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Politique

Algérie où est l’opposition ?

Y a-t-il une opposition digne de ce nom en Algérie ? Ceux qui, parmi les élites, contestent le pouvoir, lui sont liés ou lui sont redevables. La contestation traditionnelle reste faible. Demeure celle de l’homme de la rue.

En Algérie, le seul véritable opposant à l’État a le visage de Monsieur tout le monde. Il bloque la rue en faisant brûler des pneus quand il n’a plus d’eau potable. Manifeste devant la mairie pour réclamer un logement. Menace de monter au maquis avec des armes.

Il est très difficile de distinguer la véritable opposition de celle qui travaille pour le pouvoir

Même au Département du renseignement et de la sécurité (DRS), chargé de surveiller les mouvements sociaux, cette image fait sourire. « C’est vrai, la population a trouvé mille et une façons d’interagir avec l’État et de faire pression sur lui, par l’émeute, les liens familiaux, les appartenances régionales, reconnaît un cadre du DRS. C’est pour cela qu’il a davantage peur de la contestation de la rue que des meetings des partis politiques. »

L’opposition politique, elle, a connu des jours meilleurs. « Un âge d’or de 1988 à 1992, sous le gouvernement réformiste de Hamrouche, qui a apporté beaucoup d’ouverture, précise Mustapha Atoui, de l’Association nationale de lutte contre la corruption. »

«Mais l’arrivée de Bouteflika et l’argent du pétrole qui, à la fin des années 1990, a permis de cor- rompre la majorité des hommes politiques, ont complètement changé la donne. Au point qu’aujourd’hui, il est très difficile de distinguer la véritable opposition de celle qui travaille pour le pouvoir. Car toutes les forces se sont liguées contre la première, à commencer par les médias, eux-mêmes instrumentalisés par les différents courants du régime.»

Ali Brahimi, porte-parole du Mouvement citoyen pour les libertés et le développement, y voit une autre origine, dès l’indépendance. « D’emblée, en 1962, la nature militaire et donc répressive du pouvoir qui s’est mis en place et la rareté des compétences ont assis une stratégie durable de fonctionnarisation des élites. Avec l’avènement du multipartisme, la subversion terroriste, sa répression et la fermeture du régime vont affaiblir considérablement l’opposition politique. L’absence de démocratie au sein de formations politiques « personnalisées » autour de zaims [chefs charismatiques] va démotiver les militants. »

Confrontés à une politique de clientélisation et de noyautage qui a conduit à l’implosion de plusieurs mouvements (l’héritage culturel berbère, le parti social-démocrate, les arouch en Kabylie, etc.), les contre-pouvoirs se sont, au fil des années, fragilisés au point qu’aujourd’hui, très peu d’entre eux arrivent à se structurer autour d’idées et de leaders.

L’opposition n’est plus en mesure de soutenir un rapport de force face à l’aisance financière, au monopole du pouvoir

«L’opposition n’est plus en mesure de soutenir un rapport de force face à l’aisance financière, au monopole du pouvoir et à la complaisance des puissances occidentales dont bénéficie le régime, poursuit, pessimiste, Ali Brahimi. Aujourd’hui, des opposants font appel à l’armée, celle-là même qui est à l’origine de l’impasse institutionnelle présente. D’autres marchent vers la compromission avec un clan du régime ou un autre.» 

«D’autres encore ont choisi de mettre dans un seul front les états-majors des oppositions islamistes et laïques sans pour autant avoir épuisé les divergences fondamentales des deux camps sur les questions essentielles et incontournables de citoyenneté, de sécularisation, de libertés individuelles et collectives, de droits de l’homme et de droits culturels et linguistiques amazighs. Mais peu d’opposants sont prêts à refaire le chemin ardu du retour au peuple pour le réorganiser et le mobiliser en vue de construire un rapport de force qui oblige le régime à négocier un vrai changement. » 

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