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Politique

Azali Assoumani (Président de l’Union des Comores) : Le pays a besoin de tout le monde

Un mois de campagne électorale, et à présent, du temps devant vous… Comment comptez-vous réformer ce pays à la hauteur des ambitions qu’il mérite ? 

J’ai dit à tout le monde, pendant cette campagne, que le plus dur restera à faire, une fois élu. Nous étions treize candidats, mais demain, je voudrais que nous soyons tous unis pour le développement du pays. Cela ne peut pas être le fait d’une seule personne. Chaque Comorien a sa part à apporter. Le programme politique sur lequel nous avons été élus en 2016 a commencé à être mis en oeuvre, notamment sur le développement des infrastructures et de l’énergie. Nous allons continuer pour mener le pays sur la voie de l’émergence. En quoi consiste l’émergence ? Il s’agit de convaincre les acteurs économiques que nous allons leur donner les moyens de s’épanouir dans un pays, qui est certes un petit pays par sa taille, mais qui appartient à une zone représentant un marché de 600 millions de personnes ! C’est à nous de créer les conditions de permettre à l’opérateur qui s’installera à Moroni de pouvoir se développer sur ce marché. Nous allons notamment améliorer le Code des investissements et, avant toute chose, faire en sorte que le pays puisse bénéficier d’une situation satisfaisante sur le plan de la sécurité, sans laquelle rien n’est possible. 

Comment faire bouger les lignes, alors que la société comorienne est recluse de conservatisme, dans des positions figées, dans des monopoles… ? Comment, à cet égard, redonner de l’espoir aux jeunes qui constituent 65 % de la population ? 

Vous avez raison, les Comores sont un pays très conservateur. La première des solutions passe par l’éducation. Nous avons déjà engagé une première réforme de l’éducation dans les îles où l’État, auparavant, n’était en charge que des universités. Nous allons, à présent, y gérer le système scolaire dans son ensemble. Pour cultiver le civisme et le patriotisme, lutter contre le communautarisme et le conservatisme, nous avons besoin d’une éducation qui soit véritablement nationale. Mais cela nécessite des investissements importants, notamment à Anjouan, qui est une région très montagneuse. Par des actes concrets, nous réussirons à combattre ce conservatisme qui mine le pays. 

C’est toute la question du financement… Comment comptez-vous drainer des capitaux vers le pays ? 

Les capitaux sont là ! Des milliardaires ont de l’argent, dont ils ne savent pas quoi faire. Ils ne vont pas le manger ! Mais, effectivement, ils ont besoin que leurs investissements produisent du profit en retour. Tout le problème est là. C’est à nous de les convaincre de venir chez nous. Nous avons demandé au gouverneur de la Banque centrale de convaincre des banquiers de venir s’installer ici.

Tous les projets que nous mettons en oeuvre devront s’inscrire dans une infrastructure et des mesures d’accompagnement à même de rassurer les promoteurs, quant à notre volonté d’aller de l’avant ; il ne s’agit plus de faire un pas en arrière après chaque pas en avant.

Quand je suis arrivé au pouvoir, il n’y avait qu’une seule banque aux Comores. Aujourd’hui, elles sont quatre. Pour continuer dans ce sens et convaincre les banques de venir s’installer ici, nous devons modifier le Code des investissements. Nous pourrions aussi peut-être rejoindre la zone franc CFA, ce qui constituerait pour les investisseurs une garantie appréciable. Nous nouons également de nombreux partenariats avec des pays riches tels que l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la France et nous pouvons les convaincre de faire venir des banques ou financer eux-mêmes certains de nos projets. 

Un financement suppose aussi une capacité d’absorption du pays, le montage de dossiers, etc. Les Comores et ses élites sont-ils préparés à affronter cette dimension complexe ? 

En ce qui concerne l’État lui-même, nous avons tout de même des cadres compétents. C’est d’ailleurs grâce à eux que nous avons été en mesure d’organiser nous-mêmes nos élections, alors qu’il fallait autrefois s’en remettre à des pays étrangers, pas seulement en tant qu’observateurs, mais en tant qu’organisateurs ! Nous avons de nouvelles capacités en matière de ressources humaines. Nous devons encore faire des progrès en matière de lutte contre la corruption. Nous rencontrons aussi des problèmes d’assiduité au travail de certains de nos cadres. Sur ces deux aspects, il est vrai que nous devrons faire appel à un accompagnement et à une expertise internationale, mais pour le reste, je fais confiance à notre expertise nationale pour aller de l’avant. 

Pour ce qui est du secteur privé et des opérateurs étrangers, nous ne rencontrons pas ce problème. Ce sera au gouvernement d’accompagner ces acteurs, en favorisant un État de droit qui leur donne accès à une justice indépendante et à une administration qui fonctionne de façon efficace. Là encore, c’est en luttant contre la corruption que nous pourrons encourager ces acteurs à venir chez nous. 

Les principaux indicateurs sociaux sont, dans le cas des Comores, particulièrement faibles. Comment comptez-vous construire le développement sur des bases solides, notamment en matière de formation et d’éducation ? 

Il faut tout de même relativiser : tous les indicateurs ne sont pas si mauvais, surtout si nous nous comparons à d’autres pays. Je pense au PNB, notamment. Certes, nous devons améliorer nos indicateurs, et nous y travaillons, mais je ne vous cache pas que je n’ai pas particulièrement apprécié que certains médias aient présenté les Comores comme l’« un des dix pays les plus pauvres du monde ». Ce n’est pas vrai ! L’un des pays les plus petits, oui, mais pas l’un des plus pauvres. Je tiens à vous rassurer : nous travaillons pour améliorer nos indicateurs, et nous pouvons y arriver, dans un esprit de complémentarité et de partenariats bilatéraux ou multilatéraux destiné à restaurer la confiance. Nous avons déjà beaucoup avancé. 

Votre action va se situer entre l’urgence et le temps long : le pays a besoin d’une élite efficace, de réseaux d’infrastructures, de la transformation et de la modernisation de son agriculture, etc. Comment comptez-vous gérer ce hiatus entre l’urgence et le temps long qu’exigent les grandes actions ? 

Nous devons faire les deux. Si vous prenez trop de temps à faire les choses, l’urgence peut vous rattraper. Mais vous ne pouvez pas non plus être tout le temps le nez dans le guidon. Vous ne pouvez pas non plus faire des promesses à échéance de dix ou vingt ans à quelqu’un qui n’a pas aujourd’hui de quoi se nourrir ou se soigner correctement. Nous devons commencer par assurer à chacun un minimum vital garanti pour pouvoir nous projeter à plus longue échéance. 

Pour ce qui est de l’urgence, nous avons agi dans le domaine de l’énergie et des infrastructures. Nous avons signé un contrat d’énergie renouvelable avec les Émirats arabes unis, portant sur 20 mégawatts qui seront installés d’ici à deux ans. Avec la BAD, également, dans la géothermie, et avec la Chine, dans l’hydraulique. Nous disposons de toutes les sources d’énergie renouvelables, l’eau, le vent, le soleil, la mer, etc., et les chantiers sont lancés grâce à nos partenaires. En ce qui concerne les infrastructures, nous ne nous préoccupons pas que des routes, car nous sommes un ensemble d’îles. Les infrastructures portuaires et aéroportuaires ne sont donc pas à négliger. Nous travaillons donc actuellement, avec une compagnie chinoise, sur un projet de réaménagement de différents sites. 

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