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Politique

Cameroun : l’opposition retournera aux urnes

Cameroun : l’opposition retournera aux urnes
  • Publiédécembre 14, 2022

Le principal parti d’opposition au Cameroun, le MRC, met fin au boycott des élections, réclamant la libération de ses militants entravés. Pendant que le pays s’interroge sur ses intentions, le président Paul Biya plaide à Washington pour un autre financement de l’Afrique.

 

L’avenir dira si la décision marque un tournant dans la vie politique camerounaise. Le principal parti d’opposition, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), a annoncé son intention de participer aux prochaines échéances électorales. Depuis 2020, en effet, ce parti boycottait les urnes, face à l’enlisement de la crise politique dans les régions anglophones, et face à la volonté du pouvoir de ne pas réformer un code électoral contesté.

L’accès de l’Afrique aux ressources financières « se fait à des taux prohibitifs, et parfois à des conditions restrictives de souveraineté de nos États. L’Afrique reste trop dépendante de l’aide publique au développement, qui semble ne plus correspondre à nos besoins », a déclaré Paul Biya à Washington.

Certes, ces deux situations n’ont guère évolué ; mais le parti de Maurice Kamto a fait ses comptes. Le boycott réduit drastiquement le nombre d’élus, donc de possibilités de représentation et d’expression auprès du grand public. Sans oublier une manne financière qui disparaît peu à peu. Le parti a refusé de participer aux élections locales et législatives tenues depuis trois ans.

Et le leader du parti, Maurice Kamto d’appeler ses partisans à s’inscrire sur les listes électorales, de participer aux scrutins et « de ne pas avoir peur ». Il est vrai que les membres de parti, ainsi que d’autres opposants, font de temps en temps un tour par la case prison, pour crime de lèse-Biya, à commencer par Maurice Kamto lui-même. Fin novembre, un comité des Nations unies a jugé que les droits de quinze militants du MRC avaient été bafoués, leurs arrestations « découlent de l’exercice de leur liberté d’expression et de leur droit d’association ». Une cinquantaine de proches de ce parti seraient détenues à Douala et Yaoundé, selon les avocats du MRC.

Une bannière du MRC en 2018.
Une bannière du MRC en 2018.

 

Le MRC participera donc aux prochaines élections, qu’elles soient municipales, législatives ou présidentielles. Ces dernières sont prévues en 2025, mais le « maitre des horloges qu’est Paul Biya pourrait décider de les avancer.

 

Paul Biya veut un marché africain des capitaux

À ce jour, le vieux président (89 ans) n’a rien laissé paraître de ses intentions. Et surtout pas celle de céder le pouvoir, fut-ce à son fils aîné Franck. Lequel, pourtant, s’active dans l’ombre afin de populariser son nom, ou plutôt son prénom.

Pour l’avocat Amedee Dimitri Touko Tom, proche du MRC, le Cameroun s’oppose sur deux visions du pouvoir et du monde. D’un côté, écrit-il sur son compte Facebook, on trouve « ceux qui vont à la conquête du pouvoir en présentant sur l’échiquier politique leur légitimité populaire, leur compétence intellectuelle et technocratique, dont l’incarnation dans l’opposition est Maurice Kamto ». Et d’un autre côté, figurent « ceux qui espèrent hériter du pouvoir, par le seul lien du sang, par dévolution successorale, ici incarné par Franck Emmanuel Biya, le fils de Paul Biya ». Bref, à l’en croire, la légitimité du peuple contre celle des réseaux d’influence.

Pour ce qui le concerne, Paul Biya continue à laisser le doute et poursuit son mandat sans broncher « Quand ce mandat arrivera à expiration, vous serez informée sur le point de savoir si je reste ou si je m’en vais au village », avait-il répondu à une journaliste qui l’interrogeait sur ses intentions, en juillet 2022.

À la parole rare, le Président s’est toutefois épanché dès son arrivée à Washington, au sommet États-Unis Afrique. Mais pour parler économie. L’un des principaux obstacles à l’émergence de l’Afrique est la disponibilité des financements, considère Paul Biya. Qui juge pourtant que le continent regorge de potentiels, en ressources naturelles à extraire ou à transformer. Il le sait, l’industrialisation, gage de valeur ajoutée, nécessite de nombreux capitaux.

Or, l’« Afrique ne représente qu’une portion congrue des ressources financières en circulation dans le monde. Son accès à ses ressources se fait à des taux prohibitifs, et parfois à des conditions restrictives de souveraineté de nos États. L’Afrique reste trop dépendante de l’aide publique au développement, qui semble ne plus correspondre à nos besoins », regrette-t-il.

Et d’expliquer que le système actuel, reposant sur l’appui de capitaux étrangers, est trop contraignant et « accroît notre exposition aux risques budgétaires et de stabilité de nos institutions ». Pour le Président, l’une des solutions passe par « le financement de l’exploitation et de la transformation des ressources naturelles de l’Afrique sur son sol. Pour cela, l’Afrique a besoin d’un volume important de capitaux à long terme, il serait donc souhaitable d’œuvrer à la création d’un véritable marché africain des capitaux ». 

@NA

 

 

Écrit par
Laurent Allais

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