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Politique

Algérie, Abdeslam Bouchouareb : Ex-ministre

Son bilan mitigé à son ministère est l’une des raisons qui ont conduit le président Bouteflika à se défaire de lui. En Algérie, l’homme est plus connu pour son implication dans le scandale des « Panama Papers » que pour son action au sein de l’exécutif.

Alger, Samia Lokmane-Khelil

Même parti, Abdeslam Bouchouareb laisse traîner derrière lui le parfum du scandale. Fin mai 2017, l’ancien ministre de l’Industrie et des mines a fait la une des médias algériens pour avoir paraphé, avec des Saoudiens, un contrat qui s’est avéré n’être que du vent.

La chute d’un intouchable. Son bilan mitigé à son ministère est l’une des raisons qui ont conduit le président Bouteflika à se défaire de lui. En Algérie, l’homme est plus connu pour son implication dans le scandale des « Panama Papers » que pour son action au sein de l’exécutif

La holding qui devait exploiter un gisement de phosphate en Algérie n’existe finalement que sur du papier. Son patron a d’ailleurs disparu des radars, au grand désespoir d’Asmidal-Manadjim El Djazair, l’entreprise algérienne chargée de l’ex­ploitation du gisement minier au plan national et qui était partenaire de la transaction.

L’affaire est portée à la connaissance de l’opinion alors que Abdeslam Bouchouareb n’est plus en fonction. Quelques jours plus tôt, il avait dû rendre son tablier, en vertu d’un changement de gouvernement inter­venu après les élections législatives. Jusqu’à la dernière minute, beaucoup étaient convain­cus que le ministre allait garder son poste tant il donnait l’impression d’être intouchable, depuis sa nomination en 2014.

En trois ans, le désormais ex-ministre avait pourtant cumulé beaucoup d’erreurs de gestion qui lui ont attiré de nombreuses critiques et l’inimitié des milieux d’affaires. Cette défiance s’est même exprimée au sein du gouvernement.

Le Premier ministre (limogé aussi) avait ces derniers mois publi­quement remis en cause ses choix stra­tégiques en matière d’industrialisation. Abdelmalek Sellal s’est notamment alarmé de la prolifération des cimenteries et des mino­teries en comparaison avec d’autres secteurs de production restés en friche. Appelant les investisseurs à diversifier leurs activités, l’ancien chef de l’exécutif avait exhorté son ministre de l’Industrie à revoir sa copie.

Les mauvaises notes se sont enchaînées, en deux ans. Au centre de la politique de relance économique engagée par l’Algérie pour faire face à la chute des prix des hydro­carbures, le département de l’Industrie n’a pas fait preuve d’une grande réactivité. Abdeslam Bouchouareb avait été notamment chargé de coordonner plusieurs dizaines de parcs industriels, afin de dynamiser le déve­loppement des régions : aucun d’eux n’a été créé et mis à la disposition des investisseurs.

Pendant ce temps-là, rien ne bouge

Le constat a été fait par le FCE (Forum des chefs d’entreprise) qui a interpellé directe­ment Abdelmalek Sellal. « Les 43 zones indus­trielles annoncées par les hauts responsables n’ont toujours pas été réceptionnées ou ne sont pas correctement aménagées pour permettre aux entreprises d’être opérationnelles. Les entre­prises sont en outre confrontées au problème d’obtention de l’acte de concession, du permis de construire ainsi que d’autres autorisations », a écrit le président du FCE au Premier ministre, quelques jours avant le changement du gouvernement.

Ali Haddad s’est également plaint des lourdeurs bureaucratiques qui entravent les investissements et la difficulté d’accès aux financements ainsi qu’à l’offre foncière.

En choisissant ce moment pour porter l’estocade, l’homme d’affaires savait-il que tout était déjà fini pour Bouchouareb ? Jusque-là, les deux hommes semblaient plutôt très proches. En décembre 2015, ils avaient effectué ensemble une mission d’af­faires à Detroit, aux États-Unis.

Abdeslam Bouchouareb avait également participé à l’organisation du forum économique algéro-africain organisé par le FCE fin 2016. La presse algérienne a souvent mis en avant la proximité de l’ex-ministre de l’Industrie avec certains milieux d’affaires, qu’il favorisait.

L’un des affairistes est Mahiedine Tahkout, un entrepreneur du secteur auto­mobile. Il y a un an, cet ancien concessionnaire obtenait, grâce à l’entremise du ministère de l’Industrie, l’exclusivité pour le montage de voitures de la marque sud-coréenne Hyundai.

Là aussi, l’affaire sent le soufre. Le scandale a éclaté en mars lorsqu’on a découvert que les ateliers installés en Algérie servaient unique­ment à fixer des pneus sur des véhicules déjà montés. Bouchouareb se mure dans le silence, laissant le soin au Premier ministre de mettre fin à la controverse. Officiellement, Sellal s’appuie sur « les résultats positifs », mais non publiés d’une commission d’enquête pour sauver la face. Mais, dans le fond, cette affaire signe l’échec de la politique de l’industrie automobile confié à Bouchouareb.

Un nouveau gouvernement pour oublier

Ultime remise en cause, l’ex-Premier ministre installe un comité de suivi des investissements qu’il supervise en personne. Pis, d’autres ministres n’hésitent pas à se joindre à lui pour critiquer l’action de Bouchouareb.

L’actuel Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, qui assurait l’inté­rim au département du Commerce, avait reproché à son collègue d’avoir pris du retard pour la signature des licences d’im­portation, causant des pénuries.

Face à cette levée de boucliers, Abdeslam Bouchouareb continuait à afficher le profil de celui que rien ne peut atteindre. Sa réputation d’intouchable s’est vérifiée à la suite du scan­dale d’évasion fiscale des « Panama Papers », ou il a été impliqué.

Face aux révélations fracas­santes le concernant, l’ex-ministre n’a pas alors jugé nécessaire de s’expliquer sur la provenance des fonds importants qui lui avaient permis de créer une société offshore dans le paradis fiscal sud-américain.

À l’époque, aucun autre membre du gouvernement algérien n’a évoqué le scandale. L’État s’était au contraire attaqué au quotidien français Le Monde, qui avait publié, pour illustrer l’affaire, une photo du président Bouteflika…

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