Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Politique

Comment apaiser les tensions ?

L’apparent « coup d’État régional » à Amhara et l’assassinat du chef d’état-major de l’armée, à Addis-Abeba, fin juin, ont choqué les observateurs qui avaient loué les réformes du Premier ministre Abiy Ahmed. Comment expliquer ce déchaînement de violence ? 

Par James Jeffries 

Abiy Ahmed a-t-il voulu réformer trop rapidement un pays caractérisé par un système politique très particulier, un fédéralisme structuré sur une base ethnique ? Le gouvernement éthiopien, qui avait coupé Internet quelques jours avant les fusillades, a donné peu d’informations, voulant faire croire qu’il avait déjoué une tentative de « coup d’État régional ». 

Il a d’abord déclaré que le chef d’état-major avait été tué en luttant contre les putschistes. En réalité, il a été assassiné chez lui pendant le dîner. Le gouvernement a également affirmé que le garde du corps avait été arrêté, mais a annoncé par la suite qu’il s’était suicidé pour échapper à une arrestation.

Pour protéger les ressources d’eau pour les générations futures, le gouvernement ghanéen devra adopter des mesures plus strictes afin de dissuader les petits exploitants miniers d’exercer leur activité illégalement. Et endiguer la corruption des fonctionnaires qui laissent faire.

En même temps, les troupes fédérales entraient dans la région d’Amhara. « Les Amharas sont furieux de la réaction du gouvernement fédéral et de l’armée, parce qu’ils se sentent assiégés », explique Tewodrose Tirfe, président de l’Amhara Association of America, un groupe qui défend les intérêts des Amharas, basé aux États-Unis. 

« Il est décevant de voir que la presse gouvernementale éthiopienne parle de“ coup d’État”car cela ne reflète pas la réalité – il ne peut y avoir de coup d’État régional. Un coup d’État serait dirigé contre le gouvernement fédéral. » Pour être juste, le gouvernement a été – et est peut-être toujours – aussi déconcerté que tout le monde. 

Quelle que soit la réalité, l’assassinat de personnalités aussi importantes dans une telle région – les Amharas constituent le deuxième groupe ethnique du pays, qui compte 105 millions d’habitants, et le Parti démocratique Amhara est l’un des quatre partis politiques de la coalition du gouvernement –, illustre les tensions qui divisent le pays. 

Inquiétudes des Amharas 

« Nous savions qu’il existait une fracture au sein du Parti démocratique amhara, parce qu’il était toujours en transition. Cela avait provoqué une division entre le parti et les forces de sécurité amharas. Mais il était difficile de croire que cela conduirait à des violences », souligne Tewodrose Tirfe. Qui s’inquiète que cet incident soit utilisé pour diviser les gens et qui juge que « plus l’armée fédérale restera longtemps dans la région, plus les Amharas vont penser qu’il s’agit d’une tentative délibérée de les affaiblir ». 

L’Amhara est nostalgique du temps où il dominait l’Éthiopie avant le renversement de l’empereur Haïlé Sélassié, en 1974. Abiy Ahmed a beaucoup fait pour maintenir l’ordre dans le pays depuis qu’il est arrivé au pouvoir début 2018.

Dès sa nomination, il a promis des réformes, immédiatement mises en oeuvre : des milliers de prisonniers politiques ont été libérés, les opposants politiques exilés ont pu revenir dans le pays, et les médias ont bénéficié d’une liberté d’expression bien plus grande. 

En outre, le pays a signé un accord de paix avec l’Érythrée, mettant fin à des années d’instabilité dans la région après un conflit sanglant autour des frontières de 1998 à 2000. D’autre part, le Premier ministre est parvenu à obtenir des milliards de dollars d’aides et d’investissements pour stimuler une économie lourdement endettée. 

Aujourd’hui, certains considèrent qu’il est allé trop vite, surtout pour un pays dont le système politique est fondé sur un fédéralisme ethnique, laissant trop de place aux ambitions ethniques que ses prédécesseurs plus répressifs savaient contenir.

En effet, divers partis ethniques ont émergé. Beaucoup ont des propos ouvertement sectaires, exploitent les griefs historiques entre différents groupes ethniques et ravivent les conflits territoriaux, tout en affirmant que des membres de leur ethnie sont persécutés dans d’autres régions. 

La rhétorique d’Abiy Ahmed 

Malgré ses succès, le Premier ministre pourrait être trop tourné vers l’extérieur et ne pas prendre la mesure des problèmes du pays. Les agressions de minorités se sont multipliées dans les régions dominées par un groupe ethnique. Environ 3,2 millions d’Éthiopiens ont dû partir en raison des violences communautaires qui ont éclaté ces 18 derniers mois, selon les Nations unies, soit plus qu’en Syrie, en Irak, au Yémen et en Somalie réunis, faisant peser la menace d’une catastrophe humanitaire. 

« La crise des personnes déplacées a été négligée », estime William Davison, analyste spécialiste de l’Éthiopie de l’International Crisis Group. « Les autorités fédérales ne voulaient pas attirer l’attention de la communauté internationale sur cette situation. Mais elles affirment que la plupart des déplacés sont retournés chez eux ; nous devons enquêter davantage. » 

Malgré l’image de rassembleur d’Abiy Ahmed, certains considèrent que son discours convaincant, dans lequel il insiste sur l’unité plutôt que sur la différence, n’est que rhétorique. Ils estiment qu’il exerce une politique de division afin d’assurer l’hégémonie de l’élite Oromo au pouvoir, perdant au passage sa popularité et le soutien d’autres groupes ethniques. 

« Abiy Ahmed se trouve pris entre deux feux », analyse William Davison. « Les manifestations anti-gouvernement teintées de nationalisme oromo lui ont permis de devenir Premier ministre. Mais il n’est pas lui-même un ethno-nationaliste et je pense qu’il éprouve des difficultés à trouver un équilibre entre les différentes factions politiques du pays et à faire face à tous les problèmes auxquels le pays est confronté. » 

Dangereux dilemme 

Il se trouve à présent face à un dilemme à Amhara, qui s’applique également au reste du pays : adopter une politique plus répressive qui risque d’attiser davantage les tensions ou poursuivre des réformes qui pourraient donner plus de pouvoir à des forces dangereuses. 

« Abiy Ahmed va avoir du mal à regagner la confiance des Amharas », juge Tewodrose Tirfe. 

« S’il avait autorisé une enquête au lieu de conclure immédiatement à une tentative de coup d’État, l’escalade aurait pu être évitée. L’arrestation de centaines d’Amharas qui n’ont rien à voir avec les assassinats aggrave la situation. La majorité des Amharas détenus ne résident même pas dans la région d’Amhara – autre signe qu’il n’y a pas eu de véritable tentative de coup d’État. » 

Pourtant, on ne peut nier que des machinations sont à l’oeuvre dans le pays et qu’Abiy Ahmed lui-même en est la cible. Un an avant les fusillades d’Amhara, le Premier ministre avait survécu à une attaque à la grenade lors d’un meeting, qui a fait deux morts et plus de cent blessés. 

Les réformes de Abiy Ahmed ont provoqué le mécontentement de groupes d’intérêt puissants au sein de la coalition militaire et politique ; lesquels ont beaucoup à perdre, notamment en matière d’intérêts commerciaux, qui représentent des montants colossaux. 

Le secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires africaines, Tibor Nagy, compare l’Éthiopie à une « cocotte-minute » en raison des « énormes tensions internes », notamment le désenchantement et le mécontentement des jeunes dus aux opportunités manquées et au manque de liberté d’expression politique. « À son arrivée, Abiy Ahmed a dû apaiser les tensions mais cela ne pouvait se faire sans susciter la colère de certains groupes », détaille-t-il. 

Tandis que les troubles ethniques trouvent leur origine, essentiellement, dans le fédéralisme ethnique de l’Éthiopie, des experts conseillent de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, insistant sur le fait que ce système n’a jamais été véritablement installé, en raison du pouvoir autocratique des gouvernements précédents. Si la Constitution était véritablement mise en oeuvre, le fédéralisme ethnique pourrait davantage fonctionner et satisfaire les divers groupes. 

La solution aux problèmes du pays pourrait être là, si on lui laissait une chance. Dans l’immédiat, une enquête détaillée sur les événements d’Amhara aiderait à ramener le calme et montrerait aux Amharas que le gouvernement n’exploite pas la situation pour les affaiblir. Sur le long terme, afin d’apaiser les tensions qui règnent dans le pays, Abiy Ahmed devra faire preuve d’habileté et s’efforcer de créer un consensus entre les ethnies.

Composition de la population éthiopienne : 

L’Éthiopie compte 80 groupes ethniques très différents. Pour prendre en compte cette diversité ethnique, le gouvernement éthiopien formé en 1991 a découpé le pays en fédérations, en fonction des groupes ethniques ou linguistiques. 

La Charte de 1991 a accordé des droits d’autodétermination à chacun de ces groupes, notamment la capacité d’administrer leurs affaires sur leur territoire, de participer de manière équitable au gouvernement central et même de faire sécession s’ils estimaient que leurs droits étaient bafoués. Cette Charte a été suivie en 1995 d’une nouvelle Constitution qui officialisait la création de neuf États régionaux : Afar, Amhara, Benishangul, Gambella, Harar, Oromia, Somali, Tigré et l’État régional des nations, nationalités et peuples du sud. 

Une mosaïque d’ethnies 

Le fédéralisme ethnique était né, avec une constitution et une organisation juridique, politique, économique et administrative essentiellement fondée sur l’ethnicité.

Ce système a été contesté dès sa création, beaucoup estimant que l’ethnicisation de la politique en Éthiopie était « inexplicable, irresponsable et dangereuse », selon les termes de l’analyste politique Sarah Vaughan. « Ces régions sont très asymétriques selon tous les indicateurs sociaux, avec de grandes différences en termes de population, taille, répartition et profil démographiques, indices de développement et ressources.» 

Les tensions ont été exacerbées par la perception que le parti au pouvoir depuis 28 ans était dominé par le Front de libération du peuple du Tigré qui ne représente que 6 % de la population éthiopienne. Cela a surtout attisé la colère des Oromos, le groupe ethnique dominant du pays, qui représente 35 % de la population, et des Amharas, deuxième groupe du pays avec 27 % des Éthiopiens, qui a dirigé le pays à partir du xviiie siècle. 

La nomination d’Abiy Ahmed, un réformateur oromo très populaire, au poste de Premier ministre en 2018, devait apaiser les manifestations oromos qui persistent depuis 2015.

Malheureusement, aujourd’hui, les Tigréens se rebellent, ulcérés que des milliers d’entre eux aient été déplacés, tandis que les Amharas sont animés d’ambitions nationalistes. Les troubles ethniques du pays rappellent la Yougoslavie des années 1990, quand des tensions similaires ont abouti à l’éclatement de l’État fédéral. 

En outre, des milices ethniques comme celle qui a perpétré les attaques dans la région d’Amhara se forment à travers le pays, souvent liées à des figures du régime qui tirent les ficelles en coulisses.

Inquiets de la montée des conflits interethniques, certains avancent que le fédéralisme ethnique est inadapté et qu’il faut changer de système. D’autres estiment qu’il s’agit de la meilleure solution, et peut-être même du seul espoir, pour cette mosaïque d’ethnies qu’est l’Éthiopie moderne. 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts