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Politique

Alassane Ouattara a les cartes en main

Le Président ivoirien va nommer un nouveau Premier ministre et constituer un gouvernement resserré de trente ministres. Plusieurs options s’offrent à lui, comme reconduire Patrick Achi à son poste, ou offrir à ce dernier une place de « Dauphin » en le nommant vice-Président.

 

Par Laurent Allais

Patrick Achi se succédera-t-il à lui-même ? Rien n’est moins sûr, mais personne, en Côte d’Ivoire, n’en écarte pas la possibilité. Le Premier ministre a remis la démission de son gouvernement à Alassane Ouattara, le 13 avril. Le Président a accepté cette démission et promis la nomination d’un Premier ministre, la semaine prochaine, puis la constitution d’un gouvernement plus resserré.

Le suspense ne devrait pas être long : Alassane Ouattara s’exprimera devant les parlementaires ivoiriens, réunis en Congrès, le mardi 19 avril. C’est à cette occasion qu’un vice-Président pourrait être nommé, avant la désignation d’un Premier ministre.

Sur le principe, la démission du gouvernement ivoirien n’est pas une surprise, elle était attendue en janvier, puis en février. Le Président semble peu satisfait de l’équipe actuelle, composée de 41 ministres, jugée peu efficace. Les regains de tensions sécuritaires en Afrique de l’Ouest, et surtout le regain d’inflation dans le pays, comme partout dans le monde, imposent des décisions rapides et vite exécutées. « Il est impératif de réduire les dépenses de l’État tout en les réorientant vers la résilience sociale et sécuritaire », s’est justifié Alassane Ouattara, à l’issue du Conseil des ministres. « Une équipe resserrée sera mise en place pour plus d’efficacité et tenir compte de la conjoncture économique mondiale », précise le Président sur les réseaux sociaux.

En effet, « depuis Houphouët-Boigny, nous assistons à une certaine inflation ministérielle », commente le politologue Geoffroy-Julien Kouao ; le gouvernement démissionnaire compte 42 ministres, source de « conflits de compétences entre ministères ». Réduire leur nombre permettrait de réduire les dépenses de fonctionnements de l’État et de mieux s’attaquer aux problèmes des Ivoiriens, notamment  les questions sociales et de pouvoir d’achat.

Cette équipe resserrée devrait, selon d’autres observateurs de la vie politique ivoirienne, permettre au Président de composer un gouvernement composé essentiellement de membre ou de proches du RHDP « canal historique », agrémenté de quelques anciens du PDCI d’Henri Konan Bédié. Objectif : éviter une certaine cacophonie gouvernementale, tandis que des décisions importantes devront nécessairement être prises. Risque : faire quelques déçus qui retrouveront leur liberté de parole, alors que des décisions peut-être impopulaires devront être prises…

 

Des présidentielles anticipées ?

Si telle est bien l’intention de « ADO », pourquoi, alors, se priver de Patrick Achi, avec qui les relations sont au beau fixe ? La reconduction du Premier ministre donnerait à ce dernier un poids renforcé au sein de la vie politique ivoirienne. Elle lui conférerait de facto le statut de « Dauphin », dans la perspective des prochaines échéances présidentielles, prévues en 2025. Selon la lettre Africa Intelligence, Alassane Ouattara pourrait enfoncer le clou en nommant Patrick Achi vice-Président – la Constitution le lui permet –, et ne pas laisser de doute sur sa volonté d’en faire son successeur. Cette hypothèse est renforcée par le fait que le chef de l’État n’a pas immédiatement reconduit Patrick Achi à ses fonctions, dès le 13 avril ; on peut donc estimer qu’il lui réserve un autre destin.

Un poste de vice-Président pour Patrick Achi ?

 

Une telle décision ne manquerait pas alors de relancer les rumeurs d’un départ anticipé d’Alassane Ouattara lui-même. On se souvient que la décision du Président de se représenter avait été déclenchée par la disparition inattendue d’Amadou Gon Coulibaly, Premier ministre et candidat à la Présidence.

Interrogé sur une possible démission avant la fin de son mandat, le Président Ouattara confiait d’ailleurs au quotidien Le Monde, en octobre 2020 : « Je souhaite le faire, mais pour le moment, je n’ai pas de vice-président et je n’ai pas encore décidé d’en nommer un. » Sachant qu’un préalable à des élections présidentielles anticipé est la consolidation du RHDP, dont les quatre composantes principales ne doivent pas s’éparpiller.

Qui dit vice-Président, dit tout de même Premier ministre. Plusieurs noms circulent, notamment celui de Jean-Claude Kassi-Brou, actuel président de la Commission de la CEDEAO, dont le mandat expire en juin.  

« Le profil du Premier ministre dépendra de ce que veut le Président, de la République », explique Geoffroy-Julien Kouao au micro de RFI. S’il veut un technocrate, son choix pourrait se porter sur Abdourahmane Cissé (40 ans) ou sur son actuel directeur de Cabinet, Fidèle Sarassoro (61 ans), voire une femme, Kaba Nialé, actuelle ministre du Développement. À l’inverse, s’il cherche un profil plus « politique », il a le choix parmi les cadres du RHDP, comme Gilbert Kafana Koné, qui vient d’ailleurs d’asseoir sa position au sein du parti, sous la pression de « ADO ».

Le suspense ne devrait pas être long : Alassane Ouattara s’exprimera devant les parlementaires ivoiriens, réunis en Congrès, le mardi 19 avril. C’est à cette occasion que pourrait être nommé un vice-Président.

@NA

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