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Politique

Bras de fer entre la CEDEAO et les autorités du Mali

La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest « regrette » la décision de la junte malienne de repousser de 24 mois la transition vers une nouvelle Constitution. D’ici le 3 juillet 2022, de nouvelles sanctions pourraient tomber, mais les négociations continuent en coulisse.

 

Par Laurent Allais

On peut difficilement faire plus court : la CEDEAO, dans un bref communiqué, déclare « prendre acte » de la signature, le 6 juin 2022 au soir, par les autorités maliennes, d’un décret prolongeant de 24 mois la période de transition dans le pays. Et l’organisme ouest-africain de « regretter » que cette décision ait été prise « à un moment où les négociations se déroulent encore, en vue de parvenir à un consensus ».

Quoi qu’il en soit, le médiateur de la CEDEAO « poursuivra les échanges avec les autorités du Mali, en vue de parvenir à un chronogramme mutuellement acceptable de transition, permettant d’assurer un soutien de la CEDEAO ».

En effet, le gouvernement du Mali, que l’on n’osera guère qualifier d’« intérimaire », a déclaré, le 6 juin 2022, qu’il faudrait 24 mois, à compter du 26 mars, pour mener à bien la transition démocratique, suite au coup d’État militaire d’août 2020. Voilà qui conduit à espérer cette transition à mars 2024. Pourtant, les membres de la CEDEAO pressaient le gouvernement malien pour qu’il accepte de mener à bien cette transition vers une nouvelle Constitution en 16 mois, au plus tard.

Réunis le week-end dernier à Accra (Ghana), avant donc le communiqué de la junte malienne, les pays membres de la CEDEAO avaient décidé de ne pas lever les sanctions contre le Mali, conditionnant une telle décision à l’adoption d’une période plus courte de transition. Un autre sommet devrait se réunir dans les semaines qui viennent, une décision étant attendue pour le 3 juillet.

Que peut-on néanmoins espérer, alors que les populations maliennes sont durement éprouvées par les sanctions économiques qui frappent leur pays ? Certains veulent croire que la décision unilatérale du président Assimi Goïta relève du simple « coup de force », une forme d’intimidation pour peser sur les négociations en cours. Il est vrai que la publication d’un communiqué prenant le contre-pied d’un sommet tenu 48 heures plus tôt relève surtout de la provocation, estiment certains observateurs.

Pendant ce temps, l’armée française poursuit son désengagement du Mali, se retirant de Ménaka et de Gao, là où se situe leur principale plateforme. Le retrait serait définitif à la fin de l’été, selon l’état-major français.

Là où la CEDEAO veut 16 mois de transition, les autorités maliennes seraient prêtes à accepter 18 mois. Dès lors, « cela vaut-il la peine de prolonger la souffrance des populations pour deux mois d’écart », s’interroge le président du parti Modec, Konimba Sidibé, au micro de RFI. Qui juge « suicidaire » de reconduire en l’état l’actuel gouvernement du Mali. Un remaniement serait de nature à apaiser les esprits.

De leur côté, les autorités maliennes jouent la division de la CEDEAO, expliquant qu’au fond, les impératifs démocratiques ne sont rien devant l’urgence humanitaire et économique. Elles accusent certains dirigeants – pas tous – d’être manipulés par la France.

 

Vaines médiations

Cela étant, les sanctions économiques et financières imposées par la CEDEAO et par l’UEMOA pèsent sur les Finances publiques du Mali autant qu’elles pénalisent les populations. Et le gouvernement n’a guère de marges de manœuvre pour réaliser les réformes promises. À quoi servirait-il alors de s’accrocher au pouvoir ?

Reste que la médiation de la CEDEAO ne pèse guère. Les efforts de Goodluck Jonathan sont restés lettre morte. La pression diplomatique d’un envoyé spécial de la Coopération islamique, ainsi que la médiation du président Faure Gnassingbé, sonnent comme un désaveu pour l’ancien président du Nigeria. Tandis que le président du Togo tente de se faire le porte-voix des prétentions du Mali, les Nigérians et les Ivoiriens semblent imposer une ligne « dure » contre les autorités de Bamako, jugent les observateurs.

Pendant ce temps, l’armée française poursuit son désengagement du Mali, se retirant de Ménaka et de Gao. Le retrait serait définitif à la fin de l’été, selon l’état-major français. À Gao, principale plateforme militaire dans le pays, les soldats français continuent de démonter les installations et d’évacuer les matériels stockés. Les forces françaises n’abandonnent pas totalement le Mali, puisqu’elles se redéploient en direction de Niamey, au Niger.

@NA

 

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