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Politique

Azali Assoumani réélu président des Comores

Azali Assoumani réélu président des Comores
  • Publiéjanvier 17, 2024

Dès le premier tour, le président sortant Azali Assoumani gagne le droit d’entamer un troisième mandat consécutif. Un résultat contesté par l’opposition et dont l’annonce a provoqué des incidents à Moroni.

 

Des manifestations ont éclaté à Moroni, la capitale des Comores, quelques heures après l’annonce de la victoire d’Azali Assoumani à l’élection présidentielle. Au terme d’un scrutin boudé par les électeurs – la participation n’est que de 16,30 %, sur 340 000 inscrits –, le président sortant l’emporte avec 62,97% des voix, dès le premier tour. Un résultat contesté par l’ensemble de l’opposition.

Des habitants de Moroni sont descendus dans les rues, ont parfois dressé des barrages faits de morceaux de bitumes, de pneus ou d’appareils électroménagers, rapporte l’AFP. Ce, en dépit d’une forte présence de gendarmes mobiles et de militaires. Lesquels invitent la population à regagner ses foyers, usant à l’occasion de gaz lacrymogènes. De fait, certains endroits habituellement animés sont déserts, tandis que certaines rues sont encore bloquées.

Azali Assoumani préside l’Union africaine depuis février 2023 ; le nom de son successeur sera connu lors du prochain Sommet de l’UA, prévu les 17 et 18 février 2024.

Le porte-parole du gouvernement a dénoncé des troubles qui ne sont pas « spontanés » : « C’est organisé par ceux qui n’avalent pas la défaite », a déclaré à la presse Houmed Msaidie. Qui n’a pas précisé le nombre de personnes arrêtées. Dès l’annonce des résultats, il avait prévenu, en parlant de l’opposition : « Ils ont été vaincus. Qu’ils ne tentent pas d’être en d’être en colère, nous ne laisserons pas faire. »

De son côté, l’opposition dénonce des fraudes et des « bourrages d’urnes ». Peu de chances, pourtant, que l’élection soit invalidée par la Cour suprême.

D’ailleurs, les observateurs de l’OIF (Organisation internationale de la francophonie) et de l’Union africaine estiment que la présidentielle s’est « globalement déroulée de manière libre et transparente ». Ces deux organismes avaient rendu un rapport avant même la publication des résultats.

 

Un putschiste repenti ?

Certes, les observateurs ont signalé des problèmes de livraison de matériel électoral, quelques retards, parfois importants, dans l’ouverture des bureaux de vote, ainsi que l’absence de noms sur les listes électorales. Toutefois, concluent-ils, le scrutin s’est surtout déroulé « dans la paix » et « sans incident majeur ». Les observateurs ont refusé de se prononcer quant aux vidéos circulant sur les réseaux sociaux, montrant des bourrages d’urnes. Pas plus qu’ils n’ont répondu aux accusations de détournement d’urnes signalé dans l’île d’Anjouan. Les observateurs assurent que tous les candidats étaient « bien représentés la plupart du temps » dans les bureaux de vote, rapporte RFI qui signale « des incohérences » entre les résultats et les chiffres de la participation. Les candidats de l’opposition gardent la possibilité de procéder à des recours. Pour l’heure, ces candidats gardent le silence, prenant soin de ne pas soutenir publiquement les mouvements de rue.

Né le 1er janvier 1959 dans une famille d’agriculteurs de Mitsoudjé, dans l’île de Grande Comore, Azali Assoumani a d’abord fait carrière dans l’armée. Il a été formé à l’Académie royale militaire marocaine de Meknès et à l’École de guerre de Paris. Il franchit progressivement tous les échelons de l’armée. En 1999, il s’empare du pouvoir par un coup d’État, dans un pays qui en a compté tant, depuis son indépendance en 1975. Azali Assoumani explique son intention d’éviter une guerre civile, devant les velléités d’indépendance de l’ile d’Anjouan.

De fait, le putschiste rétablit la démocratie et organise des élections libres en 2002, qu’il remporte. Il ne se représente pas en 2006 mais revient en politique en 2008, alors que les Comores traversent une nouvelle crise, des tensions séparatistes secouant à nouveau l’archipel. Dans un livre qu’il publie alors, Quand j’étais président, Azali Assoumani se montre en modèle de démocrate. En 2016, il se présente à la présidentielle, qu’il gagne de justesse. Et fait aussitôt modifier la Constitution pour avoir la possibilité de se représenter, mettant fin au principe de la présidence tournante entre les trois îles qui composent le pays (Grande Comore, Mohéli, Anjouan). Bien vite, il engage des poursuites judiciaires contre ses principaux rivaux, à commencer par l’ancien président, populaire, Ahmed Abdallah Sambi.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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