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Politique

Azali Assoumani (Président de l’Union des Comores) : Le pays a besoin de tout le monde

Le président des Comores nouvellement réélu, Azali Assoumani, accorde à New African son premier entretien à la presse. Il expose sa vision de l’Archipel, qu’il souhaite débarrassé de son inertie et de ses divisions, et profitant davantage de ses ressources naturelles et humaines. 

Entretien avec Hichem Ben Yaïche 

Monsieur le président, vous voici réélu. Quel est votre état d’esprit au premier jour de votre nouveau mandat ? 

Naturellement, je suis satisfait. Mais je sais aussi que le travail commence maintenant, car je dois à présent répondre à la confiance que les Comoriens m’ont témoignée. Je n’ai pas le droit de les décevoir. Avant toute chose, je tiens à féliciter le peuple comorien de la maturité dont il a su faire preuve, à commencer par celles et ceux qui étaient en charge de l’organisation et du déroulement de l’élection, ainsi que les observateurs internationaux présents sur place qui nous ont aidés à aller de l’avant. Malgré quelques incidents, dans l’ensemble, les choses se sont bien passées. Nous nous félicitons, surtout, que la campagne électorale qui a duré un mois n’ait été perturbée par aucun incident. Je mesure maintenant la tâche qui est devant moi. 

Il y a eu des tensions, les candidats de l’opposition avaient choisi de se retirer… Aujourd’hui, vous êtes le président de tous les Comoriens. Comment allez-vous tendre la main à l’ensemble du pays ? 

Sans aucune prétention, j’ai un peu d’expérience politique ! J’ai connu des moments où j’avais toute l’opposition contre moi, où l’un de ses représentants avait pour slogan « TSA », « Tout sauf Azali ». J’ai néanmoins proposé un rassemblement aux oppositions avant de me présenter aux élections de 2002, ce que certains ont accepté : de 2002 à 2006, beaucoup de membres de l’opposition ont fait partie de mon gouvernement, et nous avons travaillé ensemble.

Notre mission, aujourd’hui, est de reconstruire ce pays qui appartient à tout le monde. Nous devons faire en sorte que ceux qui viendront par la suite prendront le relais pour aller de l’avant. 

Je me suis mis en retrait de 2006 à 2016, et je suis revenu en tant qu’opposant au pouvoir de l’époque. J’ai à nouveau gagné les élections, et j’ai à nouveau tendu la main. Ceux qui ont accepté cette main tendue ont rejoint mon gouvernement. Et c’est ce que je compte faire, une nouvelle fois. Je dis à tout le monde que le pays a besoin de tout le monde. C’est une maison que nous construisons, à laquelle chacun doit apporter sa pierre. Tout est maintenant une question de pédagogie : comment les convaincre de me rejoindre ? Car j’en ai grandement besoin, je ne vous le cache pas. 

Comment expliquez-vous, alors, cette image d’homme autoritaire qui vous colle à la peau ? 

Le mot autoritaire ne me dérange pas. Dictateur me dérangerait davantage ! Vous savez, j’ai été éduqué dans l’autorité. Mes parents étaient autoritaires, et je ne le regrette pas, car c’est ce qui m’a appris la discipline. L’autorité n’est pas une chose mauvaise en soi. Ce qui est mauvais, bien entendu, c’est la dictature.

Un proverbe arabe dit que « rien ne vaut que les yeux ». Mais on confond trop souvent les yeux – ce qu’on voit réellement – avec « l’image », telle qu’elle est véhiculée par la télévision ou les réseaux sociaux, une image qui peut devenir mensongère. Les gens qui viennent voir réellement ce qui se passe ici ont la preuve que cette image de « dictateur », que certains veulent me donner, ne repose sur rien. 

Le changement de Constitution vous donne un horizon sur le temps long, jusqu’à dix ans. Vous ne craignez pas de subir l’usure du pouvoir ? 

Ce n’est pas à moi que la Constitution donne quelque chose, c’est aux Comoriens. Je ne suis pas un roi. J’ai été président, je suis parti durant dix ans. Et je repartirai. Comme on dit chez nous, « on entre par les pieds et on sort par les pieds ». Et je souhaite que lorsque je partirai, celui qui prendra ma place assume la continuité de l’État. Le changement de Constitution n’a pas été fait pour moi, mais pour le pays. 

Ce changement s’inscrit dans un esprit de sagesse dans la mesure où un mandat de cinq ans renouvelable représente la moins mauvaise des solutions. Qui peut prétendre que vous pouvez tout faire en quatre ans ? Rien que l’étude d’un projet demande quatre ans. Et elle prend dix ans lorsqu’il s’agit de projets pétroliers. La modification de la Constitution va donc donner le temps de travailler à celui qui a été choisi par les Comoriens et va lui donner aussi le temps d’exceller et de pouvoir présenter son bilan. Le renouvellement de mandat va permettre ainsi de juger pleinement de l’action présidentielle, ce qui n’était pas possible après un unique mandat de quatre ans. 

Pour éviter le risque de séparatisme, comment comptez-vous associer les différentes îles qui présentent, chacune, une identité bien spécifique ? 

Je tiens à vous rassurer : nous avons tourné la page, et le séparatisme appartient désormais au passé. Le séparatisme procédait d’une manipulation, peut-être compréhensible, mais qui n’était pas légitime. Nous avons géré pendant quinze ans cette question du séparatisme et nous nous sommes donné les moyens de tourner la page. En réalité, la question n’est pas celle du séparatisme, mais celle de la précarité. Je vous concède que nous avons commis une erreur en concentrant tous les pouvoirs et tous les services dans la capitale. Par la décentralisation, nous allons apprendre aux Comoriens le sens de l’État et nous rapprocher de la population. Et par les investissements dans les îles, nous allons lutter contre la précarité. C’est par ces deux actions que nous tournerons définitivement la page du séparatisme. 

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