte Twitter.

Dans l’immédiat, les militaires ne se sont pas encore exprimés et les intentions des auteurs du coup de force restent inconnues.

SD

 

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Written by Par Serges David

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