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Politique

Azali Assoumani (Président de l’Union des Comores) : Le pays a besoin de tout le monde

À quelles conditions ? On a vu des pays que la Chine a mis en difficulté… 

Les conditions ne sont pas exorbitantes, puisque nos partenaires chinois vont investir, gérer, récupérer l’argent qui leur revient, tout en nous laissant la propriété des infrastructures. Dans le cadre d’un accompagnement d’une entreprise chinoise, l’État chinois lui-même peut servir d’arbitre. D’où l’intérêt de traiter avec des pays amis comme la Chine ou la France. C’est très important en cas de difficulté avec la société contractante. Le gouvernement peut alors servir d’intermédiaire. Je profite de l’occasion de cet entretien pour réitérer mon invitation aux entreprises françaises, à qui je dis : « Venez, vous êtes chez vous ! » En cas de problème, nous pourrons discuter avec le président Macron pour trouver une solution. 

Pour en revenir à ce projet chinois, celui-ci comporte deux possibilités : soit nous donnons l’argent, soit ce sont les Chinois qui le donnent. En ce cas, nous discuterons de la meilleure façon de les rembourser. Selon l’un ou l’autre cas, nous aurons à déterminer qui se verra attribuer la responsabilité de la gestion des sites. Dans tous les cas, nous sommes déjà tombés d’accord sur le lancement du chantier. 

Vous êtes très discret en ce qui concerne la découverte de gaz et de pétrole. Comment comptez-vous faire pour ne pas tomber dans la « malédiction » que connaissent les pays producteurs de ces matières premières ? 

Vous venez vous-même de répondre à la question que vous me posez… Permettez-moi de vous donner l’exemple de la Norvège, qui exploite son pétrole. Les Comores feront de même. J’ai été formé par le roi du Maroc, feu Hassan II. Son pays est le seul de la région qui n’a pas de pétrole, mais il a formé des gens de manière à ce que le pétrole soit exploité à bon escient, si un jour on en trouve. 

On fait toujours la politique de sa géographie. Vous avez des pays partenaires tellement grands qu’ils risquent de vous mettre sous influence ou sous contrôle indirect… Comment pensez-vous pouvoir garder votre marge d’autonomie dans un univers d’influences ? 

C’est une très bonne question ! Pour ma part, ne vous inquiétez pas, je saurai faire le nécessaire. Le principal problème est celui de la continuité de l’État. C’était d’ailleurs la difficulté principale engendrée par la règle du mandat de quatre ans non renouvelable. Sur une période de dix ans, il est possible d’instaurer une continuité qui sera suivie par celui à qui je remettrai le flambeau. Car ceux qui viennent investir ici le font pour gagner de l’argent. Il faut donc construire avec eux une relation gagnant-gagnant. 

Ceux qui s’installent aux Comores, par exemple pour le pétrole, ne viennent pas pour rester dix ans. Ils viennent pour cinquante ans, voire plus. C’est la raison pour laquelle il sera important pour mon successeur d’assurer une continuité, en respectant les accords initiaux passés avec ces acteurs. Jusqu’à présent, dans notre pays, la continuité de l’État a été ignorée. Par exemple, en 2003, j’ai créé l’université des Comores qui, lors de mon départ en 2006, offrait un cursus qui allait jusqu’à la maîtrise. Ce degré a été supprimé, de telle sorte que mon fils, par exemple, qui avait passé sa licence en droit au Maroc a dû poursuivre ses études à Madagascar pour obtenir sa maîtrise. L’absence de continuité de l’État, chez nous, est un scandale auquel j’entends mettre fin. L’université est faite pour tous les Comoriens, pas seulement pour les enfants d’Azali ! 

On sent une énergie en vous… Mais comment éviter l’ivresse du pouvoir ? En dix ans, on risque de se laisser griser par un sentiment de superpuissance… 

Rassurez-vous, certains restent au pouvoir beaucoup plus longtemps, trente ans, quarante ans… Je ne les prends par pour exemple, bien sûr ! Mais vous savez, en 2006, j’avais la capacité de modifier la Constitution dans le sens d’une possibilité de renouveler le mandat. Je ne l’ai pas fait et je suis parti en passant le relais à un Président qui n’était pas de mon parti. Malheureusement, mon successeur a bouleversé tout ce que j’avais mis en place. Dix ans plus tard, il n’y avait plus d’électricité ! 

Notre mission, aujourd’hui, est de reconstruire ce pays qui appartient à tout le monde. Nous devons faire en sorte que ceux qui viendront par la suite prendront le relais pour aller de l’avant. C’est la raison pour laquelle tous les projets que nous mettons en oeuvre devront s’inscrire dans une infrastructure et des mesures d’accompagnement à même de rassurer les promoteurs, quant à notre volonté d’aller de l’avant ; il ne s’agit plus de faire un pas en arrière après chaque pas en avant. Je ne pense pas qu’une durée du pouvoir trop courte soit une bonne chose.

Je l’ai dit un jour à un Américain en m’étonnant qu’un si grand pays limite à ce point la durée de pouvoir de ses présidents. Il m’a répondu que certains sénateurs étaient en fonction depuis 50 ans… Et je me suis rendu compte que l’homme, c’est l’homme, que ce soit en Afrique ou en Amérique ou en Europe. Effectivement, l’usure du pouvoir n’est pas une bonne chose non plus et je peux vous rassurer sur ce point, en vous rappelant, à nouveau, que je suis parti en 2006. Je suis revenu au pouvoir, mais je vous le répète également : mon grand espoir, c’est d’être arrivé par les pieds et de repartir par les pieds.

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