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Politique

Algérie : Entre espoir et méfiance

La persistance de ce mot d’ordre rassure, car beaucoup estiment avoir compris le jeu de l’armée et son désir de retourner l’opinion à sa faveur. « Le chef d’état-major veut divertir le peuple en lui présentant la démission de Bouteflika comme une victoire. Nous disons aux Algériens que la bataille n’est pas finie. Il faut refuser l’application de l’article 102. Nous sommes près d’une grande victoire et il ne faut pas que notre victoire soit détournée pour d’autres fins », analyse Sofiane Djilali, président du parti d’opposition Djil Jadid. Comme prévu par la Constitution, le président du Sénat, Abdelkader Bensalah, a été nommé Président par intérim, en attendant l’élection d’un nouveau président. Les Algériens redoutent que ce fauteuil ne constitue un strapontin, qui permettrait aux militaires de consolider leur pouvoir. 

En revanche, Le président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz, l’une des principales figures du régime visées par les contestataires, a présenté sa démission le 16 avril. Son remplacement par un magistrat, Kamel Feniche, a été immédiatement contesté par nombre Algériens. 

En finir avec « le régime du cachir » 

Le célèbre caricaturiste Ali Dilem a illustré le sentiment populaire dans un dessin ou l’on voit le président du Sénat, rapetissé à la taille d’un enfant, sur les genoux du chef de l’armée. La légende est pleine d’esprit : « Ben Salah » (le fils de Salah). Dans un autre croquis, le Hic, caricaturiste du journal El Watan, a représenté un fusil d’où sort un cachir (saucisse) avec un titre : « L’armée tire sa dernière cartouche. » 

La rue stigmatise de nouveau « les cachiristes » qui soutiennent l’armée, y compris parmi le personnel politique d’opposition. Parmi les plus critiqués, l’ancien Premier ministre et ex-candidat à la présidentielle de 2014, Ali Benflis.

En Algérie, le cachir est devenu le symbole de la corruption des masses. Des sandwichs contenant la fameuse saucisse avaient été distribués à la foule réquisitionnée lors d’un meeting, avant le début des manifestations populaires, en février dernier, pour applaudir la candidature de Bouteflika à un cinquième mandat. 

Aujourd’hui, la rue stigmatise de nouveau « les cachiristes » qui soutiennent l’armée, y compris parmi le personnel politique d’opposition. Parmi les plus critiqués, l’ancien Premier ministre et ex-candidat à la présidentielle de 2014, Ali Benflis, qui a approuvé la désignation d’un président intérimaire et l’organisation d’élections présidentielles dans les meilleurs délais.

« Des hommes qui seront comptables devant l’histoire, se sont improvisé agents du service après-vente de cette tentative de détournement de la volonté du peuple et expliquent qu’il est urgent de valider ce stratagème. Argument invoqué : il faut rapidement donner un pays un chef de l’État élu pour éviter une vacance trop longue de la présidence qui serait préjudiciable pour la nation. Ces individus pressés de se voir hélitreuillés par l’armée à El Mouradia, expliquent dans le même souffle que l’Algérie est restée sans président depuis 2013 au moins », a commenté Saïd Sadi, fondateur du RDC (Rassemblement pour la culture et la démocratie) dans une tribune.

Saïd Sadi, comme d’autres figures de l’opposition (les avocats Mokrane Aït Larbi et Mustapha Bouchachi) ont été huées lors des marches du 5 avril. Sur les réseaux sociaux, des commentateurs enflammés ont accusé le régime de vouloir les discréditer et priver la population de représentants qui peuvent porter ses revendications et assurer à transition vers la démocratie. 

Les interpellations, courant avril, des journalistes Meziane Abane et Mohamed Salah Lounes, de l’avocat Salah Debouz et du sociologue Hocine Djidel, ont également suscité des réactions virulentes. D’aucuns jugent que ces arrestations sont des tentatives pour étouffer le vent de liberté qui a commencé à souffler en Algérie.  

ENCADRE

Algérie : Quels hommes pour la transition ?

Mustapha Bouchachi dérange de plus en plus. Est-ce par ce que son nom figure en bonne place dans les listes des personnalités plébiscitées sur les réseaux sociaux pour diriger la transition en Algérie ? Sa prise de parole, programmée à l’université de Blida, à une centaine de kilomètres d’Alger, le 15 avril, a été interdite par le rectorat.

Pourtant, jusqu’alors, ses interventions s’étaient toutes déroulées normalement. En mars, quelques jours après le début du mouvement populaire, l’avocat avait été accueilli avec enthousiasme à l’École polytechnique d’Alger. Face à des étudiants conquis, il a développé sa vision sur la transition politique en Algérie et la construction d’une seconde République. Le discours de Bouchachi plaît. Il donne de l’espoir : pour beaucoup de jeunes Algériens, l’avocat représente le modèle de l’opposant parfait. On se souvient que l’ancien président de la Ligue algérienne des droits de l’homme n’avait pas hésité, en 2014, à quitter la députation pour dénoncer le rôle passif du parlement ce, 18 mois après avoir été élu sur la liste du Front des forces socialistes. 

Bien sûr, d’autres noms circulent. Comme celui de Zoubida Assoul, elle aussi avocate, et présidente de l’Union pour le changement et le progrès (parti d’opposition). En juin 2018, déjà, elle avait participé à la création de Mouwattana, un mouvement qui a milité sans relâche contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika. 

L’avocate a conduit de nombreuses actions de protestation en Algérie et à l’étranger, aux côtés de Sofiane Djilali, un autre adversaire farouche du régime. En 2014, le président du parti Jil jadid avait participé, notamment, à la création de la Coordination pour les libertés et la transition démocratique (CLTD). Aujourd’hui, il multiplie les interventions publiques pour demander à l’armée de retourner dans les casernes. 

Cette revendication est également exprimée par l’ancien premier secrétaire du FFS, Karim Tabou, qui appelle à constitution d’une « instance présidentielle », formée par trois ou quatre personnes et qui aurait la charge de « prendre des dispositions pour le départ du système ». 

Comme Mustapha Bouchachi, Karim Tabou est très apprécié des Algériens ; une popularité confirmée par un récent sondage en ligne. Pour autant, aucune de ces deux personnalités ne souhaite prendre des responsabilités politiques. 

Dans ces conditions, certains militent pour le retour au pouvoir de l’ancien chef de l’État, Liamine Zeroual. Les Algériens se souviennent qu’il est le seul président à avoir démissionné ; c’était en 1998. Sa réputation d’homme intègre s’est raffermie après que l’on ait appris son rejet d’un plan de succession fomenté par Saïd Bouteflika, le frère de l’ex-Président, et par l’ancien patron du renseignement, le général Mediène. Vingt ans après avoir quitté le pouvoir, Zeroual n’entend pas revenir, même pour une courte période transitoire. Selon lui, la place aujourd’hui est aux jeunes. | SLK

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