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Politique

Bamako pose ses conditions à la libération des militaires ivoiriens  

Bamako pose ses conditions à la libération des militaires ivoiriens  
  • PubliéSeptember 12, 2022

Le gouvernement malien « de transition » demande l’extradition au Mali de ressortissants recherchés par la justice, en l’occurrence de proches de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta. La Côte d’Ivoire juge inacceptable cette condition préalable à la libération des 46 soldats ivoiriens détenus à Bamako.

 

Le ton monte, et le caractère houleux des négociations s’étale sur la place publique. La Côte d’Ivoire considère désormais que ses 46 soldats encore détenus au Mali sont des « otages ». Ce terme fait suite aux propos du président malien qui conditionne explicitement leur libération à l’extradition de personnalités maliennes réfugiées à Abidjan.

« Au moment où la Côte d’Ivoire demande la libération de ses soldats, elle continue de servir d’asile politique à certaines personnalités maliennes faisant l’objet de mandats d’arrêts internationaux émis par la justice », a déclaré le chef de la junte malienne, Assimi Goïta, le 9 septembre. « Ces mêmes personnalités maliennes bénéficient de la protection de la Côte d’Ivoire pour déstabiliser le Mali », juge le colonel. Il faisait allusion principalement à Karim Keïta, fils de l’ancien président « IBK », et à Tiéman Hubert Coulibaly, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères, entre 2012 et 2018. Avec l’ancien Premier ministre Boubou Cissé et l’homme d’affaires Mamadou Igor Diarra, également réfugié en Côte d’Ivoire, Tiéman Hubert Coulibaly est poursuivi pour faux et usage de faux, atteinte aux biens publics et complicités, dans l’affaire dite « Paramount ». Des dizaines de milliards de francs CFA auraient été détournées dans une série de commandes de fournitures militaires surfacturées, enquête la justice malienne.

« Nous privilégions toujours la solution diplomatique, il faut éviter la politique du pire », confie un proche de la présidence ivoirienne à l’AFP. Qui lâche néanmoins que l’attitude des Maliens constitue « une prise d’otage qui ne restera pas sans conséquence ; notre position est claire, ce marché est inacceptable ».

La question des soldats ivoiriens sera sans doute évoquée ces prochains jours, lors du sommet extraordinaire de la CEDEAO, qui doit se tenir en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York.

Pourtant, les négociations semblaient prendre une bonne tournure, ces derniers jours. Le week-end du 3 septembre, trois soldats ivoiriens – trois femmes – avaient été libérés, pour des motifs « humanitaires » ce qu’Abidjan avait interprété comme un geste de bonne volonté. Les 49 soldats ivoiriens, que Bamako qualifie de « mercenaires », ont été arrêtés le 10 juillet 2022.

 

Une issue durable ?

Pour le nouveau Premier ministre malien, le dossier est « éminemment judiciaire ». Mais pas que : le colonel Abdoulaye Maïga (photo) a également dénoncé, sur la télévision d’État, que les Maliens visés par des mandats d’arrêt utilisaient la Côte d’Ivoire « comme terrain en vue d’attaquer ou de perturber la transition ». Du côté du pouvoir malien, on assure pourtant vouloir trouver une « issue durable » à ce dossier, pour lequel le Togo joue le rôle de médiateur, afin de ne pas compromettre la période de transition.

Pendant ce temps, les autorités maliennes vantent dans les médias et les réseaux sociaux les « FAMA », Forces armées maliennes. Et se montrent particulièrement discrètes sur les agissements des alliés russes de Wagner. Dont il semble difficile désormais de cacher qu’ils se livrent à des exactions dans les régions où ils sont censés aider à combattre le djihadisme. Certains médias relatent les pillages, meurtres et viols opérés dans de nombreux villages. Tandis que l’on prête aux mercenaires de Wagner l’intention de mettre la main sur des concessions minières, voulant reproduire le schéma de collaboration avec la Centrafrique.

 

Encadré

La presse française, voix de la Françafrique ?

Dans le numéro de septembre 2022 du Monde diplomatique, les journalistes André-Michel Essoungou et Fanny Pigeaud s’interrogent sur le manque de nuances, selon eux, de la presse française à l’égard de l’Afrique. Ils reprochent aux journalistes de se contenter des versions de l’Élysée ou du Quai d’Orsay dans de nombreux dossiers, qu’il s’agisse du soutien trop affirmé de la France à Alassane Ouattara face à Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, en 2011, ou de la présence militaire de la France au Mali, ces dernières années.

Selon eux, les médias auraient trop vite épousé la thèse du bien-fondé de l’opération Serval ou de l’opération Barkhane, sans trop s’interroger sur les conséquences de la présence militaire française au Sahel. Et n’auraient pas compris – voire auraient involontairement favorisé –, le ressentiment anti-Français en Afrique subsaharienne. « Cette myopie volontaire ou imposée donne des airs de répétition sans fin à l’actualité du continent, où coups d’État et conflits s’enchaîneraient et obligeraient la France de voler au secours de pays en prétendu danger », concluent les auteurs.

Accusations fondées ou exagérées ? À lire ICI

L’occasion – oubliée par Le Monde diplomatique – de rappeler que le journaliste français Olivier Dubois est otage au Mali depuis le 8 avril 2021, enlevé par un groupe djihadiste.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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