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Politique

Tlemçani parle de l’opposition

Rachid Tlemçani, parler d’opposition revient à parler d’élite. On a l’impression qu’aujourd’hui, le pouvoir n’a même plus besoin de corrompre cette élite, qu’elle est devenue soit invisible, soit inoffensive. Pourquoi ?

 Après la victoire électorale du président Bouteflika pour un quatrième mandat, une nouvelle dynamique politique, inédite, s’est mise en marche. On voit des partis politiques, chefs de gouvernements et militants islamiques de l’ex-FIS tenter de s’organiser en une opposition politique.

Mais cette opposition issue du sérail est inoffensive. Pire, elle donne finalement une certaine légitimité au clan présidentiel, légitimité qu’il n’a pas pu acquérir par les urnes. L’opposition pratique la diversion pendant que le pouvoir la laisse « travailler » dans un cadre qu’il a lui-même défini, et qu’au niveau international, il peut se servir de cette opposition structurée et reconnue comme preuve de sa nature démocratique. 

Pourquoi cette opposition n’arrive-t-elle pas à s’émanciper des cadres fixés ? Par exemple, quand le pouvoir dit « on ne manifeste pas », personne ne sort dans la rue. Or le propre de l’opposition n’est-il pas de s’affranchir de ces contraintes ?

 Cette opposition ne peut pas s’émanciper du cadre établi par le pouvoir parce qu’elle fait partie du sérail. On assiste à une autre forme de lutte des clans pour s’approprier des leviers de commandes de la distribution de la rente. Rappelons que certains membres de cette opposition ont été au pouvoir pendant plusieurs années, d’autres, deux à trois décennies !

Les partis politiques de cette opposition ont bénéficié de quotas d’élus et de postes au gouvernement ! Objectivement, ils portent une part de responsabilité dans cette crise de légitimité. Ses membres bénéficient encore de rentes, passe-droits et privilèges. Tout compte fait, cette opposition n’est pas crédible aux yeux des Algériens qui sont livrés à eux-mêmes. Elle doit descendre dans la rue et s’impliquer dans les luttes si elle veut acquérir ses lettres de noblesse.

La plus grande force de ce système ne tient-elle pas à sa capacité à mettre en face de lui des contre-pouvoirs qu’il a lui-même créés, et qui, de fait, n’en sont plus vraiment… ?

La plus grande particularité du système algérien tient de sa capacité à atomiser les élites. Chaque groupe au pouvoir depuis 1962 jusqu’à nos jours a tenté de phagocyter toute action jugée préjudiciable à ses intérêts immédiats. À cette fin, il a mis en oeuvre plusieurs mécanismes et techniques, répression physique, intimidation, cooptation, manipulation, postes honorifiques, passe-droits et privilèges.

En clair, la politique de la carotte et du bâton est utilisée tous azimuts. La police politique est l’acteur clef de cette stratégie de pouvoir. Le pouvoir a créé un vide abyssal autour de lui. Très arrogant et sûr de lui, il n’a pas jugé utile de créer des contre-pouvoirs salutaires pour l’intérêt national.

« Qui n’est pas avec moi est contre moi » : l’allégeance doit être totale et absolue. À cette fin, il a créé autour de lui un monde virtuel de partis politiques, syndicats, associations, sénateurs, PDG, journalistes… Tout ce beau monde se rencontre dans le grand bazar et non pas dans le champ social. La crise des ressources humaines est plus terrible que la crise de la croissance économique.

Algérie Rachid Tlemçani est enseignant chercheur à la faculté de Science politique, université d’Alger III.

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