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Politique

Benghazi au bord de la rupture…

Benghazi. Depuis plus d’un an, la ville vit au rythme d’une guerre civile urbaine qui n’en finit pas. La seconde ville libyenne est devenue un terrain d’affrontements où le combat entre djihadistes et militaires semble sans fin.

Pour comprendre le morcellement de Benghazi, il faudrait avoir recours au split-screen, cette technique cinématographique qui consiste à diviser l’écran pour suivre différentes intrigues qui s’entremêlent. Scène de guerre, scène de vie quotidienne, scène de désespoir familial et scène de complot. La capitale de la Cyrénaïque possède différents visages mais un fil rouge : Khalifa Haftar. L’ancien général sous Kadhafi et, aujourd’hui, commandant suprême de l’autoproclamée Armée nationale libyenne, relais du Parlement de Tobrouk – reconnu par la communauté internationale – a lancé en mai 2014 l’Opération Karama (« Dignité ») pour se « débarrasser des terroristes » à Benghazi. Il a ainsi plongé la deuxième ville du pays dans une situation inextricable. Jusqu’à présent, la guerre a fait près de 2 000 morts selon l’ONG locale Libya Body Count.

À couvert dans une allée du marché pour grossistes d’Al-Arab, Nasser al-Barassi, le responsable militaire de Karama, regarde un entrepôt en feu après le tir d’une roquette. Il pointe les derniers étages des immeubles qui surplombent le marché où sont réfugiés des snipers djihadistes : « Ils sont là pour mourir, ils ne se rendront jamais. » Blasés, ses 150 hommes protègent tant bien que mal le site qui ressemble chaque jour davantage à un cadeau empoisonné qu’à un trésor de guerre. Pourtant, à regarder une carte, les partisans de Karama auraient de quoi se réjouir. Depuis une puissante offensive lancée à l’automne, ils contrôlent environ 80 % de Benghazi. Sauf que les poches de résistance paraissent imprenables.

La place Tahrir aux mains de l’État islamique Il y a d’abord les quartiers emblématiques comme As-Sabri et Souq al-Hout où se trouve la place Tahrir, départ de la révolution et lieu de parade pour Nicolas Sarkozy et David Cameron en septembre 2011 pour fêter la victoire sur Kadhafi. Ces zones sont ravitaillées par la mer et ne peuvent être facilement assiégées. Ailleurs, les djihadistes de l’État islamique (EI) ou d’Ansar al-Charia, soutenu par Aube libyenne, coalition de brigades au pouvoir à Tripoli, ont choisi des quartiers où les immeubles sont suffisamment hauts pour y installer des tireurs d’élites. « Nous avons le soutien de l’armée de l’air mais nous ne pouvons pas bombarder tous les immeubles, des civils vivent dedans », explique Hamed Bilkhaïr, responsable du 1er Bataillon de Benghazi, très proche de Khalifa Haftar. Dans son dernier rapport, l’ONG Human Right Watch exige des belligérants des couloirs humanitaires « pour permettre aux civils de quitter les lieux en toute sécurité et faciliter l’acheminement crucial d’aide humanitaire ».

À défaut de couloir humanitaire, les Benghaziotes disposent encore de quelques endroits de liberté. Comme le périmètre qui englobe le café Lavazza et le restaurant Le Bosphore, au sud du centre-ville. Ces deux lieux sont préservés des combats même si le bruit régu-lier des armes lourdes et la présence de barrages à quelques centaines de mètres incitent à rester sur ses gardes. Au restaurant, les clients peuvent profiter du savoir-faire des cuisiniers dont certains officiaient dans les hôtels de luxe aujourd’hui fermés. Au café, les consommateurs profitent d’une excellente connexion Internet par satellite pour échanger des nouvelles avec l’extérieur ou simplement passer le temps à la terrasse ou sur les fauteuils molletonnés à l’intérieur. Outre le bruit des combats, l’empilement des ordures le long des rues est le second indice de la triste réalité depuis ce havre de paix. Non payés depuis le début de l’année, les éboueurs sont en grève et la principale déchetterie est située dans une zone tenue par l’EI.

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