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Politique

Confusion au Burkina Faso

Confusion au Burkina Faso
  • Publiéjuin 19, 2024

Aux informations de la presse indépendante, des médias occidentaux, s’opposent le mutisme des médias d’État et les accusations de Fake News, voire de déstabilisation.

 

Les casernes du Burkina Faso sont-elles en ébullitions ? Tandis que la presse occidentale le prétend, l’armée dément. Et le capitaine Ibrahim Traoré s’enferme dans le mutisme.

Dans le même temps la situation sécuritaire reste très préoccupante. Selon certaines informations, – démenties officiellement – une attaque djihadiste aurait fait de nombreuses victimes, le 11 juin 2024, dans la localité de Mansila. Le camp de Mansila disposait de divers dispositifs de défense, tandis que les alentours étaient minés et un dispositif de surveillance était en place au voisinage.

Le Burkina Faso interdit la chaîne TV5Monde pour six mois. Cette chaîne française se serait rendue coupable d’avoir invité une personnalité critique du pouvoir dans ses journaux du 17 juin.

Pourtant, un violent échange de coups de feu a été entendu, même si l’attaque n’aurait duré que quinze minutes. Le temps pour les terroristes, selon certaines sources, de prendre le contrôle du camp. Il s’agirait de djihadistes de la Katiba Hanifa (JNIM, lié à Al Queïda). Visiblement, les soldats ne s’attendaient pas à une attaque en pleine journée.

De leur côté, en raison de la configuration des lieux, les forces régulières de sécurité n’ont pu se rendre sur les lieux que le 14 juin. Ce qui ajoute à la confusion quant à la réalité et à la portée de cette attaque. Laquelle aurait fait, selon le site spécialisé Wamaps d’informations collaboratives, quelque 120 victimes chez les forces de sécurité, sans compter les victimes civiles.

Bien qu’aucune information n’ait filtré officiellement, il semble aux yeux des observateurs que cette attaque soit le déclencheur d’une fronde touchant les forces de sécurité.

Dans ces conditions, que devient Ibrahim Traoré ? Depuis quelques jours, il joue avec les nerfs des Burkinabè, ne donnant aucun signe de lui durant plusieurs jours avant de réapparaître. On l’aurait également vu faire un don à l’occasion de la Journée mondiale du don du sang. Certains remettent d’ailleurs en cause l’authenticité des images diffusées par la télévision nationale.

Comme sont contestées les images du président de la transition rencontrant le militant panafricaniste Kami Seba. Lequel a tenu une brève conférence de presse avant… d’annuler le meeting qu’il avait prévu à Ouagadougou, faute de public suffisant.

 

Quelques précédents

Selon des informations de RFI confirmées par d’autres médias, entre 80 et 120 soldats maliens seraient arrivés ces derniers jours dans la capitale Ouagadougou. Quoi qu’il en soit, le Conseil des ministres qui devait se tenir ce 19 juin au matin n’a pas eu lieu. Le président de la transition, qui s’est brièvement montré à la télévision le dimanche 16 juin, à l’occasion de la fête musulmane de la Tabaski, n’a pas réapparu depuis. Une attitude qui ne fait qu’alimenter les rumeurs.

Rumeurs de mutineries que l’armée qualifie d’« infondées et mensongères ». Ce qui n’est en rien une rumeur est l’explosion d’une roquette, le 12 juin, à proximité de la présidence du Burkina Faso, sur un bâtiment de la télévision nationale. Celle-ci, pourtant, n’évoque qu’un « incident de tir » qui aurait n’aurait causé que « deux blessés légers pris en charge rapidement par le service de santé de la Présidence ».

Il n’en reste pas moins que le capitaine Traoré a été exfiltré de ladite Présidence dans la foulée, et que l’armée a été mise en alerte. Cet « incident » intervient quelques semaines après un échange de tirs autour de la Présidence, le 17 mai, que certains avaient attribué à un mouvement d’humeur de militaires.

Peut-on alors, comme n’hésite pas à le faire le quotidien Le Monde, parler de « velléités de putsch » au sein de l’armée ? Sans aller jusque-là, il semble, à entendre plusieurs témoignages sur place, que la fronde chez les militaires est bien une réalité. Après tout, Roch Marc Christian Kaboré en janvier 2022, puis le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba en septembre 2022, ont été déposés du pouvoir en raison de leur incapacité à régler la question sécuritaire. Ce que ne semble pas en mesure de réaliser non plus le pouvoir en place. Ce, en dépit du renfort observé par certains de nouveaux militaires russes, probablement issus des milices Wagner. Plusieurs d’entre eux auraient aussi rejoint Ouagadougou.

En cette période d’informations et de désinformations, quoi de plus naturel que d’entraver le travail des médias ? C’est ce que vient de nous confirmer le Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso, qui interdit TV5Monde pour six mois. Cette chaîne française se serait rendue coupable d’avoir invité une personnalité critique du pouvoir dans ses journaux du 17 juin. Et par conséquent, d’avoir diffusé « des propos tendancieux frisant la désinformation ». Il s’agissait d’ailleurs des informations relatives aux « mutineries » dans l’armée. TV5Monde écope d’une amende de 50 millions de F.CFA (76 000 euros).

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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