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Politique

Bénin, enfin la décrispation ?

Plusieurs personnalités politiques écrouées pour atteinte à la sûreté de l’État, mais non encore jugées, ont été libérées ce 14 juin 2022. Ce signe d’apaisement politique intervient après les rencontres entre le président Patrice Talon et ses prédécesseurs.

 

Par Laurent Allais

À quelques mois des élections législatives, prévues le 8 janvier 2023, les appels à une vie politique apaisée se multiplient, au Bénin. Accusé de dérive autoritaire, depuis de nombreux mois, le président Patrice Talon va-t-il convaincre de ses bonnes vertus républicaines ? Un signe a été donné en ce sens par la rencontre entre le chef de l’État et son prédécesseur – et opposant –, Boni Yayi, le 13 juin 2022. Dès le lendemain, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme ordonnait la « libération provisoire » de 17 détenus emprisonnés pour « atteinte à la sureté de l’État ». Parmi eux, des militaires et un membre du parti de Sébastien Adjavon.

Peut-on s’attendre à d’autres développement, et notamment à l’élargissement des deux grands figures de l’opposition que sont Reckya Madougou et le professeur Joël Aïvo ? Le Bénin reste suspendu à un éventuel geste de clémence de Patrice Talon.

« Ce genre d’échanges sont utiles », commentait Patrice Talon après la visite de Boni Yayi. « J’ai rencontré, voici, quelques jours, le président Nicéphore Soglo (1991-1996), nous avons eu les mêmes échanges dans une ambiance très conviviale, très fraternelle. » Les deux hommes ont échangé « sur le coût de la vie, la cohésion sociale, l’insécurité, la paix politique et tout ce que cela comporte », a-t-il précisé.

Pour sa part, Boni Yayi a évoqué « un tour d’horizon sur des sujets actuellement sur la table, et qui ont trait à la consolidation de la paix ». Les deux hommes s’étaient déjà rencontrés en septembre 2021, après des mois de tensions dans le pays et entre les formations politiques. Boni Yayi avait plaidé pour la libération de plusieurs prisonniers politiques et le retour des expatriés, appelant de ses vœux une concertation des élites béninoises afin de parvenir à la décrispation du climat politique. Patrice Talon a également reçu, ces derniers jours, le président de l’Assemblée nationale et ses prédécesseurs, les ambassadeurs de l’Union européenne et d’autres personnalités.

 

Un processus électoral modernisé

Des initiatives plutôt bien perçues par la classe politique. Du côté du parti Les Démocrates, d’opposition, on accueille « positivement cet acte ». Selon l’un de ses dirigeants, Nourénou Atchadé, les anciens présidents ne peuvent pas rencontrer Patrice Talon sans lu parler de paix ou des « prisonniers et exilés politiques ».

 « Ce qui reste, c’est la volonté politique, parler d’apaisement du bout des lèvres n’amènera nulle part. Nous souhaitons de décisions fortes », confie-t-il à la chaîne privée Canal3 Bénin. À son sens, ces décisions iraient à l’avantage du Président, plus que des personnes qui seront libérées. Et l’opposant d’appeler Patrice Talon à rencontrer l’ensemble des partis politiques et des représentants de la société civile, à l’image du travail effectué par le médiateur de la République, Pascal Essou.

Les principaux partis fourbissent leurs armes à l’approche des élections, s’inquiétant à l’avance de la sincérité du scrutin. Les uns souhaitant par exemple la plus grande transparence possible dans la composition de la « liste électorale informatisée » qui sera utilisée par les bureaux de vote le 8 janvier 2023. Au cours d’une réunion avec la Commission électorale autonome (Céna), le 14 juin, les responsables des partis politiques ont soulevé plusieurs préoccupations liées à la pièce d’identification devant servir le jour du vote, la réalisation de la liste électorale informatisée et à la sélection des agents des postes de vote, entre autres.

Certains partis appellent à la rédaction et à l’adoption d’un « Code de déontologie » que chacun aurait à respecter…

Depuis les lourdes condamnations des opposants Reckya Madougou et Joël Aivo, les voix du Bénin appellent à l’apaisement, à commencer par l’Église.

Les prisonniers libérés le 14 juin avaient placés sous mandat de dépôt en février 2020 au motif de « complot contre la sureté de l’État, association de malfaiteurs, non dénonciation de crime et complicité ». Ils n’ont toujours pas été jugés, leur dossier restant en instruction. C’est pourquoi leur liberté reste donc « provisoire ».

Peut-on s’attendre à d’autres développement, et notamment à l’élargissement des deux grands figures de l’opposition que sont Reckya Madougou et le professeur Joël Aïvo ? Le Bénin reste suspendu à un éventuel geste de clémence de Patrice Talon.

 @NA

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