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Politique

Algérie: Amar Saâdani, M. FLN

Fort de sa maîtrise des rouages politiques et craint pour sa proximité avec les Bouteflika, Amar Saâdani maintient le plus grand appareil politique d’Algérie dans le giron de la Présidence. Portrait du patron du FLN.

Les observateurs de la vie politique algéroise ne donnaient pas cher de la peau d’Amar Saâdani, voici encore quelques mois. L’homme, 64 ans, ne devait pas survivre à la brutalité de son intronisation à la tête du plus grand parti du pays. Le FLN aurait dû sombrer après les attaques inédites contre l’un des hommes les plus puissants d’Algérie et patron des services secrets, le général Mohamed Mediène.

Le parti pouvait-il survivre à la cascade de scandales financiers médiatisés par la presse à Paris et à Alger ? « Ceux qui avaient prédit la chute d’Amar Saâdani sont victimes de leur ignorance. Ils ne connaissent pas l’homme, ni ses capacités à accuser les coups », confi e un ami du chef du FLN.

« C’est plutôt le parapluie Bouteflika qui le protège », nuance un cadre dissident du vieux parti. Août 2013. C’est par un coup de force organique qu’Amar Saâdani s’empare du FLN, lors d’une réunion du comité central dans un grand hôtel d’Alger, avec renfort de ministres et de policiers. Saâdani, fort du soutien du clan présidentiel, et surtout du frère cadet du président Bouteflika, Saïd, réussit à s’imposer comme secrétaire général en remplacement d’Abdelaziz Belkhadem l’ambitieux, qui a perdu le soutien du chef de l’État. Plusieurs tendances à l’intérieur du parti concourent pour ce poste, mais lui parvient à arracher un vote unanime, alors que ses opposants crient au complot.

Saâdani est monté en grade dans le parti, gravissant les échelons un à un, depuis 30 ans. Bien vite, de simple militant, il passe, via son adhésion à l’UGTA, syndicat du pouvoir, à membre du Comité central, puis mouhafed, responsabilité qu’il occupera durant 15 ans.

« Je suis serein, nous confiait l’homme quelques semaines avant son intronisation. J’ai la base avec moi et les militants veulent le retour à la rigueur et aux statuts du parti. » Un cadre du parti confie : « Face à tous ses oppo-sants dans l’appareil, Saâdani a une arme redoutable : une grande connaissance des coulisses du FLN, même dans les mouha-fadas [bureau wilayal] les plus éloignées d’Alger, il peut vous nommer les militants et exposer leurs parcours un à un ! » Saâdani est monté en grade dans le parti, gravissant les échelons un à un, depuis 30 ans. Bien vite, de simple militant, il passe, via son adhésion à l’UGTA, syndicat du pouvoir, à membre du Comité central, puis mouhafed, responsabilité qu’il occupera durant 15 ans.

«Il a longtemps patienté à la périphérie du centre de décision du FLN. Il a bien monté ses réseaux, ses alliances, attendant son heure », poursuit l’ex-membre du bureau central.« Mais Saâdani n’est rien sans le président Bouteflika !, tranche un ancien ministre FLN. Dès la préparation du deuxième mandat, il a tout fait pour être nommé coordi­nateur national des comités de soutiens au candidat Bouteflika. Fonction pour laquelle il a été grassement remercié avec le poste de président de l’APN [Assem­blée populaire nationale, chambre basse du parlement]. »

Siège éjectable

Face à la fronde des opposants à l’intérieur du parti, le nouveau secrétaire général du FLN répond par sa qualité de porte-parole officieux du Président lors de la campagne électorale pour la présidentielle 2014. « Saâdani n’a pas le droit de parler au nom du président de la République. Ce qu’il dit n’engage que lui et ceux qui le suivent », s’emportait, à l’époque, Abderrahmane Belayat, prin­cipal et éternel opposant à Saâdani au sein du parti. Belayat, ainsi que plusieurs cadres du FLN, ont tenté de mener une rude bataille contre « l’usurpateur » comme ils le qualifient, mais l’élection de Bouteflika et le soutien indéfectible de Saâdani au quatrième mandat du locataire du palais d’El Mouradia a fini par décourager ses opposants. Lesquels sont réduits, depuis, à quelques commu­niqués incendiaires par voie de presse. Pas plus.

Lorsque son prédécesseur, Abdela­ziz Belkhadem, tentera de reconquérir sa place forte de ministre d’État repré­sentant personnel du Président, il s’y cassera les dents : en août 2014, le pré­sident Bouteflika le chasse de son poste et du FLN par décret, acte inédit dans l’histoire politique de l’Algérie contem­poraine. « Éliminer ainsi Belkhadem, sans même prendre le soin de préserver les formes – seuls la commission disciplinaire et le comité central peuvent statuer sur la suspension d’un membre du CC – permet à Saâdani de mener à bien son entreprise de prise en main du parti », explique un cadre du FLN. Et lui permet surtout de préparer tranquillement un 10e congrès, prévu début 2015, qui assoira durable­ment « El hadj Amar » sur le trône du secrétaire général du parti majoritaire.

Tous les politologues vous le diront : le FLN reste la voie politique royale pour celui qui ambitionne de s’installer à El Mouradia. Belkhadem l’a appris à ses dépens en affichant implicitement ses ambitions présidentielles. Il a sauté derechef. Benflis en 2004 aussi a perdu son poste de patron du FLN en osant se présenter contre Bouteflika. « Le sort de Saâdani restera lié à celui du règne de Bouteflika », souligne un élu du FLN. « Saâdani est allé beaucoup plus loin que tous les fidèles du clan, en s’attaquant frontalement aux puissants services secrets et à leur inamovible patron, le géné­ral Mediène, alias Toufik », rappelle le cadre du parti.

C’était en février 2014, à quelques semaines du début d’une cam­pagne électorale pour la présidentielle, que le chef de l’État ne pourra animer. « Les services n’ont pas donné un feu vert clair et définitif pour la réélection, ils ont même émis des réserves sur Saïd Bou­teflika, son rôle de Président bis et ses liens avec les puissances de l’argent », indique un ancien ministre. Pas de souci : le soldat Saâdani monte au front et, sur­prenant le tout-Alger, se lance dans une terrible diatribe ciblant personnellement le général Mediène dans une interview à un journal électronique. Le général Toufik « aurait dû démissionner » depuis « les échecs » du DRS à Tiguentourine et dans l’affaire des moines de Tibéhirine ! Le DRS, selon Saâdani, interfère trop dans la vie politique et économique du pays.

Révélations embarrassantes

Ses déclarations incendiaires sont, tout suite, interprétées dans les milieux politiques et médiatiques à Alger, et même à l’étranger, comme une déclara­tion de guerre contre le puissant DRS, faiseur de roi. Le président Bouteflika, quelques semaines après, siffle la fin de la partie en publiant un message interdisant de toucher à l’armée. Mais la balle est partie, installant la prési­dentielle d’avril 2014 dans un climat tendu, bruissant de rumeurs de luttes de clans au sommet de l’État.

Saâdani a, depuis, fait comme s’il n’avait jamais prononcé ces mots durs à l’encontre du DRS. « Il a joué son rôle lors des tensions entre la présidence de la République et les services. Une fois un arrangement trouvé entre ces deux pôles autour d’un quatrième mandat de Bouteflika et le maintien en poste de Mediène, on a donné un contre-ordre à Saâdani, et il a obéi», analyse l’ancien ministre.

C’est aussi à cette époque de pseudo-trêve entre les deux puissances du moment qu’éclatent les affaires des avoirs pari­siens d’Amar Saâdani : d’abord le site Mondafrique de Nicolas Beau révèle que, « juste après sa désignation à la tête du FLN en septembre dernier, Saâdani est venu à Paris pour dissimuler sa for­tune. Ce dignitaire algérien possède un compte en banque confortable, détenu dans une des premières banques fran­çaises. Soit, d’après nos informations, 300 millions d’euros ». Ces révélations sont reprises par les médias algériens hostiles au président Bouteflika.

Lors d’une conférence de presse à Alger, le patron du FLN, qui, en petit comité, accuse le DRS d’être derrière ces accusations, balance aux journalistes : « Je vous fais un ordre de mission, je vous paye le billet d’avion, si vous trouvez la banque et le compte, je vous offre les 300 millions. » « Saâdani peut tout se permettre, pour le moment, tant que ses protecteurs sont au pouvoir, précise un cadre du parti. La base et une partie des cadres du FLN le suivent parce qu’ils sont impressionnés par ce qu’il présente comme une proximité avec le palais d’El Mouradia et Saïd Bouteflika. »

Comment voit-il son avenir immédiat ? « Il est serein, ses adversaires se terrent et n’agissent que par la rumeur, rétorque un ami très proche. D’ailleurs il prépare tran­quillement le 10e congrès du FLN en sillonnant le pays sans le moindre problème. » Sur le ton du regret, cet ancien ministre conclut : « Il peut être tranquille pour très longtemps, la règle principale du régime algérien est l’impunité. Saâdani ne craint absolument rien ».

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