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Politique

Boisbouvier décortique Hollande

Christophe Boisbouvier, auteur de Hollande l’Africain 

Pourquoi vous intéresser à la politique africaine de François Hollande ?

Je couvre les réalités africaines pour RFI depuis une trentaine d’années. Par ailleurs, j’ai eu la chance d’interviewer François Hollande à plusieurs reprises — avant et après 2012 —, à la fois comme premier secrétaire du Parti socialiste et comme président de la République. Toutes ces années m’ont donné un certain recul ainsi qu’un carnet d’adresses : des gens qui me font confiance parce qu’ils me connaissent depuis longtemps et qui pouvaient donc me donner des informations, soit en acceptant d’être cités, soit off the record…

Qu’est-ce qui caractérise la politique africaine de François Hollande ? Sur quel socle repose sa vision de l’Afrique ?

Sa politique africaine, c’est d’abord beaucoup de méthode : une volonté de se distinguer de son prédécesseur, qui faisait une politique par à-coups. Mettre de la méthode dans l’approche des problèmes africains. C’est, peut-être aussi, la volonté de ne pas tomber dans les travers de ses prédécesseurs, notamment sur le plan affairiste et clientéliste. Pour autant, François Hollande doit faire face à la difficulté d’échapper aux réseaux, aux éternels réseaux franco-africains, en l’occurrence, les réseaux de l’Internationale socialiste. Et puis, plus encore, peut-il échapper à l’histoire de France ? Quoi qu’il arrive, qu’on soit de droite ou de gauche, quand on est président de la France, on doit répondre à de nombreuses sollicitations des États africains. C’est ce qui s’est passé avec le Mali : dans le livre, je raconte comment, début janvier 2013, François Hollande était encore décidé à ne pas envoyer de troupes françaises en Afrique. Et puis, face aux réalités, face à l’urgence, il a dû se résoudre à faire comme ses prédécesseurs, c’est-à-dire envoyer les militaires français en Afrique. Au fond, le socle de sa pensée sur l’Afrique, on le trouve chez Mitterrand. Je revisite attentivement son passé avant 2012 et ses premières expériences politiques des années 1980 quand il était conseiller à l’Élysée. François Hollande est profondément marqué par la pensée de François Mitterrand sur l’Afrique. Celle du maintien d’une présence française sur le continent africain.

La France a-t-elle aujourd’hui les moyens de ses ambitions en Afrique ? Et l’approche militaire ne l’emporte-t-elle pas sur l’approche diplomatique ?

Dans ce livre, j’essaye de montrer que François Hollande, malgré tous ses efforts, ne peut empêcher les militaires de prendre une place prééminente dans la politique africaine de la France. J’explique notamment le poids de certains hommes de son entourage : Jean-Yves le Drian, le ministre de la Défense, Cédric Lewandowski, son directeur de cabinet, Benoît Puga, son chef d’état-major particulier. L’opération Serval, qui a marché parce qu’elle était une opération courte contre un ennemi à effectifs réduits, a été un révélateur parce qu’elle a montré les limites de l’exercice : si elle continue de diminuer les crédits de l’armée, la France ne sera plus en mesure de projeter une force outre-mer. Mais ne croyez pas pour autant que le « complexe militaro-industriel » force la main de Hollande. On voit une étroite complicité entre un Président profondément mitterrandien — donc profondément attaché au rôle historique de la France dans le monde et à sa présence en Afrique — et un complexe militaro-industriel qui maintient ses objectifs, que cela soit sous un gouvernement de droite ou un gouvernement de gauche.

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