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Politique

Casamance : Le fragile processus de paix

La mort de quatorze jeunes coupeurs de bois met fin à des mois d’accalmie en Casamance et fragilise les efforts de paix consentis depuis cinq ans par le Sénégal.

Dakar, Seydou Ka

Àprès le regain de tensions noté entre 2010 et 2012, période marquée par des braquages et des embuscades contre les forces de l’ordre, le font casaman­çais s’était assagi ces dernières années. L’accalmie avait suffisamment duré au point que la plupart les Sénégalais com­mençaient à espérer la fin du conflit. Les autorités évoquaient même un proces­sus de paix «irréversible, avec des résul­tats concrets sur le terrain».

Le massacre de quatorze personnes par des hommes armés dans la forêt classée de Bayotte, une localité située près de Ziguinchor, le 6 janvier 2018, est venu rappeler aux populations la triste réalité.

Un conflit de basse intensité, certes, mais certaines zones, qui ne sont pas encore déminées, restent toujours inaccessibles aux civils et plus de 10 000 réfugiés n’ont pas encore rejoint leur domicile. Depuis les événements du 6 janvier, l’armée mène des opérations de ratissage dans la zone, faisant craindre aux populations une reprise des hostilités avec les combat­tants rebelles.

Des éléments incontrôlés du MFDC ?

S’il est, pour le moment, difficile de situer les auteurs de cette attaque, certains observateurs ont vite pointé du doigt le mouvement indépendantiste qui sévit dans la région. « Les auteurs de ce crime odieux sont à rechercher au sein même du Mouvement des forces démocra­tiques de Casamance (MFDC) et nulle part ailleurs », accuse Pierre Goudiaby Atepa, président du Collectif des cadres de la Casamance, lors d’un point de presse organisé au lendemain de la tue­rie, citant notamment « des éléments incontrôlés » de la rébellion.

Des accu­sations aussitôt rejetées par une faction du MFDC qui, dans un communiqué, assure poursuivre « sa dynamique d’ou­verture au dialogue en faveur d’une issue heureuse au conflit casamançais », dénon­çant au passage « les fossoyeurs de la paix qui ne visent rien d’autre que de casser la dynamique de paix afin de pouvoir mieux vivre du conflit ». D’autres leaders de la rébellion ont condamné « un acte odieux qui ne peut rester impuni ».

Face à une rébellion minée par des querelles internes avec des factions rivales, difficile de savoir à quelle parole se fier dans le maquis. Les règlements de comptes seraient fréquents au sein du mouvement indépendantiste.

Certains évoquent l’hypothèse d’un conflit autour du trafic de bois. On sait que le conflit casamançais a favorisé et se nourrit du commerce illicite de bois, notamment le teck, une espèce très prisée.

L’écologiste et ancien ministre de l’Environnement, Haïdar El Ali, qui dénonce depuis long­temps ce trafic, estime qu’entre 2010 et 2015, environ 10 000 hectares de forêts ont été détruits. Combattants du MFDC et responsables militaires ou administratifs locaux s’accusent mutuel­lement de tirer profit de ce trafic.

Une paix « sans vainqueur ni vaincu »

Enfin, un acte de sabotage n’est pas à exclure. Certaines factions rebelles pourraient se sentir marginalisées par la priorité accordée par l’État à Salif Sadio, considéré comme le leader le mieux armé et le plus radical, dans les négocia­tions.

En effet, le massacre de Bayotte intervient moins d’une semaine après l’appel du président Macky Sall qui, lors de son discours de Nouvel An, appelait à une paix « sans vainqueur ni vaincu » en Casamance. Suivi de la libération de deux combattants du MFDC proches de Salif Sadio, le commandant du front nord (frontalier avec la Gambie), avec lequel le gouvernement a ouvert des discussions de paix en 2012, sous la médiation de la communauté de Sant Egidio de Rome.

Un geste qui, en plus de l’accalmie notée sur le terrain depuis 2012, laissait espérer un accord de paix pour mettre fin à un conflit vieux de trente-cinq ans. Le départ de Yahya Jammeh et la normalisation des liens entre Dakar et Banjul depuis l’arrivée d’Adama Barrow au pouvoir, combiné à un affaiblissement militaire de la rébellion, offrent un contexte favorable.

Dans son rapport de force avec Dakar, l’ancien dictateur gambien a constam­ment usé de la rébellion en Casamance comme moyen de pression, offrant une base arrière et des sources de ravitaille­ment en armes à la faction radicale de Salif Sadio.

Après son installation, grâce à l’appui du Sénégal, Barrow avait pro­mis d’apporter son soutien à la recherche de la paix en Casamance. Après les der­niers événements, la Gambie a réaffirmé sa volonté de « collaborer étroitement avec l’État du Sénégal, pour une paix définitive en Casamance».

Coup dur pour le tourisme

À la différence de son prédécesseur, Macky Sall privilégie la discrétion sur le dossier casamançais, prônant une approche par le développement. Alors qu’Abdoulaye Wade pensait pouvoir acheter la paix à coups de millions sou­vent remis à un « Monsieur Casamance » sans réelle prise sur les combattants, le président Sall évoque rarement le sujet en public, tout en renforçant les moyens de l’armée.

Aujourd’hui, le rapport de force semble en faveur de l’État du Sénégal. Cela justifie la confiance des autorités qui assurent que la récente attaque, malgré l’émoi suscité, n’aura « aucune influence sur le processus de paix qui est dans une dynamique irréversible».

En revanche, cette attaque risque de porter un coup fatal à la relance du tourisme dans cette région. Depuis juil­let 2015, dans le cadre de cette relance, les entreprises du secteur établies en Casamance bénéficient d’exonérations fiscales et douanières. 

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